Archive pour février, 2012

Critique ciné : Cheval de guerre

29 février, 2012

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Né dans la campagne anglaise au début du 20ème siècle, le poulain Joey était promis à un avenir de cheval de course avant qu’un fermier un peu bourru mais au nez fin en fasse l’acquisition. Se liant d’amitié avec le fils de la maison, Albert, le jeune cheval se révèle être un véritable miracle. Mais c’est alors que la guerre éclate sur le continent et, comme beaucoup d’autres, Joey est réquisitionné par l’armée pour être envoyé sur le front. De batailles en rencontres, il va traverser tous les défis pour retrouver son maître

« Le génie de Spielberg brille à chaque instant du métrage »

Quelques mois tout juste après avoir sublimé le reporter à houppette de Hergé, Steven Spielberg est déjà de retour avec l’adaptation d’un autre de ses coups de coeur, Cheval de guerre. Un film qui certes ne révolutionnera rien au sein d’une carrière exemplaire mais ne trahit en rien tout le génie du bonhomme, qui brille à chaque instant du métrage aussi bien en termes narratif que visuel.

Son histoire incroyable, tirée d’un roman de Michael Morpurgo, il lui donne donc les atours d’un conte puisque parmi les inévitables références au western et au cinéma de John Ford en particulier, on dénote une étonnante ressemblance avec le mésestimé Babe de George Miller : entre la représentation de la campagne anglaise, les crépuscules flamboyants ou l’oie comme ressort comique, difficile en effet de ne pas voir la filiation. Et même lorsqu’il s’agit de recréer l’Histoire, la première Guerre mondiale, Spielberg reste dans une logique identique car là où il a déjà démontré toute l’horreur d’un conflit, il prend cette fois des pincettes, se distancie de la violence (il n’y a qu’à comparer l’exécution des mômes avec celles de La Liste de Schindler ou les scènes de bataille avec l’introduction de Il faut sauver le soldat Ryan pour constater dans quelle mesure). En résulte une approche familiale mais aucunement enfantine, où drame, action, tendresse, aventure, humour et Histoire forment un tout cohérent grâce à la liberté de ton offerte par la forme du conte.

Tout ça sans trop en faire, spécialement en ce qui concerne le parcours du cheval Joey qui aurait pu autrement plus tomber dans le mélo comme c’est souvent le cas avec les récits animaliers. Humanisés par petites touches, sans tomber dans l’excessif, les animaux n’ont pas pour seule vocation de nous tirer des larmes. Au contraire, ils servent une visée bien plus grande en tant que révélateurs du Bien chez l’être humain, quel que soit son camp, rapprochant les opposés que fait naître la guerre. Un discours anti-manichéen au possible et toujours indispensable, élaboré au gré des diverses rencontres sur le chemin du canasson. Le plus gros problème de Cheval de guerre serait alors cet aspect morcelé de l’intrigue, les parties successives nous détournant du coeur de l’histoire pendant un bon moment. Steven Spielberg n’est toutefois pas n’importe qui et lorsque la dernière bobine arrive, il sait mieux que personne nous cueillir, aller jusqu’au bout de son cinéma et faire résonner en nous les enjeux de son film. Alors oui, peut-être ne s’agit-il pas du meilleur ouvrage de Spielby mais même sans être incroyable, son petit dernier n’en demeure pas moins excellent. Telle est la moyenne chez Spielberg.

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Critique ciné : La Vérité si je mens ! 3

14 février, 2012

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Dix ans après avoir conquis le Sentier, Eddie, Dov, Serge, Yvan et Patrick sont toujours en place mais doivent composer avec la concurrence croissante des chinois, qui rachètent peu à peu les affaires familiales du quartier. Et comme si ça ne suffisait pas, quelqu’un cherche à leur mettre des bâtons dans les roues en les piégeant avec l’assistance de la douane. Pris à la gorge, les cinq amis n’ont alors plus d’autre choix que de mettre sur pied un gros coup, l’arnaque parfaite qui les vengera et les renflouera à la fois

« Sans être aussi moisi que Les Bronzés 3, le film ne pète pas bien haut non plus »

Onze ans presque jour pour jour après le deuxième volet, l’équipe de trublions du Sentier est de retour pour La Vérité si je mens ! 3, des retrouvailles comme on n’en avait pas vues dans le cinéma français depuis… Les Bronzés 3. Pour un résultat fleurant autant la naphtaline et l’arnaque ? Ce qu’il y a de sûr déjà c’est que, par les temps qui courent, on peut trouver légèrement obscène de raconter l’histoire de riches qui deviennent encore plus riches (la thématique « David contre Goliath » des épisodes précédents a été abandonnée). D’autant plus lorsqu’on le fait en une glorification du libéralisme sauvage qui pouvait encore passer il y a une décennie mais plus aujourd’hui. Clinquant et bling-bling, le film réussit ainsi l’exploit d’être plus écoeurant que le Coco de Gad Elmaleh, lequel cultivait au moins le ridicule de son personnage. Mais comme lui, ironiquement, la réalisation est d’une pauvreté aberrante et ne consiste la plupart du temps qu’en une simple succession de champs / contre-champs. Seuls comptent les dialogues. La plus grande idée de mise en scène sur deux heures serait alors le générique de début et, attention !, ça pique les yeux dans le genre kitsch. Peu inspiré derrière sa caméra, Thomas Gilou ne fait pas mieux avec la scénographie comme en atteste cette longue scène au cul d’un camion où les personnages se mettent en place et ne bougent plus, ou bien se remettent automatiquement à leur marque après avoir fait deux pas. De comédie statique, on bascule en plein dans l’arthritique.

Un défaut qu’on ne peut pas vraiment mettre au compte des comédiens, en pleine forme il faut bien le dire, sauf qu’ils ne sont franchement pas gâtés à la base. En effet, leur camaraderie fait forcée (on les sent gênés dans cette scénographie gelée) et certains sont franchement irrécupérables tant ils sont présentés comme des enfoirés ou pire, avec en tête un Serge / José Garcia poussé trop loin dans l’immoral. Difficile de croire qu’il a fallu une décennie pour accoucher d’un tel scénario, de plus hautement prévisible sauf quand les retournements de situation n’ont pas de réelle explication (voir le coup des chaussures droites et gauches). Et ça ne s’arrête pas en si bon chemin puisque chaque protagoniste a droit à son intrigue secondaire, ce qui conduit forcément à un trop plein narratif avec un montage souvent cahoteux, des transitions choquantes entre certaines scènes. Tout ça pour n’être en fin de compte que rarement drôle même si à force d’abattage, le film parvient malgré tout à nous arracher quelques sourires. Sans être alors aussi moisi que le comeback de la bande du Splendid (mais peu s’en faut), La Vérité si je mens ! 3 ne pète pas bien haut non plus et n’ira pas en redorant le blason de la comédie française. La vérité.

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Critique ciné : Underworld – Nouvelle ère

10 février, 2012

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Alors qu’elle pensait pouvoir enfin vivre son amour avec Michael, Selene et lui sont attaqués par des militaires qui la capturent. Elle se réveille douze ans plus tard dans un caisson cryogénique pour découvrir que les humains se sont immiscés entretemps dans la guerre ancestrale opposant lycans et vampires, exterminant sans sommation un camp comme l’autre et les poussant à une vie toujours plus clandestine. Mais surtout, elle apprend qu’elle a désormais une fille dont les pouvoirs constitueraient une menace pour les trois espèces. Au coeur de la bataille, elle va alors tout faire pour retrouver le père

« Un film peut-il se permettre de n’être qu’une introduction ? »

Arrivée dans une impasse avec son troisième épisode en forme de préquelle, surtout que le deuxième avait déjà des airs de point final, la saga Underworld est toutefois aujourd’hui de retour avec Underworld : Nouvelle ère, une quatrième itération à qui revient la charge de relancer la machine. Que le comeback de la sexy Kate Beckinsale (le latex noir a été inventé pour elle) ne vous y trompe pas néanmoins, nous sommes bien en présence d’une nouveau départ pour la série comme le stipule le titre français, avec une possible nouvelle trilogie à la clé. L’univers des films a en effet connu de grandes modifications avec l’irruption des humains dans le conflit entre vampires et lycans, conduisant à une « purge » présentée lors d’une introduction sombre et violente, riche de potentiel. Sans valoir non plus celui d’un Daybreakers, le scénario comporte donc pas mal de bonnes idées dont on attend de voir comment il va les développer.

Sauf que plus on avance le métrage et plus on s’aperçoit que les simples mortels vont s’en tenir à leur rôle de figuration, tout comme on s’aperçoit des lacunes d’un script se refusant à bâtir sur les fondations qu’il a jetées : il n’y a pas d’antagoniste clairement identifié (Stephen Rea semble endosser ce rôle par dépit juste avant le climax) ou d’objectif clairement défini, en tout cas à la hauteur de ce nouvel univers que nous découvrons. Les personnages secondaires pourraient peut-être s’avérer intéressants si on voulait bien leur en laisser le temps. Quant à la relation mère / fille qui aurait dû être une des principales préoccupations de Selene, elle est tout simplement aux abonnés absents.

En contrepartie, comme dans Underworld 2 – Evolution, cette trame épurée permet d’aller droit au but et si ce n’est un très léger (et très court) ralentissement en milieu de métrage, celui-ci ne cesse d’accumuler les scènes d’action brutales et gores avec de vrais morceaux de bravoure dedans. Mention spéciale à un loup-garou géant (oui, GEANT !) qui pousse encore un plus la saga dans la veine comic-book : aucun suspense ou inspiration horrifique, quasiment nulle trace d’humour, ce quatrième épisode se prévaut totalement de l’actioner pur et dur. Les réalisateurs suédois Mans Marlind et Bjorn Stein confirment ainsi ce que nous avions constaté au travers de leur inédit-vidéo Le Silence des ombres, à savoir que ces cinéastes efficaces ne semblent pas trop regardants du côté du scénario. En tout cas le temps qu’ils fassent leur trou à Hollywood et c’est bien dommage car lorsqu’on regarde leurs travaux au pays, en particulier un Storm avec lequel ce quatrième Underworld entretient beaucoup de ressemblances, ils sont largement capables d’aller un cran au-dessus.

Pour toutes ces raisons, le générique de fin débarque sans même qu’on l’ait vu venir, laissant un goût d’inachevé d’autant plus fort que rien n’a été développé et que l’intrigue n’a pas de conclusion… mais que nous avons carrément pris notre pied jusque-là ! La plus grande qualité de Underworld : Nouvelle ère est alors de nous donner envie d’en voir la suite, seulement un film peut-il se permettre de n’être presque qu’un teaser ou – au mieux – une introduction ?

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Critique ciné : Sherlock Holmes 2 – Jeu d’ombres

9 février, 2012

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Partout à travers le monde, des magnats de l’industrie et des scientifiques meurent dans de mystérieuses conditions sans que personne ne puisse établir de liens entre eux. Personne ? Sherlock Holmes, si. Le plus célèbre des détectives a en effet découvert que tous ces événements sont l’oeuvre du professeur Moriarty, un génie du mal dont les sombres desseins sont encore à mettre en lumière. Accompagné du docteur Watson, il se lance alors sur la piste de son plus grand adversaire

« Les fans du premier y trouveront certainement leur compte »

Participant d’un rajeunissement généralisé des icônes littéraires britanniques (nombreuses sont par exemple les séries télé à revisiter les rayonnages des bibliothèques), le premier Sherlock Holmes était une excellente surprise. En effet, adapter le héros de Conan Doyle au public adolescent des blockbusters avait de quoi laisser circonspect, et le réalisateur Guy Ritchie n’inspirait plus grande confiance après une série de péloches plus ou moins décevantes. Mais contre toute attente ça marchait, très bien même. Et puisque ça rapportait plein de billets verts, un deuxième épisode fut donc lancé sans attendre. Elémentaire, mon cher Watson. Sauf qu’à être trop systématique on peut parfois raisonner à tort et à travers, encore plus lorsqu’on est dans le cadre d’une suite…

Sherlock Holmes 2 : Jeu d’ombres reprend ainsi sans vergogne la formule de son prédécesseur, tout ce qui avait plu est là. « Tant mieux » direz-vous et vous n’aurez pas forcément tort, car après tout c’est ce qu’on demande à une bonne séquelle. Et même si des scènes entières sont des réminiscences du premier chapitre (difficile de ne pas repenser aux explosions multiples sur les docks face à la fuite dans les bois), tout continue de fonctionner aussi bien, au moins en tant que variation sur le même thème. A l’identique, le duo vedette n’a rien perdu de son charisme et de son efficacité (Robert Downey Jr est décidément un pur acteur de blockbuster) et c’est un vrai plaisir que de les retrouver. Il apparaît d’ailleurs comme évident que c’est leur alchimie qui a accaparé les scénaristes, leur relation ne connaissant aucune réelle évolution après avoir été au coeur du précédent.

Et c’est là que la surenchère propre aux suites commence son entreprise de gavage, les dialogues consistant pour beaucoup en d’incessantes vannes et réparties enlevées, avec un abattage qui n’a d’égal que le rythme même du film. Lequel a en plus revu ses ambitions à la hausse comparé à Sherlock Holmes, l’enquêteur de Baker Street se prenant un peu pour James Bond en bossant à l’internationale. Il en ressort en conséquence une intrigue rendue parfois inutilement alambiquée, voire confuse, le long de laquelle on se laisse porter sans vraiment chercher à comprendre ni être surpris. Et dans cette fureur, les personnages secondaires finissent évidemment par manquer d’épaisseur alors que tous possédaient un beau potentiel : Moriarty fait pâle figure comparé à Lord Blackwood (un comble pour la nemesis de Holmes), Noomi Rapace est là pour travailler sa côte de popularité outre-Atlantique et Mycroft Holmes, pourtant incarné par le désopilant Stephen Fry, s’en tient à un emploi purement anecdotique.

Sherlock Holmes 2 : Jeu d’ombres reste malgré tout très divertissant mais déçoit aussi dans son incapacité à surprendre comme le fit le précédent. On a le sentiment qu’après ses nombreuses déconvenues, Guy Ritchie craint d’abandonner une formule qui fonctionne et s’égare à trop vouloir capitaliser dessus, accouchant d’une suite un peu paresseuse dans sa façon de surenchérir sans risque. Les fans pas trop exigeants y trouveront certainement leur compte, les autres continueront de penser que tout ça fait beaucoup de bruit pour rien.

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