Critique ciné : J. Edgar

j. edgar_leonardo dicaprio_armie hammer_clint eastwood_affiche_poster

Sur près de cinquante années de l’histoire américaine, découvrez le parcours de J. Edgar Hoover, l’homme qui créa et dirigea d’une main de fer le FBI jusqu’à sa mort en 1972. Mais derrière cette rigide façade publique se cachaient nombre de secrets qui, loin d’être anecdotiques ou racoleurs, sont lourds de sens quant à la philosophie adoptée par l’agence gouvernementale et ses dérives, premiers symptômes d’une justice depuis érigée en modèle

« Eastwood paraît avoir définitivement abandonné l’idée de surprendre »

Partie un peu en vrille lors de ses derniers travaux, Invictus et Au-delà, la légende Eastwood se frotte pour de bon à l’exercice du biopic avec J. Edgar, à propos d’une des personnalités politiques les plus controversées de l’histoire américaine récente. Un sujet riche pour un tel metteur en scène, qui a toujours cultivé les contradictions et s’en est forgé une sagesse d’ordinaire pleine de bon sens, rare dans la clinquante Hollywood. Ainsi, le propos est en effet bien plus intéressant ici dans son traitement que pour ses deux derniers films, débarrassé qu’il est de leurs considérations étonnamment naïves. Le film dresse un intéressant portrait en parallèle de la formation du FBI (exhaustif dans son étude avec la manipulation médiatique, le chantage…) et de son créateur, de comment ses névroses et angoisses de fils castré ont amené l’agence à être le fer de lance d’une certaine logique sécuritaire qui sévit aujourd’hui. Il fallait alors un acteur à la hauteur afin d’incarner cette figure historique et pour sa première collaboration avec Clint Eastwood, Leonardo DiCaprio est comme à son habitude absolument parfait sur toute la ligne, habité comme rarement par son personnage. Une impression renforcée bien sûr par l’étonnante transformation physique due aux maquillages du Hoover vieillissant mais pas uniquement, car même sans être grimé il réussit la prouesse de disparaître totalement derrière l’image du fondateur du FBI.

On l’aura compris, nous sommes face à de la machine à Oscars bien huilée. D’autant que le scénariste, Dustin Lance Black, est celui ayant signé le script de Harvey Milk, une autre histoire de politicien homosexuel récompensée par l’Académie. Tant pis alors pour la stigmatisation et l’évidente tentative de renouer avec une formule gagnante, parce que nous avons là encore une approche élégante et sensible du sujet malgré la difficulté de l’intégrer au portrait de Hoover, et qui pourrait bien valoir une statuette de supporting role à l’excellent Armie Hammer découvert dans The Social Network. Pourtant, le métrage ne convainc pas pleinement car si c’est en son coeur – au sens propre comme figuré – que réside le meilleur, il peine à trouver son rythme au départ et donne dans la dernière demi-heure le sentiment de ne pas savoir quand s’arrêter, en proposant deux, trois conclusions convaincantes avant d’en venir à une ultra-académique, digne d’un manuel d’histoire. Un classicisme appuyé que l’on retrouve malheureusement encore une fois dans la réalisation de Eastwood, décidément peu enclin à s’enflammer. S’il réussit fort bien à mener ses scènes intimistes, le métrage ne possède en revanche aucun souffle, il se contente presque d’enfiler les dialogues sans que flashbacks et flashforwards (pourtant introduits avec des transitions bien pensées) rehaussent quoi que ce soit. Sans aller alors non plus jusqu’aux cafouillages récemment constatés chez le Anonymous de Emmerich, il faut reconnaître que là aussi on finit par se lasser et regarder sa montre.

Clint Eastwood reste ainsi un artiste inestimable mais n’est pas franchement le plus intéressant à suivre ces derniers temps, à l’identique de sa bande-son jazzy et de ses trois notes au piano qui commencent à sentir sacrément le recyclage, la routine. Toujours aussi appliqué et réfléchi, il n’en reste pas moins que l’homme de Malpaso paraît avoir définitivement abandonné l’idée de surprendre le public et ça, malgré tout le respect que nous avons pour le bonhomme, ça ne pardonne pas. Instructif sans être passionnant, J. Edgar n’est qu’un nouvel ajout à la filmographie d’un cinéaste poussé à la boulimie par son âge avancé mais étant (pour l’instant ?) en panne sèche de niaque.

Critique ciné : J. Edgar dans Cinema Cinema 022-150x100032-150x100 dans Cinema Cinema042-150x100

Laisser un commentaire