Critique ciné : Les Immortels

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Enfermés depuis des siècles après leur défaite contre les dieux de l’Olympe, les Titans attendent patiemment qu’on les libère pour prendre leur revanche. Une attente qui pourrait prendre fin avec la révolte de Hypérion, un ancien paysan dont la rage envers les dieux a inspiré des légions de criminels et soldats, pillant et massacrant pour retrouver la trace des Titans. N’ayant pu empêcher le meurtre de sa mère, Thésée se lance alors à la poursuite de l’armée maudite. Mais il a aussi une autre raison de se battre, car il est l’élu des dieux

« A la fois barbare, élégant et épique« 

Le 300 de Zack Snyder ayant réouvert une brèche aux péplums avec ascendants fantastiques (ironie du sort pour ces spartiates qui défendirent si farouchement les Thermopyles), ce n’était qu’une question de temps avant que d’autres enfilent sandales et jupettes pour aller castagner de la mythologie grecque. La Warner, encore elle, mit donc fissa en chantier un reboot de son Choc des Titans mais déjà la concurrence se préparait avec War of the Gods, qui plus tard deviendra Immortals, développé en parallèle chez Relativity Media. La politesse, un budget moindre (une conversion 3D, ça ne se fait pas comme ça non plus) et un repositionnement stratégique voudront pourtant que ce dernier passe son tour et attende pour briller au box-office, au risque de louper le coche. Et d’être redondant avec certaines erreurs commises par son concurrent, ce qui ne manque pas d’arriver. Sauf que Les Immortels (son titre français) a pour lui un atout qui fait toute la différence, et qui tient en deux mots : Tarsem Singh. Ou trois puisqu’il a signé celui-ci sous son patronyme complet, Tarsem Singh Dhandwar. Et pour le précédant c’était juste Tarsem, mais là ça devient un peu compliqué…

Toujours est-il que son dernier film ne manque donc pas de faiblesses, à commencer par un j’m'en-foutisme total du côté du respect historique. Bien sûr les anachronismes divers ne feront rager que les historiens avertis, mais ce sont surtout des mythes remaniés au point d’être méconnaissables qui risquent de faire tiquer le plus grand nombre : Thésée – s’il a droit à un combat avec un simili minotaure – ne voit pas la queue d’un labyrinthe, Hypérion n’est plus un Titan et ceux-ci ne sont plus des colossales créatures élémentaires… Pour autant l’histoire n’en est pas plus surprenante, il n’y a pas de relecture moderne (même modeste) comme dans le film de Louis Leterrier et on s’en tient à un récit très linéaire, où l’introduction in medias res avant de revenir au début de l’histoire camoufle à peine cette lacune. Ce qui ne l’empêche pas non plus de se suivre assez agréablement grâce à quelques puissantes figures. Henry Cavill est ainsi prêt à jouer les Superman chez Snyder (décidément on tourne en rond) tandis que Luke Evans est parfait en Zeus rajeuni mais tourmenté ; et malgré sa bedaine ostentatoire lors du duel final, Mickey Rourke sait apporter une dimension tragique à son rôle de vilain. Quant à Freida Pinto, elle trouve là de quoi nous faire oublier son absentéisme dans La Planète des singes : les origines même si son rôle consiste surtout à être sexy (et elle l’est, pas de problème avec ça).

Mais le vrai dieu du film, on l’a dit, c’est Tarsem Singh. Esthète au style incroyablement riche et contrasté comme il l’a prouvé avec ses précédents efforts, The Cell et The Fall (pour lequel il passa plusieurs années à rechercher les décors naturels les plus incroyables qui soient, ce qui amena le tournage à s’étaler sur pas moins de 18 pays !), le réalisateur indien est on ne peut mieux loti avec la mythologie grecque en tant que terrain d’expérimentation et livre un trip visuel d’une beauté rare. Le manque de champ-contrechamp sur certains décors a beau en faire ressortir le côté factice (le village de Thésée tout spécialement), il enchaîne les fulgurances plastiques à tomber par terre et les scènes d’action brutales, une nouveauté chez lui. Mais davantage qu’une imagerie comic-book, et même si on sent bien le style 300 derrière ces bastons, c’est à une tradition picturale classique à laquelle nous avons ici affaire. Ce dont on ne doutait pas avec ce réalisateur, et c’est grâce à elle qu’il va surpasser les errements de son scripts. Comment regretter par exemple les modifications apportées aux Titans lorsqu’on a en contrepartie ces guerriers emprisonnés d’une manière totalement inédite et diabolique, un des concepts les plus forts qu’on ait vus depuis longtemps sur un écran ?

Singh n’est toutefois pas qu’un plasticien hors-pair car il sait prodiguer à ses images une véritable puissance, une force qui vous submerge à répétition par le biais de vignettes inoubliables. Un aspect fragmenté que l’on reproche souvent à son travail mais qui conduit Les Immortels à devenir une expérience unique, à la fois barbare, élégante et épique. S’ils cherchent donc toujours quelqu’un pour l’adaptation de God of War, nous avons un candidat tout désigné !

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Une Réponse à “Critique ciné : Les Immortels”

  1. antone dit :

    super

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