Archive pour mars, 2012

Critique ciné : Hunger Games

27 mars, 2012

hunger games_jennifer lawrence_josh hutcherson_gary ross_affiche_poster

Dans le futur, l’Amérique du nord a été réorganisée en douze secteurs sous la coupe d’un pouvoir totalitaire les obligeant à sacrifier chaque année deux adolescents – un garçon et une fille – qui devront participer aux « Hunger Games », un combat à mort dont un seul sortira vivant. Volontaire pour prendre la place de sa petite soeur, la courageuse Katniss fait partie des vingt-quatre candidats et alors que s’approche la date fatidique de l’épreuve, suivie par des millions de téléspectateur, elle découvre un autre monde fait d’apparences et d’excès

« Ça commençait pourtant si bien… »

Annoncée comme la relève d’un phénomène Twilight tirant sur sa fin, l’adaptation du roman de Suzanne Collins – et premier volume d’une trilogie – est pourtant loin de rappeler au premier abord les amourettes de Bella Swan avec les vampires et les loups-garous. A la découverte de son résumé, on pense en effet bien plus facilement au Prix du danger ou à son pendant américain Running Man, et plus encore à Battle Royale avec lequel Hunger Games partage nombre de troublantes ressemblances. En tout cas au niveau de l’écriture parce qu’une fois porté à l’écran, nous sommes à mille lieues du choc provoqué en son temps par la péloche de Kinji Fukasaku…

Tout commençait pourtant bien, et même très bien avec une excellente première partie qui place des enjeux sans surprise mais le fait dans un univers assez original, marqué par un clivage social fondateur où les contrastes très appuyés pourraient sembler grotesques mais ne font que renforcer la gravité du constat. Le réalisateur Gary Ross avait déjà démontré son aisance à manipuler des tons contradictoires avec le scénario de La Légende de Despereaux et il retrouve parfaitement cela ici, ses personnages étant eux-mêmes partagés entre la peur et la fascination suite à leur élection aux jeux. Et il nous le fait d’autant mieux ressentir que sa mise en scène crédibilise l’ensemble par une caméra documentaire évoluant même régulièrement en point de vue subjectif, nous plongeant toujours plus dans l’action et le drame humain. Si Jennifer Lawrence s’avère alors être une héroïne forte comme nous les aimons, c’est surtout Josh Hutcherson qui tirera son épingle du jeu en sortant enfin des rôles de petit con.

Le plus passionnant dans cette première moitié est cependant tout le background des « Hunger Games », présenté par le biais d’un casting très surprenant avec quelques personnages secondaires rapidement attachants malgré leurs défauts (dommage qu’on ne les voit pas plus pour l’instant) et d’autres qui sortent par les trous de nez comme il faut (Stanley Tucci, impeccable comme toujours). Davantage encore que ses précurseurs dont nous parlions plus haut, le métrage creuse donc à ce moment l’aspect télé-réalité et jeu télévisé pour dresser un miroir toujours aussi peu flatteur de notre société, agrémenté d’idées riches en potentiel telle les sponsors qui peuvent soutenir les participants les plus populaires.

Toutefois, alors que nous nous attendions à passer aux choses sérieuses, le début des jeux entérinera une magistrale déconfiture. Pour ne pas se mettre à dos la censure et se priver d’une partie du public adolescent, toute violence est ainsi expurgée du métrage et les scènes d’action tournent au chaos illisible pour qu’on ne puisse rien voir (difficile d’imaginer comment la version UK a pu subir des coupes supplémentaires !), désensibilisant par le fait du drame de voir ces adolescents sacrifiés par la politique des adultes contrairement à Battle Royale. De la même manière, il n’y a absolument aucune impression d’urgence alors que nous sommes quand même censés être dans le cadre d’un survival, et les héros pourraient difficilement être plus inactifs (la principale attaque de Katniss consiste à faire tomber une ruche sur des ennemis fadasses… on est où, là, dans Winnie l’ourson ?). Ajoutons à cela quantité d’éléments non-expliqués (peut-être dans la suite ?) et d’absurdités qui nuisent encore à la tension de la situation (les fleurs pour la gamine, la scène des pommes…) et nous aurons là un scénario qui semble s’ingénier à pourrir son capital.

Tout ça pour arriver en fin de compte à une romance compliquée qui vampirise le récit et le rythme, puis à l’annonce d’un triangle amoureux en guise de cliffhanger. Ce qui nous ramène droit à… Twilight, oui ! Voilà qui n’annonce donc rien de très bon pour la suite de Hunger Games, dont les prémisses prometteurs s’égarent à trop vouloir courir derrière le gros carton teenager de ces dernières années. De là à dire qu’on peut tout de suite se désintéresser de la franchise, il n’y a qu’un pas !

Critique ciné : Hunger Games dans Cinema Cinema 023-150x100033-150x100 dans Cinema Cinema043-150x100

Critique ciné : La Dame en noir

23 mars, 2012

la dame e noir_woman in black_daniel radcliffe_james watkins_affiche_poster

Jamais remis du décès de sa femme alors qu’elle mettait au monde leur fils, Arthur Kipps se voit proposée une dernière chance de garder son emploi de notaire à Londres : il doit se rendre dans le petit village de Crythin Gifford pour gérer la succession d’une cliente récemment disparue, laissant derrière elle une lugubre demeure et les plus sombres rumeurs. Arrivé sur les lieux, Arthur découvre alors que l’absence d’hospitalité des habitants cache un lourd secret, une malédiction qui ne va pas tarder à le rattraper

« A la fois respectueux et moderne, voici la Hammer ressuscitée »

Revenue d’entre les morts depuis maintenant quelques années, la nouvelle Hammer s’est jusque-là investie dans des projets la conduisant vers une horreur plus moderne, où sa marque de fabrique gothique était à chaque fois actualisée. The Wake Wood étant toujours inédit chez nous, La Dame en noir marque donc le retour de la firme à ce qu’elle sait faire de mieux et pour le coup, nous avons droit au cahier des charges au complet : maison hantée victorienne dans laquelle vient se perdre un jeune citadin en plein spleen, malédiction planant sur un village d’autochtones accueillants comme un jour de grêle… Immédiatement, nous avons l’impression d’être en terrain connu. Mais ce n’est pas pour autant que l’on va rester vautré pépère dans son fauteuil !

Il faudra ainsi accepter avant tout que l’histoire, tirée du roman éponyme de Susan Hill, ne cherche aucunement à s’écarter des sentiers battus. Elle s’y complet même à en juger l’inspiration puisée à parts égales dans la littérature britannique fantastique, le cinéma de la Hammer et les écrits de H.P. Lovecraft, auxquels nous sommes forcés de penser au regard du personnage principal débarquant dans le superstitieux arrière-pays. En soi le film n’a donc absolument rien d’original, que ce soit au travers de son déroulement ou de ses éléments scénaristiques, et pour peu nous trouverions même que le revival a un arrière-goût de resucée fadasse vu comme tous les poncifs du genre y sont convoqués.

Sauf que tout ça est amplement sublimé par la réalisation de James Watkins, un p’tit gars n’ayant pas selon lui d’affinité particulière avec l’horreur mais s’y épanouissant pourtant on ne peut mieux. Après le survival ultra-nerveux et impitoyable Eden Lake, il se réapproprie en effet le cinéma gothique en lui insufflant un niveau de terreur à se faire chier dessus Vincent Price dans la tombe. D’un côté nous avons une direction artistique fabuleuse et angoissante à souhait (sans rire, les jouets sont les plus flippants jamais vus au ciné), en même temps respectueuse de son héritage ; de l’autre se démarque une gestion admirable du cadre et des ambiances, où les zones d’ombre dans le champ nous laissent en permanence sur le qui-vive. Le malaise pèse ainsi sur toute la péloche jusqu’à un final faussement joyeux, non sans avoir auparavant éclaté lors de deux séquences particulièrement éprouvantes, de longues plongées dans le cauchemar où nous adoptons complétement le point de vue du héros isolé et vulnérable. Quant à l’utilisation de jump scares rappelant furieusement la j-horror, cela pourrait paraître une solution de facilité mais quand c’est aussi bien fait, il n’y a qu’à profiter du spectacle et faire gaffe à ne pas lâcher de petits couinements de surprise !

Évidemment, le succès de La Dame en noir repose aussi pour beaucoup sur l’interprétation de son acteur-star, Daniel Radcliffe entamant une reconversion plutôt convaincante après une décennie de Harry Potter. Vulnérable mais décidé, plus adulte que nous ne l’aurions imaginé, il nous convainc dès son premier plan, un rasoir sur la gorge et l’air possédé, qu’il n’a plus rien à voir ici avec le sorcier binoclard de Poudlard. Peut-on pour autant parler d’une résurrection, celle dont rêvent tous les comédiens assimilés à un unique rôle ? Il est trop tôt pour le dire mais ce qui est sûr, déjà, c’est que le film livre de son côté une résurrection respectueuse de la Hammer-touch tout en lui prodiguant l’efficacité du cinéma moderne. Croisons donc les doigts pour que James Watkins continue sur la voie horrifique parce que, sérieux, ça le fait carrément !

Critique ciné : La Dame en noir dans Cinema Cinema 06-150x9907-150x99 dans Cinema Cinema08-150x99

Critique ciné : Cloclo

21 mars, 2012

cloclo_jeremie renier_benoit magimel_florent-emilio siri_claude françois_affiche_poster

De sa jeunesse égyptienne à sa disparition tragique, découvrez l’incroyable destin de Claude François, la star de la chanson française la plus adulée de tous les temps. Véritable homme-orchestre dont l’ambition n’avait d’égal que sa perpétuelle insatisfaction et ses légendaires coups de gueule, nous le connaissions aussi bien talentueux qu’odieux. Il est alors désormais temps de lever le voile sur l’homme qui se cachait derrière cette image publique contrastée

« Il manque quelque chose pour s’extraire du biopic académique »

Très en vogue ces dernières années comme en témoignent les succès de La Môme, Gainsbourg, vie héroïque ou du diptyque Mesrine, le biopic à la française est de retour sur les écrans avec un film retraçant le parcours du bondissant et caractériel Claude François, dit Cloclo. L’une de nos plus grandes stars de la variétoche et par conséquent un sujet de choix pour l’exercice, dont Podium avait déjà démontré la popularité toujours vivace auprès du public. C’est donc sans la moindre surprise que nous voyons aujourd’hui débarquer cette nouvelle moissonneuse à récompenses et de la même manière, c’est sans grande surprise que nous la découvrons. Parce que même très réussie, une recette connue aura toujours un goût de déjà-vu.

Le métrage commence pourtant en dévoilant une période peu connue de la vie de l’artiste – sa jeunesse en Égypte et la relation conflictuelle avec ses parents – et ne se privera pas de révéler par la suite certains des aspects les plus sombres du personnage, surenchérissant ainsi sur la chiée de documentaires diffusés sur les ondes. On ne peut cependant s’empêcher de trouver son contenu un peu convenu, à la fois exhaustif (on commence avant la naissance de Claude pour finir après sa mort) et objectif plus que de raison, au point que Cloclo en devient forcément un peu scolaire et paraît réciter une leçon apprise sur le bout des doigts sans se l’être véritablement appropriée. La réalisation fonctionnelle de Florent-Emilio Siri n’est bien sûr pas étrangère à ce constat, le metteur en scène faisant montre d’une réserve similaire à celle constatée sur son précédent effort, L’Ennemi intime. On trouve bien quelques fulgurances rappelant le Oliver Stone de The Doors et une excellente utilisation des tubes du chanteur en complément du score de Alexandre Desplat (ils ont du sens vis à vis de ce qu’ils illustrent et ne se contentent pas d’être juste du fond musical pour vendre des compiles), cela n’évite pas l’impression d’être face à une simple énumération de faits, jamais lassante mais pas davantage excitante. Sans remettre en cause le talent de Siri derrière une caméra, loin de là, nous trouverons donc tout de même dommage qu’il ait choisi de privilégier à ce point l’efficacité narrative sur la personnalité pour son nouvel effort.

La grosse attraction reste toutefois le personnage de Claude François en lui-même, incarné par un Jérémie Renier ayant trouvé le rôle de sa vie et espérant certainement en tirer profit vu son implication à ressusciter l’idole des minets. Il y réussit d’ailleurs si bien que le film peut se permettre de mêler des images d’archives à celles du tournage sans que cela soit jamais choquant, c’est dire ! On pourra alors toujours arguer qu’il s’agit d’une voie express et un peu facile vers l’obtention de statuettes, une simple transformation physique, cela serait nier sa performance fusionnelle qui parvient à rendre sympathique – ou tout du moins humain – un personnage qui passerait sans ça seulement pour un gros con, voire même un fou dangereux à en croire cette séquence où il se comporte en véritable harceleur sexuel. Sa prestation risque en tout cas d’éclipser le reste de la distribution et c’est bien dommage car celle-ci recèle de très bonnes choses, en particulier un Benoit Magimel étonnant et méconnaissable dans la peau du nabab Paul Lederman.

Cloclo n’est donc en aucun cas une foirade, il se suit même plutôt agréablement et ravira les milliers de fans qui n’attendaient qu’une telle évocation du destin de leur idole, mais il lui manque définitivement quelque chose pour s’extraire de l’académisme du biopic. Vraiment, on ne peut alors que déplorer l’état du cinéma français qui s’ingénie trop souvent à ne confier des budgets à nos réalisateurs les plus talentueux que s’ils s’attachent à des projets formatés et sans risque, ou qui ne sortent pas des clous tout du moins. Comme d’habitude…

Critique ciné : Cloclo dans Cinema Cinema 022-150x100032-150x100 dans Cinema Cinema042-150x100

Critique ciné : John Carter

12 mars, 2012

john carter_taylor kitsch_lynn collins_andrew stanton_disney_affiche_poster

Nous pensons connaître la planète Mars, mais nous nous trompons : déjà, son véritable nom est Barsoom. Et loin d’être inhabitée, celle-ci est même le théâtre d’une terrible guerre sur le point de s’achever par la victoire des forces du Mal, épaulées par d’étranges êtres supérieurs. C’est là que débarque le terrien John Carter, un soldat sudiste déserteur et désabusé. Mais s’il se refuse à prendre part à un nouveau combat, l’humain du 19e siècle va néanmoins devoir accepter qu’il est le seul à pouvoir sauver Barsoom

« De la bonne grosse SF old-school »

A la recherche d’une nouvelle lucrative franchise alors que Pirates des Caraïbes semblait au point mort (rappelez-vous, le troisième était censé être le dernier), Disney sort des placards un projet qu’ils avaient échoué à concrétiser dans les 80′s : John Carter, l’adaptation d’Une princesse de Mars par Edgar Rice Burroughs, le papa de Tarzan. Soit la première pierre du Cycle de Mars et une oeuvre cruciale dans la démocratisation de la SF mais, il faut bien le dire, un peu oubliée aujourd’hui. Ne soulevant donc pas plus d’attente qu’il a de vraie star au casting, le film n’a pas d’autre choix que de mettre les bouchées doubles pour rameuter les spectateurs dans les salles obscures.

Et la première bonne idée a ainsi été de confier les commandes à l’échappé de Pixar Andrew Stanton, qui nous avait déjà conduit vers les étoiles avec le magistral Wall-E. Toutefois, comme son collègue Brad Bird il y a quelques mois avec Mission : Impossible – Protocole fantôme, il s’agit pour lui d’un passage au cinéma live et nous étions par conséquent particulièrement curieux de voir comment il allait s’en sortir. C’est à dire au moins presque aussi bien que le mec derrière Les Indestructibles et Ratatouille, si ce n’est qu’on le sent parfois freiné par les directives disneyennes (la décapitation foirée pour en atténuer la violence) et que, reconnaissons-le, ce métrage-ci ressemble beaucoup plus à de l’animation qu’une mission de Ethan Hunt avec sa pléthore de CGI. On ne peut cependant lui nier une certaine aisance à donner vie à ce monde et à nous plonger dedans, bien que ce n’était pas gagné avec un début rendu inutilement confus et très étonnant de la part du réalisateur du Monde de Nemo. Une expérimentation de trop ?

Stanton s’en sort en tout cas très bien avec l’action – si on en doutait – et lui donne même parfois une portée autre que le pur entertainment, à l’image de ce montage alterné entre les flashs du passé de Carter et une baston homérique. Sauf que toutes les ramifications du script ne laissent pas autant de place au spectacle que nous l’aurions souhaité, et un gros vide se fait ressentir au cours de l’aventure sans que le casting faiblard puisse le combler. Taylor Kitsch serait ainsi presque charismatique (c’était franchement pas gagné) et a un personnage intéressant, même si des zones d’ombre restent à élucider, mais on ne peut pas dire que sa partenaire Lynn Collins soit vraiment convaincante. Elle n’est même crédible dans aucune des facettes de son rôle et tue dans l’oeuf toute la portion de l’intrigue la concernant.

On peut néanmoins être en compagnie peu enviable et profiter du voyage, ce qui est le cas présentement grâce à la richesse de l’univers que nous avons à découvrir, pétri d’inspirations diverses qui ensemble renouent avec le style enlevé des serials, jusque dans une direction artistique qui aurait pu tourner au désuet si elle n’était si cohérente avec la touche old-school parcourant le projet. Ajoutons à cela des tas d’idées marrantes (les aliens qui appellent le héros « Virginie ») ou originales (les effets de la différence de gravité sur Carter, qui en font presque un super-héros) et nous obtenons un film qui est une combinaison de tradition et modernité pour un spectacle de SF on ne peut plus plaisant, qui ouvre la porte à une franchise sans pour autant laisser trop de choses en suspens. John Carter, bienvenue donc dans le 21e siècle !

Critique ciné : John Carter dans Cinema Cinema 021-150x100031-150x99 dans Cinema Cinema041-150x100

Critique ciné : Le Territoire des loups

9 mars, 2012

le territoire des loups_the grey_liam neeson_joe carnahan_affiche_poster

Travaillant pour le compte d’une compagnie pétrolière dont il protège les employés des attaques de loups, John Ottway est un homme n’attendant plus rien de la vie. C’est donc sans conviction qu’il prend l’avion avec plusieurs collègues pour retourner à la civilisation mais, tandis qu’ils survolent les montagnes, celui-ci s’écrase dans l’immensité blanche. Les survivants ont alors à peine le temps de s’organiser qu’une meute de loup fait son apparition et les attaque, à plusieurs reprises et à chaque fois avec plus de férocité. Sans grand espoir de réussite John et les autres tentent à ce moment de fuir vers le sud, les animaux sans cesse sur leurs traces

« L’oeuvre obtient une résonance à laquelle peu peuvent se comparer »

Pas suivi par le public ou la critique avec son adaptation pourtant fendarde de L’Agence tous risques, Joe Carnahan délaisse la catégorie blockbuster pour revenir avec Le Territoire des loups (The Grey en VO) à quelque chose de plus simple en apparence, un trip dans la nature sur le thème bien connu du « Man vs Wild ». On s’imagine alors embarquer pour du pur survival des familles sauf que le réalisateur n’est pas là pour se complaire dans la facilité, et encore moins dans la formule toute-faite. Parce que là où le genre se veut par essence l’expression d’une lutte pour la survie (d’où son nom, bah ouais), cet opus-ci ressemble plus à un chemin de croix vers l’acceptation de la mort dans tout ce qu’elle a de plus naturelle et cruelle, le discours religieux étant même abordé mais absolument pas présenté comme une solution. Au contraire, nous n’y voyons qu’une impasse. C’est alors peu dire que le ton du métrage est extrêmement pessimiste et cela dès le départ, avec la narration récitée par un personnage suicidaire auquel Liam Neeson prodigue une interprétation minérale (yep, je l’ai placé). Tout ça en accord avec la mise en scène aride – ce qui ne signifie pas un manque d’inventivité – d’un réalisateur on ne peut plus exigeant, pensant son projet de manière largement plus introspective que ce que l’on a l’habitude de voir dans le survival.

Il y a cependant tous les passages obligés de l’exercice – si ce n’est le cannibalisme – et une utilisation foutrement efficace des jump scares au point que l’on a parfois l’impression de flirter avec le cinéma d’horreur, jusque dans les tétanisantes transitions du rêve à la réalité. La réalisation elle-même brouille la frontière entre réel et fantastique en se jouant avec une habilité stupéfiante des limites budgétaires et techniques pour faire apparaître les loups, par exemple dans le plan où se voient juste les reflets des yeux ou bien les scènes où l’on ne fait que les entendre, preuve s’il en était besoin que Joe Carnahan n’oublie pas les spectateurs. Sans problème, le réalisateur aurait donc pu accoucher d’un des survivals les plus retors et haletants qui soient mais il a choisis d’emprunter une voie toute autre, faite des craintes humaines face à l’imminence de la mort et de leur accompagnement par un personnage dont la pulsion de mort prend une nouvelle dimension au regard de la situation dans laquelle il est jeté. Forcément, Le Territoire des loups s’intéresse alors beaucoup aux survivants, leur sort comme leurs angoisses, et pour ne pas le faire comme un sagouin il prend son temps. En résultent quelques petites longueurs, sans être non plus du Terrence Malick, mais c’est à ce prix que l’oeuvre obtient une force de résonance à laquelle peu peuvent se comparer.

Critique ciné : Le Territoire des loups dans Cinema Cinema 02-150x9903-150x99 dans Cinema Cinema04-150x99