Critique ciné : Le Territoire des loups

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Travaillant pour le compte d’une compagnie pétrolière dont il protège les employés des attaques de loups, John Ottway est un homme n’attendant plus rien de la vie. C’est donc sans conviction qu’il prend l’avion avec plusieurs collègues pour retourner à la civilisation mais, tandis qu’ils survolent les montagnes, celui-ci s’écrase dans l’immensité blanche. Les survivants ont alors à peine le temps de s’organiser qu’une meute de loup fait son apparition et les attaque, à plusieurs reprises et à chaque fois avec plus de férocité. Sans grand espoir de réussite John et les autres tentent à ce moment de fuir vers le sud, les animaux sans cesse sur leurs traces

« L’oeuvre obtient une résonance à laquelle peu peuvent se comparer »

Pas suivi par le public ou la critique avec son adaptation pourtant fendarde de L’Agence tous risques, Joe Carnahan délaisse la catégorie blockbuster pour revenir avec Le Territoire des loups (The Grey en VO) à quelque chose de plus simple en apparence, un trip dans la nature sur le thème bien connu du « Man vs Wild ». On s’imagine alors embarquer pour du pur survival des familles sauf que le réalisateur n’est pas là pour se complaire dans la facilité, et encore moins dans la formule toute-faite. Parce que là où le genre se veut par essence l’expression d’une lutte pour la survie (d’où son nom, bah ouais), cet opus-ci ressemble plus à un chemin de croix vers l’acceptation de la mort dans tout ce qu’elle a de plus naturelle et cruelle, le discours religieux étant même abordé mais absolument pas présenté comme une solution. Au contraire, nous n’y voyons qu’une impasse. C’est alors peu dire que le ton du métrage est extrêmement pessimiste et cela dès le départ, avec la narration récitée par un personnage suicidaire auquel Liam Neeson prodigue une interprétation minérale (yep, je l’ai placé). Tout ça en accord avec la mise en scène aride – ce qui ne signifie pas un manque d’inventivité – d’un réalisateur on ne peut plus exigeant, pensant son projet de manière largement plus introspective que ce que l’on a l’habitude de voir dans le survival.

Il y a cependant tous les passages obligés de l’exercice – si ce n’est le cannibalisme – et une utilisation foutrement efficace des jump scares au point que l’on a parfois l’impression de flirter avec le cinéma d’horreur, jusque dans les tétanisantes transitions du rêve à la réalité. La réalisation elle-même brouille la frontière entre réel et fantastique en se jouant avec une habilité stupéfiante des limites budgétaires et techniques pour faire apparaître les loups, par exemple dans le plan où se voient juste les reflets des yeux ou bien les scènes où l’on ne fait que les entendre, preuve s’il en était besoin que Joe Carnahan n’oublie pas les spectateurs. Sans problème, le réalisateur aurait donc pu accoucher d’un des survivals les plus retors et haletants qui soient mais il a choisis d’emprunter une voie toute autre, faite des craintes humaines face à l’imminence de la mort et de leur accompagnement par un personnage dont la pulsion de mort prend une nouvelle dimension au regard de la situation dans laquelle il est jeté. Forcément, Le Territoire des loups s’intéresse alors beaucoup aux survivants, leur sort comme leurs angoisses, et pour ne pas le faire comme un sagouin il prend son temps. En résultent quelques petites longueurs, sans être non plus du Terrence Malick, mais c’est à ce prix que l’oeuvre obtient une force de résonance à laquelle peu peuvent se comparer.

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