Archive pour décembre, 2011

Critique ciné : Mission : Impossible – Protocole fantôme

24 décembre, 2011

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Envoyés en Russie avec pour mission d’infiltrer le Kremlin, Ethan Hunt et son équipe d’agents secrets sont doublés par un terroriste illuminé qui dérobe des codes de lancement nucléaire et fait exploser le bâtiment. Le gouvernement russe accuse alors les américains de cet attentat, et en réaction l’agence Mission : Impossible est dissoute. Laissés sans soutien ni moyens, Ethan et ses compagnons n’ont plus qu’une seule chose à faire : démasquer le véritable ennemi pour se disculper et sauver le monde d’une menace sans précédent

« Brad Bird se contente de livrer un film d’action exemplaire »

Cador incontesté de l’animation sur le petit comme le grand écran, Brad Bird passe au cinéma live avec Mission : Impossible – Protocole fantôme. Voilà qui devrait d’ordinaire éveiller quelques soupçons sauf que, dans le cas présent, cela semble plus une formalité tant la réalisation de l’ancien de Pixar s’est toujours calée sur un modèle cinématographique, pensant l’animation comme de la prise de vue réelle. Les Simpson déjà ne s’embarrassait pas des codes du dessin animé ou de la sitcom, et Le Géant de fer comme Les Indestructibles se sont imposés en classiques des genres qu’ils illustrent. Comme on s’y attendait alors, c’est sans la moindre peine que Bird assure la transition. Rythmé en diable, son film accumule avec maestria les morceaux de bravoure et ne laisse aucun répit au spectateur, sans arrêt interpelé par des idées fraîches (la poursuite en pleine tempête de sable, le combat dans le parking automatisé…) ou pléthore de gadgets tous plus high-tech les uns que les autres, renvoyant ceux des précédents volets au temps des lampes à huile. La scène d’infiltration de Jeremy Renner – de plus en plus crédible en futur remplaçant de Jason Bourne – est ainsi un clin d’oeil ne manquant pas de piquant à celle de Tom Cruise dans le premier Mission : Impossible, et ce Protocole fantôme n’oublie jamais de nous rappeler toute l’inventivité de son réalisateur. Comme son humour, avec un sens de la comédie impeccable (mais qui en aurait douté vu son CV ?) et quelques gags délicieusement décalés.

Mais surtout, s’il fallait mettre le doigt sur la vraie force que Brad Bird insuffle à ce premier essai live, cela se jouerait au niveau du « facteur humain ». En effet, bien que Tom Cruise (toujours pimpant) se livre à des prouesses à chaque fois plus déraisonnables et incroyables, il est rattrapé ici plus que jamais par le hasard et ses propres limites physiques. Par exemple, lorsqu’il saute d’une fenêtre sur le toit d’un camion en marche, il ne se raccroche pas nickel à la carrosserie comme d’ordinaire mais va finir sa chute dans le caniveau, lourdement. Un détail qui fait une énorme différence avec la tradition de cascades dans la série (et les films d’action en général), au point que la scène de l’hôtel Burj Khalifa, à Dubaï, se hisse parmi ce qu’on a vu de plus impressionnant cette année dans les salles obscures. A couper le souffle, littéralement.

Après, et même si personne ne pourra remettre en cause sa capacité à faire du live, on ne peut que regretter que Brad Bird le fasse à l’occasion d’un Mission : Impossible. Il rend pleinement honneur à la franchise en restant focalisé sur la mission du jour et l’équipe (pas de digressions comme dans le film de John Woo, pas de romance extra-professionnelle comme chez J.J. Abrams), aucun problème de ce côté-là ; mais malgré tous les atours et avantages de l’univers dans lequel il oeuvre, le réalisateur doit aussi en supporter les limites : méchant sans charisme alors que le potentiel était là, intrigue se déroulant sans vraiment nous passionner (disons que nous avons un très fort pressentiment de comment cela va terminer)… On sait pourtant que Brad Bird est capable de largement mieux, de nous retourner le coeur et la tête en même temps, de nous bouleverser tout en nous divertissant (revoyez Ratatouille). Avec Mission : Impossible – Protocole fantôme il se contente donc de livrer un film d’action exemplaire, peut-être même le meilleur de la saga, et c’était certainement le prix à payer pour réussir son entrée dans le monde du cinéma en prise de vue réelle. Transcender un bon gros film de commande. Mais maintenant qu’il a mis tout le monde d’accord sur ses capacités, qu’on le laisse s’atteler à des projets plus personnels !

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Critique ciné : Hugo Cabret

22 décembre, 2011

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Orphelin passionné de mécanique et n’ayant pas son pareil pour réparer ce qui est cassé, Hugo Cabret a grandi dans les coulisses d’une gare parisienne des années 30, s’occupant en remontant les horloges et chipant ce qui lui est nécessaire pour survivre. C’est alors que son chemin croise celui d’une jeune fille passionnée de livres et de son grand-père, un vieil homme cachant un mystérieux secret dans son passé

« Un conte pour grands enfants dont la magie est puisée à la source du cinématographe »

S’il est un de ces touche-à-tout géniaux que compte Hollywood, il est néanmoins des cinémas desquels Martin Scorsese est moins coutumier : il est par exemple très rare de le voir signer une oeuvre tout public, sa dernière fois remontant tout de même à presque 20 ans avec Le Temps de l’innocence. Plus encore, on ne l’aurait jamais imaginé s’atteler à un film reposant sur le merveilleux au point qu’on le croirait presque destiné aux plus jeunes, surtout avec une sortie en cette période de fêtes de fin d’année. C’est pourtant le nouveau pari que le réalisateur relève avec Hugo Cabret, ou tout du moins en apparences. Car loin d’être le conte pour enfants qu’on veut nous vendre, l’adaptation du roman de Brian Selznick est un conte qui s’adressera en priorité aux adultes.

Scorsese reste donc Scorsese, ce qui ne l’empêche pas malgré tout de laisser la place à l’émerveillement. Ne serait-ce qu’avec sa représentation fantasmée du Paris des années 30 à la direction artistique de brocanteur, avec des décors faits de bric et de broc nous donnant le sentiment de nous perdre dans un coffre à jouets. Qui plus en étant conduits par des enfants aspirant à l’aventure, confrontés à un antagoniste un brin dangereux mais surtout rigolo (Sacha Baron Cohen, toujours aussi surprenant). Toutefois, le discours du film n’a rien d’enfantin puisqu’entre mécanique du coeur et science des rêves, pas sûr que les gamins accrochent aux problématiques du récit ou à ses rouages narratifs. Nous ne sommes pas dans de la fantasy pour kids où les problèmes se règlent au fil de péripéties (hormis quelques courses-poursuites, il n’y a pas ici de scène d’action à proprement parler), c’est la confrontation verbale qui prime dans Hugo Cabret, la mise en avant des dilemmes des protagonistes. Scorsese aurait alors pu se reposer sur son excellent casting pour laisser se dérouler le fil de son intrigue, la rencontre d’un enfant et d’un vieil homme qui vont mutuellement se « réparer », sauf qu’il n’a pas choisi cet atypique projet sans raison. Il a quelque chose à dire, ou plus exactement à expérimenter.

En effet, le réalisateur n’a jamais eu de problème à reconnaître son admiration pour certains, à faire montre d’une déférence passionnée à l’occasion de ses nombreux documentaires ou, en tant que cofondateur de The Film Foundation, de la restauration de classiques du 7ème art. Et c’est précisément cet aspect qui nous intéresse ici puisque sous ses atours de blockbuster de Noël, Hugo Cabret est avant tout une lettre d’amour à un autre grand cinéaste-magicien, George Méliès, dont il ressuscite les courts-métrages de deux manières. D’abord en les ramenant sur grand écran, à leur place, avec des extraits n’ayant jamais paru si grandioses ; puis en les recréant en un plaisir jouisseur évident, nourrissant son film d’un déferlement de références qui nous conduit peu à peu à retrouver l’enchantement des premiers spectateurs. Il transcende même ces confiseries historiques par le biais des technologies dernier cri, nous plonge dedans pour mieux nous faire partager leur brillante ingéniosité. Oublié le gimmick commercial qui pique les yeux, la 3D du film se classe alors parmi les plus impressionnantes qu’on ait vues. Le réalisateur de Taxi Driver était impatient de s’y frotter et il nous prouve – après James Cameron et son Avatar – que cette technologie a, en plus du spectaculaire, un intérêt narratif et émotionnel réel dès lors qu’elle est confiée à des gens sachant ce qu’ils font. Et ce que Scorsese voulait faire cette fois, c’est un conte pour grands enfants dont la magie est puisée à la source du cinématographe. Mission réussie.

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Critique ciné : Hollywoo

13 décembre, 2011

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« L.A. Couples » est la série américaine numéro un à travers le monde, et Jennifer Marshall en est la star glamour et inaccessible. Mais chez nous, quand Jennifer parle en français, c’est en fait avec la voix de Jeanne, une doubleuse qui profite également grassement du succès du show. Son bel avenir s’écroule pourtant lorsque Jennifer annonce vouloir arrêter le métier d’actrice, en proie à une dépression que sa voix française ne tarde pas à suivre. Jeanne n’a alors plus qu’une seule chose à faire si elle veut que rien ne change : se rendre à Hollywood et, d’une manière ou d’une autre, remettre la star sur le chemin des plateaux

« Le film échoue tristement à nous faire rire »

Une idée de départ aussi sympa qu’originale, deux des meilleurs comiques français actuels réunis à l’écran : normalement, avec Hollywoo, on tenait là sans problème une des comédies-phares de cette fin d’année, l’imparable pourvoyeur de fous-rires. La déconvenue n’en est alors que plus cinglante tant tout ce qu’il y avait d’attrayant, tout ce qui le faisait sortir du lot, finit par nous donner envie de fuir. Porté sur les menues épaules de Florence Foresti, le film échoue ainsi tristement à nous faire rire car malgré le talent comique de l’actrice, et elle en a, son personnage est trop peu intéressant ou sympathique pour qu’on accroche aux gags. Un problème que l’on retrouvait à l’exact dans le King Guillaume de Pierre-François Martin-Laval, où là aussi elle finissait très vite par nous saouler, nous donnant à penser que la Flo’ ferait peut-être mieux de s’en tenir à la scène ou à de courts sketchs chez Ruquier. Et ça ne sert à rien de compter sur Jamel Debbouze pour rattraper cela car en plus d’une caractérisation anorexique et pas plus attrayante que celle de l’héroïne, il donne l’impression constante d’avoir les boules d’être mêlé à tout ça.

A la décharge de Foresti, il faut dire qu’elle n’est pas non plus dans un registre qui lui est favorable. Extrêmement drôle lorsqu’elle reprend à sa sauce l’humour de bonhomme, ce dont on lui laisse à peine quelques occasions ici (la rencontre avec les gangstas au bout d’un quart d’heure est le climax humoristique de la péloche), elle fait surtout du girlie tendance romantico-prout prout qui rapproche dangereusement Hollywoo du tout-venant de la comédie US. Une parenté appuyée évidemment par le lieu de l’action et ses décors mille fois vus mais aussi par la réalisation du duo Frédéric Berthe (R.T.T… aouch) / Pascal Serieis, qui voudraient bien se faire frères Farrelly mais ne nous rappellent que les yes men anonymes de Hollywood (et ce ne sont pas deux, trois effets de montage tape à l’oeil qui feront la différence).

Comme si ça ne suffisait pas, même l’intrigant postulat subit donc un saccage en règle avec une intrigue qui coule à pic, lestée qu’elle est de rouages narratifs usés jusqu’à la corde (l’entremetteuse qui s’épuise en coulisses) ou même franchement insupportables (le mensonge de l’héroïne pour atteindre une existence à laquelle elle ne pouvait que rêver, non mais qui a encore envie de se taper ça aujourd’hui ?). Hollywoo se fond tellement dans cette approche vaseuse qu’il en oublie le choc des cultures, tout ce qu’il y aurait pu avoir de marrant à voir une doubleuse confrontée au « real deal », et passe complétement à côté de son sujet. Finissant ainsi de laisser les spectateurs sur la touche.

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Critique ciné : Or noir

9 décembre, 2011

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Confié par son père au sultan Nessib alors qu’il n’était qu’un enfant pour mettre fin au conflit déchirant l’Arabie Saoudite autour d’une bande de terre dans le désert, le prince Auda a grandi le nez dans les livres et la tête pleine des sourires de la princesse Leyla. Devenu un adulte réfléchi et réservé, il voit Nessib bouleverser l’économie de son pays en commençant à en exploiter les ressources pétrolière, accordant le droit aux américains de s’installer dans le passage qui sema la discorde autrefois. Mais cette décision n’est pas du goût du père de Auda, qui la considère comme une trahison de la trêve. Alors, avant qu’une nouvelle guerre n’éclate, le jeune prince est envoyé en émissaire pour calmer les tensions. Sauf que Auda n’est pas encore sûr du camp auquel il appartient

« Annaud n’a pas pu – ou su – mener son projet comme il le voulait »

Pour se réapproprier les faveurs du public après un expérimental et trivial Sa Majesté Minor en ayant laissé plus d’un cois, Jean-Jacques Annaud revient aux choses plus sérieuses et opte avec Or noir pour un grand film d’aventure dans la plus pure tradition hollywoodienne, une déclaration d’amour au Lawrence d’Arabie de David Lean. Ce qui expliquera certainement au passage une réalisation classieuse mais aussi un peu classique, à l’image du score de James Horner. Là où le cinéaste désappointera cependant, car ce n’est pas dans ses habitudes, c’est qu’il ne semble pas avoir pu assumer tous les aspects de son projet. Au début, nous sommes ainsi face à une oeuvre plus proche dans son fonctionnement d’un film historique que d’un film d’aventure, le récit se déroulant sans que la moindre péripétie d’envergure vienne en rider la surface. Attention, il ne s’agit pas non plus une reconstitution de faits réels. Le roman original du suisse Hans Ruesch (La Soif noire) est en effet clairement identifié comme une fiction et si Antonio Banderas est crédible en sultan arabe, ce dont on ne doutait pas vu sa prestance dans Le 13ème guerrier, on ne peut pas dire que ça coule autant de source avec le british Mark Strong (heureusement qu’il est un putain d’acteur). Nous sentons toutefois bien dans l’étude de ces deux figures paternelles, leurs extrémismes opposés, la volonté de dépeindre les problématiques qui ont secoué le Moyen-Orient – et le font encore aujourd’hui d’une certaine manière, même si le sujet de discorde s’est élargi – lorsque commença l’exploitation du pétrole. Par cette approche, Or noir sort du cadre du divertissement et vient s’inscrire dans la filmographie du réalisateur, où il est souvent question de « groupes » qui ne se comprennent pas et se battent à cause de cela.

Le héros incarné par Tahar Rahim se pose alors comme une voie du milieu toute désignée, la solution de la tempérance et de la réflexion (après tout Annaud ne s’interdit jamais de prendre parti) sauf que sans qu’on s’y attende, il dérive finalement vers un destin plus guerrier où même son amour pour la jolie Freida Pinto est totalement oublié. Ce qui permet à l’oeuvre dans sa seconde partie d’entrer dans du vrai film d’aventure, celui qu’on nous a tant vanté avec rebondissements et batailles épiques (le combat contre les tanks relève de l’inédit). Mais en plus de conduire le héros dans un cul-de-sac puisqu’il troque ses idéaux pour ceux de ses pères, cette transformation se fait donc sans qu’on en ressente le processus, handicapée par trop de raccourcis narratifs. Mieux explicitée, on aurait pu l’accepter pour son réalisme. Là, on se demande juste un peu ce qu’il se passe. Se pose à ce moment la question des trous dans la narration, des scènes coupées qui sautent aux yeux et des modifications qui ont dû être réclamées pour ne pas froisser le public occidental (la polygamie suggérée du héros), laissant entendre que Jean-Jacques Annaud n’a pas pu – ou su – mener son projet comme il le voulait, la faute à une multiplicité de paramètres à gérer en même temps (par exemple, faire un film populaire en ayant pour protagonistes un peuple que nos médias s’acharnent à diaboliser). Or noir porte toutefois sa marque et rien que pour ça, il mérite toute notre attention.

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Critique ciné : Le Chat Potté

7 décembre, 2011

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Recherché par la justice, craint des hommes et adoré des femmes, le Chat Potté est un aventurier bandit toujours en quête d’un moyen pour inscrire son nom au rang des légendes. Alors quand se présente à lui l’opportunité de mettre la main sur les célèbres haricots magiques, seul moyen d’atteindre le château des géants et son fabuleux trésor cachés dans les nuages, il est prêt à braver tous les dangers. Tout comme la voleuse aux pattes de velour Kitty ou Humpty Dumpty, un oeuf roublard surgi tout droit du passé de notre héros

« Le film réussit le double-exploit de se détacher de son modèle et d’en corriger les tares »

Partie sur les chapeaux de roues grâce à ses deux premiers épisodes, la saga Shrek s’était ensuite considérablement essoufflée avec les deux suivants qui n’en finissaient pas de décevoir (et de jurer avec l’excellent reste du catalogue Dreamworks Animation). En terme qualitatif tout du moins, car les aventures de l’ogre vert n’ont jamais fini d’engranger des billets verts et puisqu’elles avaient atteint leur chapitre final, il fallait bien trouver un moyen de garder en vie la poule aux oeufs d’or. C’est là que débarque Le Chat Potté, spin-off autour d’un personnage secondaire adoré du public et dont nous n’attendions rien d’autre qu’une resucée de la recette d’origine, d’autant plus avec Chris Miller (Shrek le troisième) aux commandes.

Mais voilà, le vilain matou nous réservait un chien de sa chienne car son opus solo réussit à trouver son propre ton, presque son propre univers avec cet environnement aux accents sud-américains (direction artistique et musique prennent un tour neuf). Et en se démarquant du grand frère, il gagne sa légitimité à exister. Il est alors bien évident que les références aux contes de notre enfance traînent toujours dans le coin – ils ne peuvent pas non plus faire sans, quand même – à ceci près qu’ici, elles ne sont plus utilisées à des seules fins de parodie. Elles s’intègrent au contraire à une véritable intrigue et cessent de fonctionner comme un simple amalgame de clins d’oeil, ce qui avait entre autre contribué à la chute d’une saga-mère prisonnière de ce système. Miller et les pontes de Dreamworks semblent au moins avoir compris ça.

Ils n’en oublient pas au passage de caresser dans le sens du poil leur héros chapeauté, en lui réservant un traitement soigné qui contribue grandement à son passage au premier plan, l’édification de sa légende. Ses origines se révèlent ainsi intéressantes même sans être des plus originales mais surtout, c’est une amitié / rivalité fraternelle très bien écrite entre Potté et l’oeuf Humpty Dumpty qui tire l’ensemble vers le haut. Elle offre en effet à l’histoire du film une profondeur inattendue, et même une poignée de moments relativement émouvants là où l’ogre vert nous laisse froid depuis longtemps. A côté de ça, la petite amourette avec la voleuse Kitty fait en contrepartie pâle figure et ce n’est alors certainement pas plus mal qu’on ne s’y attarde pas trop, ne serait-ce que pour ne pas gâcher l’équilibre sur lequel repose l’entreprise.

Le Chat Potté concrétise donc le double-exploit de se détacher de sa source d’inspiration et d’en corriger les tares, gagnant par le fait sa place parmi la production inspirée du département animation de Dreamworks. Bien emballé dans l’ensemble avec des scènes d’actions gentiment trépidantes (les courses-poursuites sont nombreuses) et quelques idées marrantes (la battle de chats), certains regretteront peut-être malgré tout que l’humour soit loin d’y être omniprésent, ou en tout cas prépondérant, parce que nous sommes davantage dans l’optique d’un film d’aventure. Mais pour les autres, dont fait partie votre serviteur, il suffit d’animaux en CGI qui parlent avec un accent espagnol pour se taper une barre de rire et là, il va sans dire qu’on est servi !

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Critique ciné : Les Immortels

1 décembre, 2011
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Enfermés depuis des siècles après leur défaite contre les dieux de l’Olympe, les Titans attendent patiemment qu’on les libère pour prendre leur revanche. Une attente qui pourrait prendre fin avec la révolte de Hypérion, un ancien paysan dont la rage envers les dieux a inspiré des légions de criminels et soldats, pillant et massacrant pour retrouver la trace des Titans. N’ayant pu empêcher le meurtre de sa mère, Thésée se lance alors à la poursuite de l’armée maudite. Mais il a aussi une autre raison de se battre, car il est l’élu des dieux

« A la fois barbare, élégant et épique »

Le 300 de Zack Snyder ayant réouvert une brèche aux péplums avec ascendants fantastiques (ironie du sort pour ces spartiates qui défendirent si farouchement les Thermopyles), ce n’était qu’une question de temps avant que d’autres enfilent sandales et jupettes pour aller castagner de la mythologie grecque. La Warner, encore elle, mit donc fissa en chantier un reboot de son Choc des Titans mais déjà la concurrence se préparait avec War of the Gods, qui plus tard deviendra Immortals, développé en parallèle chez Relativity Media. La politesse, un budget moindre (une conversion 3D, ça ne se fait pas comme ça non plus) et un repositionnement stratégique voudront pourtant que ce dernier passe son tour et attende pour briller au box-office, au risque de louper le coche. Et d’être redondant avec certaines erreurs commises par son concurrent, ce qui ne manque pas d’arriver. Sauf que Les Immortels (son titre français) a pour lui un atout qui fait toute la différence, et qui tient en deux mots : Tarsem Singh. Ou trois puisqu’il a signé celui-ci sous son patronyme complet, Tarsem Singh Dhandwar. Et pour le précédant c’était juste Tarsem, mais là ça devient un peu compliqué…

Toujours est-il que son dernier film ne manque donc pas de faiblesses, à commencer par un j’m'en-foutisme total du côté du respect historique. Bien sûr les anachronismes divers ne feront rager que les historiens avertis, mais ce sont surtout des mythes remaniés au point d’être méconnaissables qui risquent de faire tiquer le plus grand nombre : Thésée – s’il a droit à un combat avec un simili minotaure – ne voit pas la queue d’un labyrinthe, Hypérion n’est plus un Titan et ceux-ci ne sont plus des colossales créatures élémentaires… Pour autant l’histoire n’en est pas plus surprenante, il n’y a pas de relecture moderne (même modeste) comme dans le film de Louis Leterrier et on s’en tient à un récit très linéaire, où l’introduction in medias res avant de revenir au début de l’histoire camoufle à peine cette lacune. Ce qui ne l’empêche pas non plus de se suivre assez agréablement grâce à quelques puissantes figures. Henry Cavill est ainsi prêt à jouer les Superman chez Snyder (décidément on tourne en rond) tandis que Luke Evans est parfait en Zeus rajeuni mais tourmenté ; et malgré sa bedaine ostentatoire lors du duel final, Mickey Rourke sait apporter une dimension tragique à son rôle de vilain. Quant à Freida Pinto, elle trouve là de quoi nous faire oublier son absentéisme dans La Planète des singes : les origines même si son rôle consiste surtout à être sexy (et elle l’est, pas de problème avec ça).

Mais le vrai dieu du film, on l’a dit, c’est Tarsem Singh. Esthète au style incroyablement riche et contrasté comme il l’a prouvé avec ses précédents efforts, The Cell et The Fall (pour lequel il passa plusieurs années à rechercher les décors naturels les plus incroyables qui soient, ce qui amena le tournage à s’étaler sur pas moins de 18 pays !), le réalisateur indien est on ne peut mieux loti avec la mythologie grecque en tant que terrain d’expérimentation et livre un trip visuel d’une beauté rare. Le manque de champ-contrechamp sur certains décors a beau en faire ressortir le côté factice (le village de Thésée tout spécialement), il enchaîne les fulgurances plastiques à tomber par terre et les scènes d’action brutales, une nouveauté chez lui. Mais davantage qu’une imagerie comic-book, et même si on sent bien le style 300 derrière ces bastons, c’est à une tradition picturale classique à laquelle nous avons ici affaire. Ce dont on ne doutait pas avec ce réalisateur, et c’est grâce à elle qu’il va surpasser les errements de son scripts. Comment regretter par exemple les modifications apportées aux Titans lorsqu’on a en contrepartie ces guerriers emprisonnés d’une manière totalement inédite et diabolique, un des concepts les plus forts qu’on ait vus depuis longtemps sur un écran ?

Singh n’est toutefois pas qu’un plasticien hors-pair car il sait prodiguer à ses images une véritable puissance, une force qui vous submerge à répétition par le biais de vignettes inoubliables. Un aspect fragmenté que l’on reproche souvent à son travail mais qui conduit Les Immortels à devenir une expérience unique, à la fois barbare, élégante et épique. S’ils cherchent donc toujours quelqu’un pour l’adaptation de God of War, nous avons un candidat tout désigné !

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