Critique ciné : Les Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne

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Reporter réputé, Tintin trouve un jour dans une brocante une magnifique maquette de la Licorne, un bateau-pirate du 17e siècle. Aussitôt, d’autres acheteurs plus ou moins insistants se présentent à lui et tentent de lui faire vendre la réplique, sans succès. Intrigué, le journaliste commence alors sa petite enquête sur l’histoire du bateau et de son capitaine, le fameux corsaire Haddock, se lançant par le fait dans une aventure pleine de dangers et péripéties

« Grande adaptation, grand film d’aventure : du grand Spielberg ! »

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, c’est un projet que Steven Spielberg caresse depuis des années. En effet, et bien qu’il prétende aujourd’hui le contraire (pour ne pas embarrasser les héritiers pas commodes de Hergé ?), il aurait réalisé Indiana Jones pour passer sa frustration de ne pouvoir acquérir les droits d’adaptation de la bande-dessinée belge, gardés jalousement. Et trente ans après, le voici donc parvenu à ses fins, accompagné pour l’occasion par le génial Peter Jackson à la production et ses équipes de Weta pour la partie technique : une équipe rêvée pour un rêve de longue date. Et l’une des plus belles invitations à l’aventure qu’on ait eu depuis bien longtemps sur un écran de cinéma.

Le personnage du reporter à houppette a beau ne pas être très connu aux Etats-Unis, Spielberg sait que la situation est complétement inversée sur le Vieux Continent – d’où la date de sortie avancée de deux mois, pour tester le film – et en cela, il s’est assuré d’un respect le plus total possible à son matériau d’origine. Loin d’être américanisé à outrance comme cela aurait pu être le cas (vous connaissez beaucoup de productions familiales US où un alcoolique se permet en conclusion de boire un petit coup ?), le long-métrage ne laisse planer aucun doute sur la présence de fans à ses commandes et les clins d’oeil fusent : le générique de début très Arrête-moi si tu peux et bourré de détails, Hergé qui croque Tintin… Jamais l’adaptation n’a peur de se confronter à son modèle, et encore moins sur le plan visuel puisque la première apparition du héros se fait côte à côte avec sa représentation classique. Le pari de concrétiser un cartoon réaliste auquel on adhère totalement, une transposition crédible des dessins originaux, est ainsi remporté haut la main. Pour beaucoup grâce à l’incroyable boulot abattu par Weta Digital mais aussi grâce aux prodiges de la performance capture et à un excellent casting concernant les deux personnages principaux, les personnalités de Jamie Bell et Andy Serkis se fondant dans celles de Tintin et Haddock au point qu’ils n’ont jamais paru aussi vivants, même comparés à ceux des films live.

Vu leur filiation, il est alors intéressant de comparer Les Aventures de Tintin à Indiana Jones, surtout que le quatrième était le dernier Spielberg sorti à ce jour. Malgré les défauts de celui-ci, on sent le réalisateur plus à l’aise avec un héros de son cru tant il prend ici son temps pour s’assurer de bien introduire les spectateurs à l’univers et l’intrigue, d’autant que le public hors-Europe est moins familier de la franchise comme nous l’avons dit. On ne s’ennuie pas non plus, la team de scénaristes anglais (Steven Moffat, Edgar Wright et Joe Cornish) ayant admirablement compilé et remodelé les trois albums pour garder notre intérêt toujours intact (et assurer une belle place à la caractérisation de Haddock), mais toujours est-il que le premier morceau de bravoure se fait un peu attendre, au moins jusqu’à la deuxième moitié du métrage où les créateurs s’approprient davantage le matériau et innovent dessus. Steven Spielberg compense tout de même cela par une de ces réalisations magistrales dont il a le secret, il s’amuse comme un petit fou avec les possibilités de la performance capture à laquelle il se frotte pour la première fois. Peut-être même parfois un peu trop à en juger par quelques gags et idées trop second degré ou absurdes (le rot carburant, le « bateau balancelle » lors d’une bataille pirate qui avait pourtant été célébrée pour sa véracité dans la BD…), tout ceci allant à l’encontre de l’idée de crédibiliser Tintin et ses aventures par le biais de la performance capture.

Qu’importe, Spielby reste le roi du blockbuster hollywoodien et il le prouve donc dans cette seconde partie du métrage avec des séquences d’action proprement hallucinantes, où sa caméra libérée de toute contrainte physique fait des merveilles. A couper le souffle dans sa manière de ménager ses effets, sa construction et sa fluidité, la poursuite en plan-séquence dans les rues de Bagghar enterre ce que nous avions vu et apprécié dans le genre (au hasard, l’attaque du train dans Sucker Punch) et ils ne sont qu’une poignée, les réalisateurs capables de transposer un combat à l’épée avec des grues sans jamais paraître ridicule. Grande adaptation, grand film d’aventure : Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne est tout simplement du grand Spielberg, et on attend maintenant avec une impatience redoublée de voir Peter Jackson se frotter au Temple du Soleil. Parce que nous aussi, notre soif d’aventure est insatiable !

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