Critique ciné : Mission : Impossible – Protocole fantôme

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Envoyés en Russie avec pour mission d’infiltrer le Kremlin, Ethan Hunt et son équipe d’agents secrets sont doublés par un terroriste illuminé qui dérobe des codes de lancement nucléaire et fait exploser le bâtiment. Le gouvernement russe accuse alors les américains de cet attentat, et en réaction l’agence Mission : Impossible est dissoute. Laissés sans soutien ni moyens, Ethan et ses compagnons n’ont plus qu’une seule chose à faire : démasquer le véritable ennemi pour se disculper et sauver le monde d’une menace sans précédent

« Brad Bird se contente de livrer un film d’action exemplaire »

Cador incontesté de l’animation sur le petit comme le grand écran, Brad Bird passe au cinéma live avec Mission : Impossible – Protocole fantôme. Voilà qui devrait d’ordinaire éveiller quelques soupçons sauf que, dans le cas présent, cela semble plus une formalité tant la réalisation de l’ancien de Pixar s’est toujours calée sur un modèle cinématographique, pensant l’animation comme de la prise de vue réelle. Les Simpson déjà ne s’embarrassait pas des codes du dessin animé ou de la sitcom, et Le Géant de fer comme Les Indestructibles se sont imposés en classiques des genres qu’ils illustrent. Comme on s’y attendait alors, c’est sans la moindre peine que Bird assure la transition. Rythmé en diable, son film accumule avec maestria les morceaux de bravoure et ne laisse aucun répit au spectateur, sans arrêt interpelé par des idées fraîches (la poursuite en pleine tempête de sable, le combat dans le parking automatisé…) ou pléthore de gadgets tous plus high-tech les uns que les autres, renvoyant ceux des précédents volets au temps des lampes à huile. La scène d’infiltration de Jeremy Renner – de plus en plus crédible en futur remplaçant de Jason Bourne – est ainsi un clin d’oeil ne manquant pas de piquant à celle de Tom Cruise dans le premier Mission : Impossible, et ce Protocole fantôme n’oublie jamais de nous rappeler toute l’inventivité de son réalisateur. Comme son humour, avec un sens de la comédie impeccable (mais qui en aurait douté vu son CV ?) et quelques gags délicieusement décalés.

Mais surtout, s’il fallait mettre le doigt sur la vraie force que Brad Bird insuffle à ce premier essai live, cela se jouerait au niveau du « facteur humain ». En effet, bien que Tom Cruise (toujours pimpant) se livre à des prouesses à chaque fois plus déraisonnables et incroyables, il est rattrapé ici plus que jamais par le hasard et ses propres limites physiques. Par exemple, lorsqu’il saute d’une fenêtre sur le toit d’un camion en marche, il ne se raccroche pas nickel à la carrosserie comme d’ordinaire mais va finir sa chute dans le caniveau, lourdement. Un détail qui fait une énorme différence avec la tradition de cascades dans la série (et les films d’action en général), au point que la scène de l’hôtel Burj Khalifa, à Dubaï, se hisse parmi ce qu’on a vu de plus impressionnant cette année dans les salles obscures. A couper le souffle, littéralement.

Après, et même si personne ne pourra remettre en cause sa capacité à faire du live, on ne peut que regretter que Brad Bird le fasse à l’occasion d’un Mission : Impossible. Il rend pleinement honneur à la franchise en restant focalisé sur la mission du jour et l’équipe (pas de digressions comme dans le film de John Woo, pas de romance extra-professionnelle comme chez J.J. Abrams), aucun problème de ce côté-là ; mais malgré tous les atours et avantages de l’univers dans lequel il oeuvre, le réalisateur doit aussi en supporter les limites : méchant sans charisme alors que le potentiel était là, intrigue se déroulant sans vraiment nous passionner (disons que nous avons un très fort pressentiment de comment cela va terminer)… On sait pourtant que Brad Bird est capable de largement mieux, de nous retourner le coeur et la tête en même temps, de nous bouleverser tout en nous divertissant (revoyez Ratatouille). Avec Mission : Impossible – Protocole fantôme il se contente donc de livrer un film d’action exemplaire, peut-être même le meilleur de la saga, et c’était certainement le prix à payer pour réussir son entrée dans le monde du cinéma en prise de vue réelle. Transcender un bon gros film de commande. Mais maintenant qu’il a mis tout le monde d’accord sur ses capacités, qu’on le laisse s’atteler à des projets plus personnels !

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