Critique ciné : Malveillance

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Discret et serviable, César pourrait être le concierge idéal si derrière son habituelle bonhommie ne se cachait un gouffre béant, un incapacité à ressentir le bonheur qu’il trompe en faisant le mal autour de lui. Sournoisement, il parasite ainsi la joie de vivre d’autrui et en particulier de Clara, une jeune locataire ne le laissant pas indifférent. Mais à trop vouloir pénétrer son intimité pour mieux la briser, il pourrait finir par s’exposer, lui, l’homme qu’on ne remarque jamais

« Tout tourne autour du désir de créer le suspense »

A première vue coincé entre le techno-érotisme soft de Sliver et le récent La Locataire de la Hammer avec son histoire de concierge violant l’intimité d’une résidente, Malveillance n’avait rien de très folichon. C’était sans compter sur son réalisateur, le talentueux Jaume Balaguero, qui n’est pas homme à faire comme les autres (c’est même le contraire puisque tout le cinéma de genre espagnol récent lui doit beaucoup). Il prend donc un contrepied radical sur le genre et un peu dans la mouvance de Maniac ou Henry, portrait d’un serial killer, l’aspect exploitation / provoc’ en moins, il choisit avec son scénariste Alberto Marini d’adopter le point de vue du méchant de l’histoire, pas de sa victime. Toute l’intelligence du propos étant comment, par la mise en scène et l’écriture, ils nous font progressivement découvrir la nature de ses crimes, jusque dans la dernière bobine. Premièrement pour ne pas annihiler d’entrée de jeu notre empathie envers le personnage principal, cela va de soi, mais aussi pour se jouer de nous et de nos attentes, mettre en perspective notre rapport aux histoires et l’approche que nous en avons en un jeu de manipulation parfaitement maîtrisé.

Il fallait ainsi un comédien des plus solides pour abonder dans cette direction et, tour à tour pathétique et inquiétant, Luis Tosar (Cellule 211) se révèle proprement impeccable derrière le masque trouble de cet entreprenant concierge. Un rôle de psychopathe qui parvient à s’extraire du lot commun des pervers, étonnant dans sa manière de ne trouver le bonheur que dans le malheur des autres (les scènes avec sa « mère » sont à ce titre d’une cruauté tordue à souhait). Néanmoins, cette thématique du sadisme ne va pas au-delà du cadre du métrage, elle ne cherche à véhiculer aucun message car dans Malveillance tout tourne simplement autour du désir de créer le suspense, faire naître l’angoisse. Et ça, Balaguero sait faire. Après les montagnes-russes Rec 1 et 2 organisées avec son compadre Paco Plaza, il revient donc à une réalisation hitchcockienne plus proche de ce que nous connaissions de lui, avec une tension plus diffuse mais pas moins prenante. Voire même flippante lors de certaines scènes, comme lors du réveil tardif de César dans l’appartement de sa proie et du chassé-croisé qui s’en suit. Le plus intéressant étant que c’est bien pour le méchant que nous avons peur, en une inversion des codes du genre qui perturbe autant qu’elle interpelle.

On peut alors reprocher à Malveillance, en dépit de sa graduation bien organisée, une légère tendance à la répétitivité, inévitable puisqu’on revient sans cesse sur les mêmes lieux pour y suivre les mêmes actions. D’autant qu’il ne va pas forcément aussi loin que nous l’aurions voulu, certains protagonistes échappant à un destin funeste que nous espérions pourtant avec impatience (préparez vous à devoir ronger votre frein). Mais c’est là un risque qu’a dû prendre Jaume Balaguero pour mieux nous fondre dans la peau de son anti-héros, mieux nous désarçonner face à une intrigue qui semblait pourtant familière. Et notre malaise est au final d’autant plus grand qu’il a parfaitement réussi son coup.

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