Critique ciné : Sur la piste du Marsupilami

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Présentateur de la télévision française en panne d’audience, Dan Geraldo est envoyé malgré lui en Palombie pour accoucher d’un reportage à sensation. Il fait là-bas la rencontre de Pablito, son guide, un autochtone débrouillard que tout le monde traite de menteur : il prétend en effet avoir vu il y a des années le Marsupilami, un animal mythique censé vivre caché dans la jungle. Partis sur la piste de la tribu des Payas, les deux hommes vont alors découvrir que le mythe est bien réel. Et même qu’une prophétie antédiluvienne les charge d’en assurer la protection

« Travail d’adaptation réussi mais impliquant que Chabat y perde un peu de son humour »

Grand fan de l’oeuvre de Franquin, cela fait une paye qu’Alain Chabat caresse l’espoir de porter à l’écran le Marsupilami puisqu’il commença à travailler dessus pour de bon dès 2005. On aura donc attendu longtemps son quatrième long-métrage, Sur la piste du Marsupilami, mais cette gestation sur la longueur s’explique par l’ampleur du projet (qui au passage est le premier film européen à être présenté sur les écrans IMAX, la classe) et son ambition, à savoir propulser l’animal mythique des cases de papier au film live tout en y restant d’une fidélité quasi-absolue. Dans la forme comme dans le fond. Ce qui dans le cas présent ne peut se faire qu’au prix de quelques concessions pour un trublion de la trempe de Chabat.

Nourri à la BD depuis sa plus tendre enfance, le réalisateur sait clairement en transposer la saveur sur pellicule comme en atteste son passage chez les gaulois dopés à la potion magique, la direction artistique colorée et chaleureuse n’étant que la partie immergée de son travail d’adaptation. Sauf qu’ici, à trop vouloir respecter l’oeuvre originale et son style familial, presque enfantin, on le sent un peu gêné à l’encolure sur le plan de l’humour. Hormis quelques dérapages aussi bien hors-sujet qu’hilarants (quoique le show de Lambert Wilson durant le climax peut saouler), le métrage comporte ainsi son lot de gags étonnamment convenus, même en sachant qu’on doit rester dans les limites imposées par la bande-dessinée. Et cela en dépit de la belle brochette de comiques impliqués dans l’affaire, tous en grande forme qui plus est (Patrick Timsit est parfait en tortionnaire bouillonnant). Non pas alors qu’on reste de marbre devant le film, on se paie même pas mal de bonnes barres de rire, mais il faut avouer que c’est loin d’être aussi soutenu que dans les précédents efforts de Chabat.

Pourquoi ? Parce qu’à l’abattage sous forme de saynètes ciselées de Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, lequel renouait de manière bien pratique avec le style Goscinny / Uderzo, l’ex-Nul choisit (doit ?) cette fois de se caler dans un genre cinématographique plus contraignant. Ou en tout cas plus codifié, structuré : la comédie d’aventure, qui fleurissait dans le ciné français des 70′s et 80′s. Les responsables du marketing ont même jugé utile de le préciser sur l’affiche car emprunter cette direction – motivé par la cohérence avec le matériau d’origine – ne va pas sans certaines conséquences. En effet, là où les vannes prenaient le dessus sur l’intrigue policière dans RRRrrr !!!, c’est en quelque sorte le contraire qui se produit ici. Le problème étant que le scénario s’égare en plus entre de nombreux personnages pas toujours très intéressants (voire même dispensables comme celui de Géraldine Nakache) et une intrigue de prophétie apocalyptique dont on a en fin de compte pas grand chose à faire (même si les scènes « tribales » ont sacrément la pêche), plus impliqués que nous sommes dans le devenir du Marsupilami.

Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls, semble-t-il, puisque c’est dans les scènes avec l’animal tacheté que Chabat retrouve toute sa vivacité et son plaisir d’être derrière la caméra, posant sur la création de Franquin un regard sincèrement amoureux. Jamel (la tchatche née) est ainsi clairement son double béat lorsqu’il se retrouve face au nid perché, et tout le jeu sur la découverte progressive du Marsupilami nous fait vivement partager l’excitation qu’il ressent à dévoiler son bébé au monde. Le moment venu, nous ne sommes en plus aucunement déçus tant les infographistes de BUF sont parvenus à le crédibiliser (très beau boulot de CGI) et le réalisateur à lui faire conserver ses attitudes caractéristiques, en le traitant comme un « toon réel » aussi incroyable dans ses possibilités physiques qu’il est ancré dans le concret (par exemple, la caméra est parfois volontairement incapable de le cadrer comme il faut pour simuler l’imprévisibilité de filmer un véritable animal sauvage).

Sur la piste du Marsupilami s’inscrit donc dans un travail d’adaptation réussi mais impliquant que Alain Chabat délaisse un peu par l’occasion ce pourquoi nous apprécions son humour, cette folie référentielle et décalée dont subsistent bien des traces évidentes sans toutefois parvenir à renouer avec le débit de ses précédents travaux. Le film gagnera certainement à être revu, ne serait-ce que parce que nous saurons à quoi nous attendre, mais on ne peut nier une petite déception du côté des zygomatiques. Reste la magie de voir le marsupilami prendre vie, et une comédie qui parvient tout de même à se placer sur le haut du panier de la production française.

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