Critique ciné : Or noir

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Confié par son père au sultan Nessib alors qu’il n’était qu’un enfant pour mettre fin au conflit déchirant l’Arabie Saoudite autour d’une bande de terre dans le désert, le prince Auda a grandi le nez dans les livres et la tête pleine des sourires de la princesse Leyla. Devenu un adulte réfléchi et réservé, il voit Nessib bouleverser l’économie de son pays en commençant à en exploiter les ressources pétrolière, accordant le droit aux américains de s’installer dans le passage qui sema la discorde autrefois. Mais cette décision n’est pas du goût du père de Auda, qui la considère comme une trahison de la trêve. Alors, avant qu’une nouvelle guerre n’éclate, le jeune prince est envoyé en émissaire pour calmer les tensions. Sauf que Auda n’est pas encore sûr du camp auquel il appartient

« Annaud n’a pas pu – ou su – mener son projet comme il le voulait »

Pour se réapproprier les faveurs du public après un expérimental et trivial Sa Majesté Minor en ayant laissé plus d’un cois, Jean-Jacques Annaud revient aux choses plus sérieuses et opte avec Or noir pour un grand film d’aventure dans la plus pure tradition hollywoodienne, une déclaration d’amour au Lawrence d’Arabie de David Lean. Ce qui expliquera certainement au passage une réalisation classieuse mais aussi un peu classique, à l’image du score de James Horner. Là où le cinéaste désappointera cependant, car ce n’est pas dans ses habitudes, c’est qu’il ne semble pas avoir pu assumer tous les aspects de son projet. Au début, nous sommes ainsi face à une oeuvre plus proche dans son fonctionnement d’un film historique que d’un film d’aventure, le récit se déroulant sans que la moindre péripétie d’envergure vienne en rider la surface. Attention, il ne s’agit pas non plus une reconstitution de faits réels. Le roman original du suisse Hans Ruesch (La Soif noire) est en effet clairement identifié comme une fiction et si Antonio Banderas est crédible en sultan arabe, ce dont on ne doutait pas vu sa prestance dans Le 13ème guerrier, on ne peut pas dire que ça coule autant de source avec le british Mark Strong (heureusement qu’il est un putain d’acteur). Nous sentons toutefois bien dans l’étude de ces deux figures paternelles, leurs extrémismes opposés, la volonté de dépeindre les problématiques qui ont secoué le Moyen-Orient – et le font encore aujourd’hui d’une certaine manière, même si le sujet de discorde s’est élargi – lorsque commença l’exploitation du pétrole. Par cette approche, Or noir sort du cadre du divertissement et vient s’inscrire dans la filmographie du réalisateur, où il est souvent question de « groupes » qui ne se comprennent pas et se battent à cause de cela.

Le héros incarné par Tahar Rahim se pose alors comme une voie du milieu toute désignée, la solution de la tempérance et de la réflexion (après tout Annaud ne s’interdit jamais de prendre parti) sauf que sans qu’on s’y attende, il dérive finalement vers un destin plus guerrier où même son amour pour la jolie Freida Pinto est totalement oublié. Ce qui permet à l’oeuvre dans sa seconde partie d’entrer dans du vrai film d’aventure, celui qu’on nous a tant vanté avec rebondissements et batailles épiques (le combat contre les tanks relève de l’inédit). Mais en plus de conduire le héros dans un cul-de-sac puisqu’il troque ses idéaux pour ceux de ses pères, cette transformation se fait donc sans qu’on en ressente le processus, handicapée par trop de raccourcis narratifs. Mieux explicitée, on aurait pu l’accepter pour son réalisme. Là, on se demande juste un peu ce qu’il se passe. Se pose à ce moment la question des trous dans la narration, des scènes coupées qui sautent aux yeux et des modifications qui ont dû être réclamées pour ne pas froisser le public occidental (la polygamie suggérée du héros), laissant entendre que Jean-Jacques Annaud n’a pas pu – ou su – mener son projet comme il le voulait, la faute à une multiplicité de paramètres à gérer en même temps (par exemple, faire un film populaire en ayant pour protagonistes un peuple que nos médias s’acharnent à diaboliser). Or noir porte toutefois sa marque et rien que pour ça, il mérite toute notre attention.

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