Critique ciné : La Colère des titans

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Revenu à une vie simple de pêcheur après avoir vaincu le Kraken, Persée élève son fils en s’assurant de le garder éloigné du monde des armes et des conflits entre dieux. Mais ceux-ci n’en ont pas fini avec le héros et Zeus lui apparaît un jour pour lui demander de l’aide, les terrifiants titans menaçant de s’évader de leur prison et de déverser leur colère sur un monde qui n’en réchapperait pas. Pour protéger son fils, Persée accepte alors de retourner une nouvelle fois au combat

« On a rarement pris à ce point les spectateurs pour des bouffeurs de merde »

Péloche du début des années 80 devenue culte pour le charme de ses effets spéciaux signés par le grand Ray Harryhausen, Le Choc des titans avait eu droit en 2010 à un remake que nous espérions tout de même comme une ré-actualisation utile, c’est à dire sachant user des ressources du cinéma moderne pour nous offrir un spectacle d’une toute autre ampleur. Malgré les efforts sincères du réalisateur Louis Leterrier, il n’en fut malheureusement rien et cette nouvelle version perdit du coup énormément de légitimité à exister. On se retrouvait avec un bête blockbuster de producteurs de plus. Il ne faut pas alors attendre de miracle avec La Colère des titans parce que, en bonne suite qu’elle est, celle-ci s’embourbe encore plus profond dans cette voie nauséabonde…

Elle enfonce même dans les grandes largeurs le film du transfuge de l’écurie Besson et cela sur tous les plans. A commencer par un scénario à inscrire au panthéon des pires torchons vus depuis des lustres, que l’on doit au débutant Dan Mazeau et à David Johnson (Esther, Le Chaperon rouge). Ridicule au possible avec son incroyable accumulation d’incohérences (Andromède est devenue une guerrière ?) et d’absurdités (bravo pour la tombe avec une épitaphe en anglais d’entrée de jeu), irrespectueux aussi bien de l’Histoire que de la mythologie, il trouve ainsi le moyen de se perdre dans un ton limite second degré qui n’a assurément d’autre utilité que de flatter le spectateur bouffi de popcorn, ne pas le perdre avec des ressorts narratifs ou un cadre sortant trop de l’ordinaire. L’histoire en devient balisée à outrance, découpée en objectifs successifs sur lesquels nous passons sans que jamais aucun ne prenne de l’importance à nos yeux. Ou même à ceux des personnages car hormis une Rosamund Pike hors-sujet mais volontaire, tout le reste du casting semble en effet à la ramasse avec des vétérans qui n’y croient absolument pas (Liam Neeson et Ralph Fiennes comptent seulement sur leurs postiches pour ressembler à des dieux, Bill Nighy cabotine à mort) tandis que les petits jeunes se demandent ce qu’ils font là (Edgar Ramirez collectionne les regards bovins, Toby Kebbell montre d’évidents signes de lassitude à jouer le sidekick comique). On a beau alors nous sortir du chapeau des monstres en pagaille, sans qu’on ait la moindre idée de ce qu’ils font là pour certains, l’aventure ne parvient à provoquer rien d’autre que notre ennui.

D’autant que le réalisateur Jonathan Liebesman – pourtant plutôt doué en la matière d’ordinaire, même dans ses oeuvres horrifiques – trouve en plus le moyen de foirer totalement ses scènes d’action. Tout ça à cause d’une idée stupide à laquelle il va coûte que coûte s’attacher : ramener les affrontements à une échelle humaine, nous faire croire que le commun des mortels a une chance dans cette bataille entre divinités. Une idée n’ayant en soi rien d’extraordinaire mais qui prend ici des proportions risibles, comme lorsque Andromède et ses troupes se préparent à « ralentir » le gigantesque Cronos… On en rit encore. Il est alors intéressant de voir comment toutes les inspirations pompées sur la trilogie vidéo-ludique God of War, le modèle à atteindre dans le genre, tombent irrémédiablement à l’eau de par cette volonté d’humanisation, voire même de réalisme puisque l’influence avouée du réalisateur est celle de Gladiator.

Liebesman ne paraît en fait intéressé que par ses expérimentations sur le relief et le filmage en contre-plongée – et contre-jour – de bâtisses monumentales, sans quoi il réussit également à introduire efficacement ses créatures (gratifiées de CGI d’excellente qualité) même si c’est pour tout gâcher une fois l’action lancée, la faute à un néant de construction dans les séquences. La Colère des titans réussit même l’exploit d’offrir un climax encore plus pourri que celui de son prédécesseur car bien que les dieux s’y réveillent et luttent côte à côte après avoir été en dessous de tout, ils ont en fin de compte plus l’air de guignols que de fiers guerriers et nous en revenons encore et toujours à cette impression de ridicule achevé. La seule colère qu’on retrouvera dans les salles obscures sera donc celle des spectateurs, qu’on a rarement pris à ce point pour des bouffeurs de merde.

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