Archive pour novembre, 2011

Critique ciné : Time Out

30 novembre, 2011

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Dans un futur incertain, les êtres humains cessent de vieillir à l’âge de 25 ans et gagnent alors leur vie au sens propre, le temps remplaçant la monnaie. N’ayant jamais eu plus de vingt-quatre heures devant lui, Will fait un jour la rencontre d’un homme riche qui lui fait don de toute sa fortune, soit plus d’un siècle d’existence, et meurt. Mais parce qu’il ne peut plus supporter ce système, Will se met en tête de le détruire plutôt que d’en jouir. Ne lui reste qu’à trouver comment y parvenir

« Avoir un bon point de départ ne fait pas tout, il faut aussi savoir où l’on va« 

Comme il l’a prouvé au cours de sa peu prolifique mais remarquable carrière, Andrew Niccol a un talent rare pour bâtir ses récits d’anticipation sur des idées aussi fortes qu’originales, aussi ludiques qu’alarmantes. Exception faite du corrosif et tout ce qu’il y a de plus réaliste Lord of War, tous ses films répondent à cette constatation pour dépeindre une triste tableau de notre avenir, des dérives de la société du paraître : Bienvenue à Gattaca et l’eugénisme, Simone et The Truman Show (dont il a signé le scénario) sur le factice de la starification et aujourd’hui Time Out, ou In Time en VO (bravo au distributeur pour cet effort de traduction), qui voit le temps de vie remplacer l’argent avec en filigrane la possibilité d’atteindre l’immortalité.

Une métaphore qui se passe totalement d’explication dans le film, le héros avouant lui-même en voix-over qu’il ne sait pas comment tout ça a commencé, mais ô combien lourde de sens sur les sujets du jeunisme, de la toute-puissance de la finance et du darwinisme social. La première partie joue ainsi à merveilles de la satire, elle exploite pleinement le potentiel de son postulat en exposant une situation absurde et consternante mais jamais si éloignée que ça de la nôtre, tout ça sans oublier de rappeler la place de l’être humain au milieu de ce système inhumain (la mort de la mère, bien sûr, mais également ces cadavres anonymes dont personne ne se préoccupe). Le plus glaçant est la justesse du regard de Niccol sur notre société et son modèle économique déviant, la machination des puissants entre augmentation constante du coût de la vie et réduction arbitraire des salaires. Time Out est en cela finalement plus proche de l’uchronie que de la science-fiction pure et dure, ce qu’explicite une direction artistique tout sauf futuriste (les voitures des gardiens du Temps rappellent plus K2000 qu’autre chose, par exemple).

Mais s’il sait toujours mettre en images ses concepts, Niccol a en revanche beaucoup de plus mal avec le défi que représente pour lui ce nouveau film : les scènes d’action. Celles-ci s’avèrent plutôt mollassonnes, surtout pour un métrage se voulant comme une longue chasse à l’homme, et on peut alors rendre grâce à Cillian Murphy de savoir nous faire ressentir son personnage comme un tant soit peu menaçant, sans quoi nous aurions peine à croire à l’urgence du danger. On ne peut malheureusement pas en dire de même des deux têtes d’affiche car malgré un personnage toujours accrocheur – et aujourd’hui même plus que jamais – de Robin des bois moderne, Justin Timberlake ne parvient pas à provoquer notre empathie. Et quant à Amanda Seyfried, elle est au contraire dans un rôle vraiment trop limité pour pallier à son côté « petite fille gâtée en quête de frisson ». En résulte une seconde partie en forme de relecture pas très convaincante de Bonnie & Clyde, qui déplace de plus notre attention de la vengeance personnelle du héros. Lord of War datant tout de même d’il y a cinq ans, on doute alors que Andrew Niccol ait manqué de temps pour peaufiner ce Time Out mais il n’en reste pas moins que son idée de base – brillante – aurait gagné à être intégrée à une oeuvre un peu plus aboutie. Parce qu’avoir un bon point de départ ne fait pas tout, il faut aussi savoir où l’on va.

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Critique ciné : Contagion

22 novembre, 2011

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Chaque semaine, un nouveau virus apparait à la surface du globe et menace l’espèce humaine sans que nous n’en sachions jamais rien. La plupart du temps en tout cas, car il est d’autres occasions où ce virus devient pandémie et fait de véritables ravages parmi la population, plongeant le monde dans un chaos que vont devoir affronter des personnes d’horizons divers. Et tandis que les autorités cherchent une solution à cette catastrophe, les cadavres s’amoncellent

« Aussi terrifiant qu’une campagne de prévention placardée dans un chiotte publique »

Steven Soderbergh, c’est le genre de type qu’on imagine rire en se pinçant les lèvres, l’antithèse du réalisateur sympathique. Bien que quantité de ses projets auraient de quoi déboucher sur de bonnes petites péloches de genre, on peut compter à chaque fois sur son auto-suffisance – sa manière de se regarder filmer – pour venir gâcher ce qui était prometteur sur le papier. Sans surprise, Contagion ne va pas alors à contre-courant de ce constat avec sa réalisation désincarnée mais en plus, il soulève des questions embarrassantes quant au raisonnement de son maître d’oeuvre, embourbé d’entrée de jeu dans une morale quelque peu douteuse.

En effet, pourquoi faire du patient-zéro une épouse adultère et insister dessus par la suite ? On a des comptes à régler, Steven ? Et que dire de l’énième utilisation de la bien commode Asie comme berceau du virus ? Montrer la blogosphère comme dangereuse pour la société ? Et s’en tenir quasi-strictement aux USA pour analyser le phénomène, franchement ? Pour un métrage voulant poser un regard réaliste sur la propagation d’un virus, on s’attendait à quelque chose de plus ambitieux et intelligent. Même de la part de Soderbergh, qui espère trouver sa crédibilité scientifique par le biais de deux, trois explications fumeuses d’obscures théories. Le plus choquant étant en définitive comment le film sert intrinséquement la soupe au discours officiel, celui de ces mêmes politiques qui ont voulu nous enfumer avec leur H1N1, à croire presque qu’il n’existe que pour réhabiliter les conneries de Roselyne Bachelot et de ses confrères à travers le monde.

En tant qu’outil de propagande, il se rêve alors comme le Jaws des pandémies virales – citant même explicitement le film de Spielberg qui traumatisa des générations de baigneurs – sauf qu’il est bien loin de pouvoir prétendre à un tel impact sur le public. Hé non, ce n’est pas en se contentant de montrer des malades touchant des poignées de porte que l’on fait naître la peur, à plus forte raison lorsque ces scénettes restent toujours des illustrations déconnectées des intrigues principales. Aussi terrifiant qu’une campagne de prévention placardée dans un chiotte publique, Contagion est donc un film-catastrophe sans impression de catastrophe, où les personnages ne sont en fin de compte que très peu confrontés au virus et à ses porteurs à l’exception de celui de Kate Winslet, excellente. Elle le paye d’ailleurs un peu trop vite, et on le déplore d’autant plus que c’est par son biais seul que le film aurait pu gagner en intensité car pour le reste du casting, la non-action totale est à l’ordre du jour : Matt Damon empêche sa fifille d’aller fricoter, Jude Law se balade peinard en spationaute dans San Francisco pour distribuer des tracts, Laurence Fishburne palabre à n’en plus finir, Marion Cotillard se fait kidnapper pour qu’on la retrouve bien plus tard en maîtresse d’école épanouie…

Ainsi, même s’il ne fait qu’1h46 et multiplie les pistes scénaristiques, le dernier Soderbergh ne nous contaminera qu’avec le virus du sommeil tant l’ennui pointe rapidement, le spectateur n’ayant rien auquel se rattacher émotionnellement. La volonté de réalisme dans le traitement, de se détacher de l’humain afin de naviguer dans des sphères moins courantes chez le film de pandémie (c’est à dire aller du côté des « planqués », des organismes de santé et tutti quanti), semble donc ici parfaitement incompatible avec une quelconque dramatisation ou réflexion d’intérêt. On lui préférera par conséquent de loin un Infectés (ou même l’approche du genre d’un Roland Emmerich) qui, lui, n’oubliait pas de faire vivre son récit autour de ses personnages et non de ses analyses « brillantes ». C’est la différence entre les réalisateurs qui font des films pour le public et ceux qui le font pour leur gloriole personnelle.

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Critique ciné : Intouchables

7 novembre, 2011

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Pensant qu’il va essuyer un nouveau sempiternel refus, Driss se présente à un entretien d’embauche pour assister Philippe, un aristocrate devenu paraplégique suite à un accident de parapente. A sa grande surprise toutefois, et malgré son franc-parler, il est pris pour une période d’essai d’un mois, le riche handicapé le mettant au défi d’y parvenir. Faisant fi de leurs différences, une amitié sincère naît alors entre les deux hommes et va pousser chacun à surmonter ses problèmes

« Intouchables remplit on ne peut mieux sa fonction de feel good movie »

Venu truster les déjà plutôt bons chiffres du cinéma français au récent box-office (ils sont au moins quatre à avoir dépassé le million de spectateurs en Octobre !), Intouchables fait partie de ces films qu’on voit débarquer à intervalles réguliers, la nouvelle comédie hype que tout le monde ne cesse de couvrir de lauriers pour ses bons sentiments et sa fraîcheur. Forcément, cela ne manque pas d’éveiller la suspicion des plus cyniques. Et d’agacer un peu au passage, la diatribe dithyrambique étant toujours particulièrement soûlante. C’est pourquoi cette critique sera un peu plus courte que d’ordinaire car, disons-le tout de go, tout ce qu’on a pu dire sur le film – et que vous avez très certainement entendu – s’avère fondé. Des louanges mérités, son état de grâce étant bien réel dans la manière d’approcher avec humour un sujet pas forcément drôle, sans se laisser non plus trop emporter au jeu des contrastes qui aurait poussé l’ensemble dans la caricature lourdaude. Tout est ainsi vu par le prisme de l’humour ou presque, et même les moments dramatiques de l’intrigue évitent le misérabilisme. Il faut dire aussi que les deux réalisateurs, Eric Toledano et Olivier Nakache, sont passés maîtres dans l’art de communiquer la bonne humeur avec leurs deux précédents films, les comédies chorales Nos jours heureux et Tellement proches, et ils n’ont rien perdu de cela en revenant à une amitié plus exclusive, entre deux hommes seulement (comme dans leur premier long-métrage) qui se découvrent par-delà leurs différences et leur handicap respectifs.

Comme toujours avec le duo de cinéastes, ils savent se reposer sur des acteurs au diapason de leur rôle. Intouchables pousse même la chose encore un peu plus loin grâce à l’implication de Omar Sy et François Cluzet, qu’on savait bons mais qui trouvent malgré tout le moyen de nous surprendre par le naturel avec lequel ils rentrent dans leur personnage, s’envoient constamment des vannes et créent une amitié tangible. Le film apparaît donc comme aussi intouchable que ce que laisse entendre son titre et c’est précisément là où il pourra en énerver certains : tout ça peut facilement sembler trop beau pour être vrai, surtout quand on se prévaut autant d’être « inspiré de faits réels » (jusqu’à faire apparaître les vraies personnes à la fin) et qu’on trouve sa conclusion dans des mécanismes éminemment cinématographiques, pour ne pas dire hollywoodiens (pas étonnant que les américains veuillent déjà en tirer un remake). Néanmoins, et malgré cette impression d’une sincérité savamment calculée, Intouchables remplit on ne peut mieux sa fonction de « feel good movie », au point que même les plus blasés pourraient se laisser charmer. Et par les tristes temps qui courent, ça ne se refuse pas !

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