Critique ciné : Blanche Neige

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L’histoire, vous la connaissez déjà : une belle jeune fille gêne sa méchante belle-mère qui, toute à sa vilénie, l’envoie se faire estourbir dans la forêt. Mais Blanche-Neige est secrètement graciée et trouve refuge chez une bande de nains, lesquels l’aideront à reconquérir sa place et gagner les faveurs d’un prince des plus charmants. Ça va, vous vous souvenez ? Hé bien rangez-ça dans un coin de votre mémoire et préparez-vous à redécouvrir l’un des contes les plus célèbres au monde

« Une sucrerie manquant de consistance »

Il y a quelques mois, rappelez-vous, nous avions eu droit à l’aberrante sortie en doublon de La Guerre des boutons. Un triste exemple de mentalité de marchand de tapis, et loin d’être un cas unique puisque se produit aujourd’hui un duel similaire autour de Blanche-Neige, la célèbre princesse de conte de fées ayant droit à deux adaptations live en l’espace de quelques semaines. En effet, les gains pharaoniques du Alice au pays des merveilles version Tim Burton ont fait naître des vocations et si Disney est bien de nouveau sur les rangs avec Blanche-Neige et le chasseur, le studio aux grandes oreilles s’est fait griller la politesse par ce Blanche Neige-ci (Mirror Mirror en VO). Bravo encore pour l’originalité. Et comme d’habitude, il ne reste alors plus qu’à voir comment chaque version va se distinguer de la concurrence et de son modèle, d’autant que celui-ci n’est plus de première fraîcheur.

Etonnamment, ou pas (après tout c’est ce qu’ils avaient amorcé avec leur reprise du roman de Lewis Carroll), c’est chez Disney que nous retrouverons la version guerrière du mythe, la plus « adulte », tandis que la concurrence occupe un terrain… plus disneyen, quoi. Ce Blanche Neige s’avère donc davantage à destination des familles et des jeunes spectateurs sans se contenter néanmoins de l’approche classique, cul-cul la praline du film d’animation de 1937. Il offre un regard moderne par le détournement humoristique des figures du conte, sans verser non plus dans la parodie totale à la Il était une fois. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il le fasse mieux, ses personnages étant au moins aussi foirés. Blanche-Neige n’arrive ainsi jamais à être l’héroïne contemporaine qu’on voudrait qu’elle soit malgré son évolution au cours de l’intrigue (Lilly Collins n’a pas le moindre charisme), Armie Hammer en Prince charmant est réduit à jouer les cabots (littéralement) quant à Julia Roberts… haaa, Julia Roberts. Disons que le cynisme du personnage aurait pu mieux atteindre sa cible s’il avait été incarné par une actrice au second degré naturel, et non par une faisant juste un calcul pour paraître cool (c’est vrai, j’avoue, je la déteste). Les nains sont eux plutôt sympa (c’est vrai, j’avoue, je les adore) mais ce sont surtout les petites modifications apportées à la légende qui vont faire la différence : la méchante sorcière est par exemple apparentée ici à une politicarde mégalo, en un discours économique moins simplet qu’il n’y paraît dans le style « Robin des bois ». De quoi faire presque oublier les blancs d’un script plein de bonnes intentions non concrétisées.

Sans surprise, le film vaut donc surtout pour l’homme derrière la caméra, Tarsem Singh. Moins pictural que sur ses précédents projets, le réalisateur indien s’arrête considérablement moins ici sur ses compositions. Malgré les apparences, puisque Blanche Neige reste avant tout un trip visuel, on peut ainsi noter qu’il marque une certaine maturation dans l’art de la narration pour son réalisateur. Ses détracteurs devraient apprécier. D’autant qu’il continue de faire preuve d’une somptueuse richesse visuelle avec pléthore d’idées brillantes (les nains sur échasses, les pantins de combat, la « bête » qu’on croirait sortie d’une gravure de Gustave Doré…) et l’aide de collaborateurs aussi doués qu’habitués à travailler avec lui (Tom Le Village Foden et ses décors gigantesques, Brendan Galvin à la photo acidulée, la regrettée Eiko Dracula Ishioka aux costumes). Tout ça contribue à créer une esthétique de conte de fées multiculturel, et le travail de Tarsem rappelle plus que jamais celui du Terry Gilliam des 80′s. Le petit plus étant la présence de scènes de combat plutôt bien foutues pour ne rien gâcher, en particulier un duel Blanche Neige / Prince charmant ne manquant pas de piquant. Elles convaincront en tout cas largement plus que la scène de danse finale à la Bollywood, entraînante mais loin d’être suffisamment conséquente.

En définitive, Blanche Neige est une sucrerie manquant de consistance et le film vaut surtout pour la nouvelle démonstration du talent d’esthète de Tarsem Singh, qui se permet même de faire évoluer son art pour se concentrer un peu plus sur sa narration. Trop gamin cependant dans son humour et tire-au-flanc sur ses aspirations, le film pourra sembler être une erreur de parcours pour ceux qui suivent le réalisateur depuis des années. Mais on ne va pas non plus trop en demander à une production Brett Ratner (hé ouais, ça explique pas mal de choses quant aux bonnes idées gâchées) : cette princesse-là revient déjà d’assez loin comme ça !

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