Critique ciné : Time Out

Critique ciné : Time Out dans Cinema Cinema 012

Dans un futur incertain, les êtres humains cessent de vieillir à l’âge de 25 ans et gagnent alors leur vie au sens propre, le temps remplaçant la monnaie. N’ayant jamais eu plus de vingt-quatre heures devant lui, Will fait un jour la rencontre d’un homme riche qui lui fait don de toute sa fortune, soit plus d’un siècle d’existence, et meurt. Mais parce qu’il ne peut plus supporter ce système, Will se met en tête de le détruire plutôt que d’en jouir. Ne lui reste qu’à trouver comment y parvenir

« Avoir un bon point de départ ne fait pas tout, il faut aussi savoir où l’on va« 

Comme il l’a prouvé au cours de sa peu prolifique mais remarquable carrière, Andrew Niccol a un talent rare pour bâtir ses récits d’anticipation sur des idées aussi fortes qu’originales, aussi ludiques qu’alarmantes. Exception faite du corrosif et tout ce qu’il y a de plus réaliste Lord of War, tous ses films répondent à cette constatation pour dépeindre une triste tableau de notre avenir, des dérives de la société du paraître : Bienvenue à Gattaca et l’eugénisme, Simone et The Truman Show (dont il a signé le scénario) sur le factice de la starification et aujourd’hui Time Out, ou In Time en VO (bravo au distributeur pour cet effort de traduction), qui voit le temps de vie remplacer l’argent avec en filigrane la possibilité d’atteindre l’immortalité.

Une métaphore qui se passe totalement d’explication dans le film, le héros avouant lui-même en voix-over qu’il ne sait pas comment tout ça a commencé, mais ô combien lourde de sens sur les sujets du jeunisme, de la toute-puissance de la finance et du darwinisme social. La première partie joue ainsi à merveilles de la satire, elle exploite pleinement le potentiel de son postulat en exposant une situation absurde et consternante mais jamais si éloignée que ça de la nôtre, tout ça sans oublier de rappeler la place de l’être humain au milieu de ce système inhumain (la mort de la mère, bien sûr, mais également ces cadavres anonymes dont personne ne se préoccupe). Le plus glaçant est la justesse du regard de Niccol sur notre société et son modèle économique déviant, la machination des puissants entre augmentation constante du coût de la vie et réduction arbitraire des salaires. Time Out est en cela finalement plus proche de l’uchronie que de la science-fiction pure et dure, ce qu’explicite une direction artistique tout sauf futuriste (les voitures des gardiens du Temps rappellent plus K2000 qu’autre chose, par exemple).

Mais s’il sait toujours mettre en images ses concepts, Niccol a en revanche beaucoup de plus mal avec le défi que représente pour lui ce nouveau film : les scènes d’action. Celles-ci s’avèrent plutôt mollassonnes, surtout pour un métrage se voulant comme une longue chasse à l’homme, et on peut alors rendre grâce à Cillian Murphy de savoir nous faire ressentir son personnage comme un tant soit peu menaçant, sans quoi nous aurions peine à croire à l’urgence du danger. On ne peut malheureusement pas en dire de même des deux têtes d’affiche car malgré un personnage toujours accrocheur – et aujourd’hui même plus que jamais – de Robin des bois moderne, Justin Timberlake ne parvient pas à provoquer notre empathie. Et quant à Amanda Seyfried, elle est au contraire dans un rôle vraiment trop limité pour pallier à son côté « petite fille gâtée en quête de frisson ». En résulte une seconde partie en forme de relecture pas très convaincante de Bonnie & Clyde, qui déplace de plus notre attention de la vengeance personnelle du héros. Lord of War datant tout de même d’il y a cinq ans, on doute alors que Andrew Niccol ait manqué de temps pour peaufiner ce Time Out mais il n’en reste pas moins que son idée de base – brillante – aurait gagné à être intégrée à une oeuvre un peu plus aboutie. Parce qu’avoir un bon point de départ ne fait pas tout, il faut aussi savoir où l’on va.

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