Archive pour avril, 2012

Critique ciné : Blanche Neige

23 avril, 2012

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L’histoire, vous la connaissez déjà : une belle jeune fille gêne sa méchante belle-mère qui, toute à sa vilénie, l’envoie se faire estourbir dans la forêt. Mais Blanche-Neige est secrètement graciée et trouve refuge chez une bande de nains, lesquels l’aideront à reconquérir sa place et gagner les faveurs d’un prince des plus charmants. Ça va, vous vous souvenez ? Hé bien rangez-ça dans un coin de votre mémoire et préparez-vous à redécouvrir l’un des contes les plus célèbres au monde

« Une sucrerie manquant de consistance »

Il y a quelques mois, rappelez-vous, nous avions eu droit à l’aberrante sortie en doublon de La Guerre des boutons. Un triste exemple de mentalité de marchand de tapis, et loin d’être un cas unique puisque se produit aujourd’hui un duel similaire autour de Blanche-Neige, la célèbre princesse de conte de fées ayant droit à deux adaptations live en l’espace de quelques semaines. En effet, les gains pharaoniques du Alice au pays des merveilles version Tim Burton ont fait naître des vocations et si Disney est bien de nouveau sur les rangs avec Blanche-Neige et le chasseur, le studio aux grandes oreilles s’est fait griller la politesse par ce Blanche Neige-ci (Mirror Mirror en VO). Bravo encore pour l’originalité. Et comme d’habitude, il ne reste alors plus qu’à voir comment chaque version va se distinguer de la concurrence et de son modèle, d’autant que celui-ci n’est plus de première fraîcheur.

Etonnamment, ou pas (après tout c’est ce qu’ils avaient amorcé avec leur reprise du roman de Lewis Carroll), c’est chez Disney que nous retrouverons la version guerrière du mythe, la plus « adulte », tandis que la concurrence occupe un terrain… plus disneyen, quoi. Ce Blanche Neige s’avère donc davantage à destination des familles et des jeunes spectateurs sans se contenter néanmoins de l’approche classique, cul-cul la praline du film d’animation de 1937. Il offre un regard moderne par le détournement humoristique des figures du conte, sans verser non plus dans la parodie totale à la Il était une fois. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il le fasse mieux, ses personnages étant au moins aussi foirés. Blanche-Neige n’arrive ainsi jamais à être l’héroïne contemporaine qu’on voudrait qu’elle soit malgré son évolution au cours de l’intrigue (Lilly Collins n’a pas le moindre charisme), Armie Hammer en Prince charmant est réduit à jouer les cabots (littéralement) quant à Julia Roberts… haaa, Julia Roberts. Disons que le cynisme du personnage aurait pu mieux atteindre sa cible s’il avait été incarné par une actrice au second degré naturel, et non par une faisant juste un calcul pour paraître cool (c’est vrai, j’avoue, je la déteste). Les nains sont eux plutôt sympa (c’est vrai, j’avoue, je les adore) mais ce sont surtout les petites modifications apportées à la légende qui vont faire la différence : la méchante sorcière est par exemple apparentée ici à une politicarde mégalo, en un discours économique moins simplet qu’il n’y paraît dans le style « Robin des bois ». De quoi faire presque oublier les blancs d’un script plein de bonnes intentions non concrétisées.

Sans surprise, le film vaut donc surtout pour l’homme derrière la caméra, Tarsem Singh. Moins pictural que sur ses précédents projets, le réalisateur indien s’arrête considérablement moins ici sur ses compositions. Malgré les apparences, puisque Blanche Neige reste avant tout un trip visuel, on peut ainsi noter qu’il marque une certaine maturation dans l’art de la narration pour son réalisateur. Ses détracteurs devraient apprécier. D’autant qu’il continue de faire preuve d’une somptueuse richesse visuelle avec pléthore d’idées brillantes (les nains sur échasses, les pantins de combat, la « bête » qu’on croirait sortie d’une gravure de Gustave Doré…) et l’aide de collaborateurs aussi doués qu’habitués à travailler avec lui (Tom Le Village Foden et ses décors gigantesques, Brendan Galvin à la photo acidulée, la regrettée Eiko Dracula Ishioka aux costumes). Tout ça contribue à créer une esthétique de conte de fées multiculturel, et le travail de Tarsem rappelle plus que jamais celui du Terry Gilliam des 80′s. Le petit plus étant la présence de scènes de combat plutôt bien foutues pour ne rien gâcher, en particulier un duel Blanche Neige / Prince charmant ne manquant pas de piquant. Elles convaincront en tout cas largement plus que la scène de danse finale à la Bollywood, entraînante mais loin d’être suffisamment conséquente.

En définitive, Blanche Neige est une sucrerie manquant de consistance et le film vaut surtout pour la nouvelle démonstration du talent d’esthète de Tarsem Singh, qui se permet même de faire évoluer son art pour se concentrer un peu plus sur sa narration. Trop gamin cependant dans son humour et tire-au-flanc sur ses aspirations, le film pourra sembler être une erreur de parcours pour ceux qui suivent le réalisateur depuis des années. Mais on ne va pas non plus trop en demander à une production Brett Ratner (hé ouais, ça explique pas mal de choses quant aux bonnes idées gâchées) : cette princesse-là revient déjà d’assez loin comme ça !

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Critique ciné : Twixt

20 avril, 2012

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Ecrivain fini et spécialisé dans le fantastique, Hall Baltimore en est réduit à parcourir les trous les plus paumés des Etats-Unis pour dédicacer son dernier ouvrage. C’est ainsi qu’il débarque dans une petite ville plus étrange que d’habitude, où un mal indicible rôde tandis que la population vit dans le souvenir d’une sanglante tragédie. Faisant en rêve la rencontre d’une des victimes, la jeune V, Hall décide alors d’en découvrir plus sur cette histoire pour en tirer matière à un nouveau livre. Mais avant cela, il lui faudra faire face à ses propres démons

« Coppola est le seul à posséder réellement les clés de son histoire »

Membre de la nouvelle garde du cinéma américain apparue dans les années 70, Francis Ford Coppola aurait pu être un entertainer à l’égal de ses potes Spielberg et Lucas mais à peine signait-il son chef d’oeuvre, l’adaptation ultime du Dracula de Bram Stoker, qu’il ne se consacra plus qu’à des projets sans grande envergure, pour ne pas dire sans grand intérêt. Cela faisait donc longtemps que nous ne nous étions pas passionnés pour un nouveau Coppola (même en comptant les boursouflures de ses rejetons Sofia et Roman) et il s’agit là d’une première victoire pour Twixt, qui sait éveiller notre curiosité avec ses aspirations horrifico-fantastiques et son pitch ténébreux. Reste à voir si dans les faits le rêve rejoint la réalité.

De rêve, il en est ainsi beaucoup question avec le film puisque c’est durant son sommeil que sont apparues à Coppola les prémisses de l’histoire. Dès son origine déjà, le projet est donc marqué du sceau des divagations nocturnes et cela se ressent fortement sur le ton d’ensemble, où le surréalisme et l’introspectif se taillent la part du lion. Difficile dans ces conditions de nier qu’il s’agit d’une oeuvre très personnelle pour son réalisateur, une vraie psychothérapie sur pellicule, qu’il ne peut d’ailleurs se permettre de concrétiser que pour s’être éloigné des grands studios et de leur logique commerciale. Le confort du divan, il le transfuge alors en tournant sur sa propriété et dans les environs avec un budget peau de chagrin (en tout cas pour un mastodonte de son envergure), à la cool. Presque comme un cinéaste amateur pété de thunes. Et talentueux, car le responsable de la trilogie du Parrain n’est pas le premier bidouilleur de caméra venu. Ses choix de production ne l’empêchent alors pas d’accoucher d’une esthétique soignée, tour à tour gothique, vaporeuse ou étrangement banale, qui ne sera tout juste trahie que par quelques plans nocturnes au rendu parfois douteux. Pour autant, reconnaissons que les apparitions fantasmatiques de Elle Fanning n’en perdent pas leur poésie morbide.

Toutefois, s’il est libéré de l’emprise hollywoodienne, Coppola n’en est pas moins sous influence à en juger combien les inspirations foisonnent dans Twixt. Certaines évidentes comme ses débuts chez Roger Corman, ou bien le personnage de Val Kilmer (plus convaincant que dans les direct-to-video auxquels il était désormais condamné) en droite lignée d’un héros à la Stephen King. D’autres plus étonnantes comme le jeu DS Another Code – avec lequel le film partage plusieurs ressemblances troublantes – ou même l’épisode de X-Files « Le shérif a les dents longues« . La plus révélatrice sera néanmoins très certainement celle avec la série culte des 90′s Twin Peaks, les deux oeuvres partageant le même goût pour le mélange des tons les plus opposés, passant de l’absurde à l’horreur pour mieux nous perdre entre réalité et onirisme (le titre est justement l’équivalent en vieil anglais de « between », soit « entre »). Il y a alors quantité d’éléments sacrément perchés dans le métrage, tel cet Edgar Allan Poe dans le double-rôle de guide et acolyte, mais on se laisse porter de la même manière qu’avec l’enquête sur le meurtre de Laura Palmer entre rire, malaise et frissons, en un jeu d’hypnose entêtant et nimbé des mêmes incertitudes que le rêve.

Le problème étant que comme chez un David Lynch, Francis Ford Coppola est en fait le seul à posséder réellement les clés de son histoire. On a beau savoir qu’il s’agit d’une catharsis pour lui suite au décès de sa fille qu’il n’a jamais digéré, la fin nébuleuse et expéditive en laissera plus d’un sur le carreau. Trop nombriliste, il ne satisfait donc pas toutes nos attentes avec Twixt et cela bien qu’il ait réussi à nous embarquer dans sa sombre rêverie. Mais dans ce genre de cas de figure vient toujours le moment, abrupt, où l’on doit se réveiller…

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Critique ciné : Sur la piste du Marsupilami

10 avril, 2012

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Présentateur de la télévision française en panne d’audience, Dan Geraldo est envoyé malgré lui en Palombie pour accoucher d’un reportage à sensation. Il fait là-bas la rencontre de Pablito, son guide, un autochtone débrouillard que tout le monde traite de menteur : il prétend en effet avoir vu il y a des années le Marsupilami, un animal mythique censé vivre caché dans la jungle. Partis sur la piste de la tribu des Payas, les deux hommes vont alors découvrir que le mythe est bien réel. Et même qu’une prophétie antédiluvienne les charge d’en assurer la protection

« Travail d’adaptation réussi mais impliquant que Chabat y perde un peu de son humour »

Grand fan de l’oeuvre de Franquin, cela fait une paye qu’Alain Chabat caresse l’espoir de porter à l’écran le Marsupilami puisqu’il commença à travailler dessus pour de bon dès 2005. On aura donc attendu longtemps son quatrième long-métrage, Sur la piste du Marsupilami, mais cette gestation sur la longueur s’explique par l’ampleur du projet (qui au passage est le premier film européen à être présenté sur les écrans IMAX, la classe) et son ambition, à savoir propulser l’animal mythique des cases de papier au film live tout en y restant d’une fidélité quasi-absolue. Dans la forme comme dans le fond. Ce qui dans le cas présent ne peut se faire qu’au prix de quelques concessions pour un trublion de la trempe de Chabat.

Nourri à la BD depuis sa plus tendre enfance, le réalisateur sait clairement en transposer la saveur sur pellicule comme en atteste son passage chez les gaulois dopés à la potion magique, la direction artistique colorée et chaleureuse n’étant que la partie immergée de son travail d’adaptation. Sauf qu’ici, à trop vouloir respecter l’oeuvre originale et son style familial, presque enfantin, on le sent un peu gêné à l’encolure sur le plan de l’humour. Hormis quelques dérapages aussi bien hors-sujet qu’hilarants (quoique le show de Lambert Wilson durant le climax peut saouler), le métrage comporte ainsi son lot de gags étonnamment convenus, même en sachant qu’on doit rester dans les limites imposées par la bande-dessinée. Et cela en dépit de la belle brochette de comiques impliqués dans l’affaire, tous en grande forme qui plus est (Patrick Timsit est parfait en tortionnaire bouillonnant). Non pas alors qu’on reste de marbre devant le film, on se paie même pas mal de bonnes barres de rire, mais il faut avouer que c’est loin d’être aussi soutenu que dans les précédents efforts de Chabat.

Pourquoi ? Parce qu’à l’abattage sous forme de saynètes ciselées de Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, lequel renouait de manière bien pratique avec le style Goscinny / Uderzo, l’ex-Nul choisit (doit ?) cette fois de se caler dans un genre cinématographique plus contraignant. Ou en tout cas plus codifié, structuré : la comédie d’aventure, qui fleurissait dans le ciné français des 70′s et 80′s. Les responsables du marketing ont même jugé utile de le préciser sur l’affiche car emprunter cette direction – motivé par la cohérence avec le matériau d’origine – ne va pas sans certaines conséquences. En effet, là où les vannes prenaient le dessus sur l’intrigue policière dans RRRrrr !!!, c’est en quelque sorte le contraire qui se produit ici. Le problème étant que le scénario s’égare en plus entre de nombreux personnages pas toujours très intéressants (voire même dispensables comme celui de Géraldine Nakache) et une intrigue de prophétie apocalyptique dont on a en fin de compte pas grand chose à faire (même si les scènes « tribales » ont sacrément la pêche), plus impliqués que nous sommes dans le devenir du Marsupilami.

Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls, semble-t-il, puisque c’est dans les scènes avec l’animal tacheté que Chabat retrouve toute sa vivacité et son plaisir d’être derrière la caméra, posant sur la création de Franquin un regard sincèrement amoureux. Jamel (la tchatche née) est ainsi clairement son double béat lorsqu’il se retrouve face au nid perché, et tout le jeu sur la découverte progressive du Marsupilami nous fait vivement partager l’excitation qu’il ressent à dévoiler son bébé au monde. Le moment venu, nous ne sommes en plus aucunement déçus tant les infographistes de BUF sont parvenus à le crédibiliser (très beau boulot de CGI) et le réalisateur à lui faire conserver ses attitudes caractéristiques, en le traitant comme un « toon réel » aussi incroyable dans ses possibilités physiques qu’il est ancré dans le concret (par exemple, la caméra est parfois volontairement incapable de le cadrer comme il faut pour simuler l’imprévisibilité de filmer un véritable animal sauvage).

Sur la piste du Marsupilami s’inscrit donc dans un travail d’adaptation réussi mais impliquant que Alain Chabat délaisse un peu par l’occasion ce pourquoi nous apprécions son humour, cette folie référentielle et décalée dont subsistent bien des traces évidentes sans toutefois parvenir à renouer avec le débit de ses précédents travaux. Le film gagnera certainement à être revu, ne serait-ce que parce que nous saurons à quoi nous attendre, mais on ne peut nier une petite déception du côté des zygomatiques. Reste la magie de voir le marsupilami prendre vie, et une comédie qui parvient tout de même à se placer sur le haut du panier de la production française.

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Critique ciné : Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout

5 avril, 2012

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Terreur des océans (ou en tout cas le croit-il), le Capitaine Pirate a tout ce dont peut rêver un capitaine pirate : un fier bateau tenant encore en un seul morceau, un équipage dévoué et relativement capable, une barbe resplendissante, un volatile affectueux et, surtout, une soirée jambon hebdomadaire. Pourtant le flibustier a encore un rêve inachevé, celui de remporter le prix du meilleur pirate de l’année. Et bien que la concurrence soit rude, il en est convaincu, le prix sera à lui en cette année 1865. Reste à savoir comment

« Une petite pépite punk dans le monde de l’animation »

Mis à mal par le semi-échec commercial de leurs coproductions avec Dreamworks, qui aboutit même à la rupture du contrat qui les liait, le studio Aardman rebondit en s’associant avec le département animation de Sony. Et après un sympathique Mission : Noël en CGI sorti il y a quelques mois, nous revenons enfin aux choses sérieuses. De la stop-motion old-school. Le grand manitou Peter Lord à la réalisation. Et, surtout, des pirates ! Des tonnes de pirates avec jambes de bois, mines patibulaires et perroquets (ou autre volatile approchant) sur l’épaule, le tout mixé avec une énorme lampée d’humour british délicieusement absurde. Mais loin de se satisfaire du statut de parodie pâte à modeler de swashbuckler, Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout nous conduit vers des rivages inattendus…

Basé sur Les Pirates ! dans une aventure avec les savants, le premier tome d’une série de romans rédigés outre-Manche par Gideon Defoe, le long-métrage de Peter Lord propose ainsi une histoire des plus surprenantes et qui n’avait en rien été déflorée par la promotion. Un phénomène suffisamment rare de nos jours pour être remarqué. Alors pour ne pas gâcher la surprise, nous dirons seulement que l’intrigue n’a rien du classique récit de piraterie bien que l’ensemble des éléments soient là. Sauf que, petit à petit, on dérive en fait vers tout à fait autre chose. C’est à dire vers un univers loufoque où l’historique le partage à l’anachronique mais présentant surtout une aventure avant tout « humaine », centrée sur des personnages croqués avec tout le savoir-faire du studio britannique. En conséquence de quoi le métrage peut déconcerter dans sa première moitié, le temps que nous comprenions où il veut en venir. Lui-même semble d’ailleurs chercher ses marques et accuse un léger problème de rythme durant cette partie.

Cela ne sera toutefois pas un écueil insurmontable car hormis une technique impeccable (certains plans larges sont époustouflants de vie, et des petits détails comme la mèche du Capitaine Pirate montrent le niveau de perfectionnisme des animateurs), l’autre marque de fabrique du studio Aardman est un humour dévastateur. Or celui-ci s’épanouit présentement comme un marin dans un bar à gueuses des Caraïbes, à la cadence d’une vanne imparable toutes les minutes au moins : autant dire que ça ne laisse pas le temps de s’ennuyer. Le meilleur étant que l’humour du film ne s’adresse pas seulement aux enfants, voire même ne leur est pas du tout adapté puisque les moins de dix ans auront peine à comprendre la moitié des gags, qui sont autant de références adultes et de sous-entendus gentiment graveleux… mais graveleux tout de même ! Il y a ainsi une vraie prise de risque dans cette irrévérence où pointe l’esprit du punk londonien de la grande époque (il faut voir comment est représentée la tête couronnée, au point qu’elle fait parfois carrément flipper), lequel trouve d’ailleurs en toute logique sa place dans la BO, et cela fait forcément plaisir dans un genre osant rarement s’engager sur un tel parti-pris.

Peut-être alors moins abouti qu’un Wallace et Gromit – le mystère du lapin-garou, lequel avait le sérieux avantage de partir sur un univers déjà bien établi, Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout se pose malgré tout comme une petite pépite précieuse dans le monde de l’animation et soulève une nouvelle fois la question de savoir pourquoi le studio Aardman ne parvient pas à gagner davantage la reconnaissance du public. Aaarrr, c’est à n’y rien comprendre…

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Critique ciné : La Colère des titans

1 avril, 2012

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Revenu à une vie simple de pêcheur après avoir vaincu le Kraken, Persée élève son fils en s’assurant de le garder éloigné du monde des armes et des conflits entre dieux. Mais ceux-ci n’en ont pas fini avec le héros et Zeus lui apparaît un jour pour lui demander de l’aide, les terrifiants titans menaçant de s’évader de leur prison et de déverser leur colère sur un monde qui n’en réchapperait pas. Pour protéger son fils, Persée accepte alors de retourner une nouvelle fois au combat

« On a rarement pris à ce point les spectateurs pour des bouffeurs de merde »

Péloche du début des années 80 devenue culte pour le charme de ses effets spéciaux signés par le grand Ray Harryhausen, Le Choc des titans avait eu droit en 2010 à un remake que nous espérions tout de même comme une ré-actualisation utile, c’est à dire sachant user des ressources du cinéma moderne pour nous offrir un spectacle d’une toute autre ampleur. Malgré les efforts sincères du réalisateur Louis Leterrier, il n’en fut malheureusement rien et cette nouvelle version perdit du coup énormément de légitimité à exister. On se retrouvait avec un bête blockbuster de producteurs de plus. Il ne faut pas alors attendre de miracle avec La Colère des titans parce que, en bonne suite qu’elle est, celle-ci s’embourbe encore plus profond dans cette voie nauséabonde…

Elle enfonce même dans les grandes largeurs le film du transfuge de l’écurie Besson et cela sur tous les plans. A commencer par un scénario à inscrire au panthéon des pires torchons vus depuis des lustres, que l’on doit au débutant Dan Mazeau et à David Johnson (Esther, Le Chaperon rouge). Ridicule au possible avec son incroyable accumulation d’incohérences (Andromède est devenue une guerrière ?) et d’absurdités (bravo pour la tombe avec une épitaphe en anglais d’entrée de jeu), irrespectueux aussi bien de l’Histoire que de la mythologie, il trouve ainsi le moyen de se perdre dans un ton limite second degré qui n’a assurément d’autre utilité que de flatter le spectateur bouffi de popcorn, ne pas le perdre avec des ressorts narratifs ou un cadre sortant trop de l’ordinaire. L’histoire en devient balisée à outrance, découpée en objectifs successifs sur lesquels nous passons sans que jamais aucun ne prenne de l’importance à nos yeux. Ou même à ceux des personnages car hormis une Rosamund Pike hors-sujet mais volontaire, tout le reste du casting semble en effet à la ramasse avec des vétérans qui n’y croient absolument pas (Liam Neeson et Ralph Fiennes comptent seulement sur leurs postiches pour ressembler à des dieux, Bill Nighy cabotine à mort) tandis que les petits jeunes se demandent ce qu’ils font là (Edgar Ramirez collectionne les regards bovins, Toby Kebbell montre d’évidents signes de lassitude à jouer le sidekick comique). On a beau alors nous sortir du chapeau des monstres en pagaille, sans qu’on ait la moindre idée de ce qu’ils font là pour certains, l’aventure ne parvient à provoquer rien d’autre que notre ennui.

D’autant que le réalisateur Jonathan Liebesman – pourtant plutôt doué en la matière d’ordinaire, même dans ses oeuvres horrifiques – trouve en plus le moyen de foirer totalement ses scènes d’action. Tout ça à cause d’une idée stupide à laquelle il va coûte que coûte s’attacher : ramener les affrontements à une échelle humaine, nous faire croire que le commun des mortels a une chance dans cette bataille entre divinités. Une idée n’ayant en soi rien d’extraordinaire mais qui prend ici des proportions risibles, comme lorsque Andromède et ses troupes se préparent à « ralentir » le gigantesque Cronos… On en rit encore. Il est alors intéressant de voir comment toutes les inspirations pompées sur la trilogie vidéo-ludique God of War, le modèle à atteindre dans le genre, tombent irrémédiablement à l’eau de par cette volonté d’humanisation, voire même de réalisme puisque l’influence avouée du réalisateur est celle de Gladiator.

Liebesman ne paraît en fait intéressé que par ses expérimentations sur le relief et le filmage en contre-plongée – et contre-jour – de bâtisses monumentales, sans quoi il réussit également à introduire efficacement ses créatures (gratifiées de CGI d’excellente qualité) même si c’est pour tout gâcher une fois l’action lancée, la faute à un néant de construction dans les séquences. La Colère des titans réussit même l’exploit d’offrir un climax encore plus pourri que celui de son prédécesseur car bien que les dieux s’y réveillent et luttent côte à côte après avoir été en dessous de tout, ils ont en fin de compte plus l’air de guignols que de fiers guerriers et nous en revenons encore et toujours à cette impression de ridicule achevé. La seule colère qu’on retrouvera dans les salles obscures sera donc celle des spectateurs, qu’on a rarement pris à ce point pour des bouffeurs de merde.

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