Critique ciné : La Dame en noir

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Jamais remis du décès de sa femme alors qu’elle mettait au monde leur fils, Arthur Kipps se voit proposée une dernière chance de garder son emploi de notaire à Londres : il doit se rendre dans le petit village de Crythin Gifford pour gérer la succession d’une cliente récemment disparue, laissant derrière elle une lugubre demeure et les plus sombres rumeurs. Arrivé sur les lieux, Arthur découvre alors que l’absence d’hospitalité des habitants cache un lourd secret, une malédiction qui ne va pas tarder à le rattraper

« A la fois respectueux et moderne, voici la Hammer ressuscitée »

Revenue d’entre les morts depuis maintenant quelques années, la nouvelle Hammer s’est jusque-là investie dans des projets la conduisant vers une horreur plus moderne, où sa marque de fabrique gothique était à chaque fois actualisée. The Wake Wood étant toujours inédit chez nous, La Dame en noir marque donc le retour de la firme à ce qu’elle sait faire de mieux et pour le coup, nous avons droit au cahier des charges au complet : maison hantée victorienne dans laquelle vient se perdre un jeune citadin en plein spleen, malédiction planant sur un village d’autochtones accueillants comme un jour de grêle… Immédiatement, nous avons l’impression d’être en terrain connu. Mais ce n’est pas pour autant que l’on va rester vautré pépère dans son fauteuil !

Il faudra ainsi accepter avant tout que l’histoire, tirée du roman éponyme de Susan Hill, ne cherche aucunement à s’écarter des sentiers battus. Elle s’y complet même à en juger l’inspiration puisée à parts égales dans la littérature britannique fantastique, le cinéma de la Hammer et les écrits de H.P. Lovecraft, auxquels nous sommes forcés de penser au regard du personnage principal débarquant dans le superstitieux arrière-pays. En soi le film n’a donc absolument rien d’original, que ce soit au travers de son déroulement ou de ses éléments scénaristiques, et pour peu nous trouverions même que le revival a un arrière-goût de resucée fadasse vu comme tous les poncifs du genre y sont convoqués.

Sauf que tout ça est amplement sublimé par la réalisation de James Watkins, un p’tit gars n’ayant pas selon lui d’affinité particulière avec l’horreur mais s’y épanouissant pourtant on ne peut mieux. Après le survival ultra-nerveux et impitoyable Eden Lake, il se réapproprie en effet le cinéma gothique en lui insufflant un niveau de terreur à se faire chier dessus Vincent Price dans la tombe. D’un côté nous avons une direction artistique fabuleuse et angoissante à souhait (sans rire, les jouets sont les plus flippants jamais vus au ciné), en même temps respectueuse de son héritage ; de l’autre se démarque une gestion admirable du cadre et des ambiances, où les zones d’ombre dans le champ nous laissent en permanence sur le qui-vive. Le malaise pèse ainsi sur toute la péloche jusqu’à un final faussement joyeux, non sans avoir auparavant éclaté lors de deux séquences particulièrement éprouvantes, de longues plongées dans le cauchemar où nous adoptons complétement le point de vue du héros isolé et vulnérable. Quant à l’utilisation de jump scares rappelant furieusement la j-horror, cela pourrait paraître une solution de facilité mais quand c’est aussi bien fait, il n’y a qu’à profiter du spectacle et faire gaffe à ne pas lâcher de petits couinements de surprise !

Évidemment, le succès de La Dame en noir repose aussi pour beaucoup sur l’interprétation de son acteur-star, Daniel Radcliffe entamant une reconversion plutôt convaincante après une décennie de Harry Potter. Vulnérable mais décidé, plus adulte que nous ne l’aurions imaginé, il nous convainc dès son premier plan, un rasoir sur la gorge et l’air possédé, qu’il n’a plus rien à voir ici avec le sorcier binoclard de Poudlard. Peut-on pour autant parler d’une résurrection, celle dont rêvent tous les comédiens assimilés à un unique rôle ? Il est trop tôt pour le dire mais ce qui est sûr, déjà, c’est que le film livre de son côté une résurrection respectueuse de la Hammer-touch tout en lui prodiguant l’efficacité du cinéma moderne. Croisons donc les doigts pour que James Watkins continue sur la voie horrifique parce que, sérieux, ça le fait carrément !

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