Critique ciné : Twixt

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Ecrivain fini et spécialisé dans le fantastique, Hall Baltimore en est réduit à parcourir les trous les plus paumés des Etats-Unis pour dédicacer son dernier ouvrage. C’est ainsi qu’il débarque dans une petite ville plus étrange que d’habitude, où un mal indicible rôde tandis que la population vit dans le souvenir d’une sanglante tragédie. Faisant en rêve la rencontre d’une des victimes, la jeune V, Hall décide alors d’en découvrir plus sur cette histoire pour en tirer matière à un nouveau livre. Mais avant cela, il lui faudra faire face à ses propres démons

« Coppola est le seul à posséder réellement les clés de son histoire »

Membre de la nouvelle garde du cinéma américain apparue dans les années 70, Francis Ford Coppola aurait pu être un entertainer à l’égal de ses potes Spielberg et Lucas mais à peine signait-il son chef d’oeuvre, l’adaptation ultime du Dracula de Bram Stoker, qu’il ne se consacra plus qu’à des projets sans grande envergure, pour ne pas dire sans grand intérêt. Cela faisait donc longtemps que nous ne nous étions pas passionnés pour un nouveau Coppola (même en comptant les boursouflures de ses rejetons Sofia et Roman) et il s’agit là d’une première victoire pour Twixt, qui sait éveiller notre curiosité avec ses aspirations horrifico-fantastiques et son pitch ténébreux. Reste à voir si dans les faits le rêve rejoint la réalité.

De rêve, il en est ainsi beaucoup question avec le film puisque c’est durant son sommeil que sont apparues à Coppola les prémisses de l’histoire. Dès son origine déjà, le projet est donc marqué du sceau des divagations nocturnes et cela se ressent fortement sur le ton d’ensemble, où le surréalisme et l’introspectif se taillent la part du lion. Difficile dans ces conditions de nier qu’il s’agit d’une oeuvre très personnelle pour son réalisateur, une vraie psychothérapie sur pellicule, qu’il ne peut d’ailleurs se permettre de concrétiser que pour s’être éloigné des grands studios et de leur logique commerciale. Le confort du divan, il le transfuge alors en tournant sur sa propriété et dans les environs avec un budget peau de chagrin (en tout cas pour un mastodonte de son envergure), à la cool. Presque comme un cinéaste amateur pété de thunes. Et talentueux, car le responsable de la trilogie du Parrain n’est pas le premier bidouilleur de caméra venu. Ses choix de production ne l’empêchent alors pas d’accoucher d’une esthétique soignée, tour à tour gothique, vaporeuse ou étrangement banale, qui ne sera tout juste trahie que par quelques plans nocturnes au rendu parfois douteux. Pour autant, reconnaissons que les apparitions fantasmatiques de Elle Fanning n’en perdent pas leur poésie morbide.

Toutefois, s’il est libéré de l’emprise hollywoodienne, Coppola n’en est pas moins sous influence à en juger combien les inspirations foisonnent dans Twixt. Certaines évidentes comme ses débuts chez Roger Corman, ou bien le personnage de Val Kilmer (plus convaincant que dans les direct-to-video auxquels il était désormais condamné) en droite lignée d’un héros à la Stephen King. D’autres plus étonnantes comme le jeu DS Another Code – avec lequel le film partage plusieurs ressemblances troublantes – ou même l’épisode de X-Files « Le shérif a les dents longues« . La plus révélatrice sera néanmoins très certainement celle avec la série culte des 90′s Twin Peaks, les deux oeuvres partageant le même goût pour le mélange des tons les plus opposés, passant de l’absurde à l’horreur pour mieux nous perdre entre réalité et onirisme (le titre est justement l’équivalent en vieil anglais de « between », soit « entre »). Il y a alors quantité d’éléments sacrément perchés dans le métrage, tel cet Edgar Allan Poe dans le double-rôle de guide et acolyte, mais on se laisse porter de la même manière qu’avec l’enquête sur le meurtre de Laura Palmer entre rire, malaise et frissons, en un jeu d’hypnose entêtant et nimbé des mêmes incertitudes que le rêve.

Le problème étant que comme chez un David Lynch, Francis Ford Coppola est en fait le seul à posséder réellement les clés de son histoire. On a beau savoir qu’il s’agit d’une catharsis pour lui suite au décès de sa fille qu’il n’a jamais digéré, la fin nébuleuse et expéditive en laissera plus d’un sur le carreau. Trop nombriliste, il ne satisfait donc pas toutes nos attentes avec Twixt et cela bien qu’il ait réussi à nous embarquer dans sa sombre rêverie. Mais dans ce genre de cas de figure vient toujours le moment, abrupt, où l’on doit se réveiller…

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