Critique ciné : Un monstre à Paris

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Dans le Paris des années 20, alors que la capitale a les pieds dans l’eau suite à une crue historique de la Seine, un monstre fait son apparition et commence à y semer la panique. Pourtant, loin d’être le danger qu’on pense, il est recueilli par une jeune chanteuse de cabaret qui lui découvre un talent extraordinaire pour la musique. Ensemble, et aidés de plusieurs amis, ils devront alors trouver le moyen de le protéger de l’ambition dévorante du préfet de Paris, bien décidé à l’exterminer pour gagner des points dans sa course électorale

« Les remaniements empêchent l’intrigue d’aller au bout de ses idées »

De retour en France après avoir gagné ses galons aux Etats-Unis, entre autre en réalisant pour Dreamworks La Route d’El Dorado et Gang de requins, Bibo Bergeron s’est associé à Europa Corp pour mettre sur pied ce prometteur Un monstre à Paris dont nous avions entendu parler dès 2008 et que nous attendions… pour Pâques 2009. Rien que ça. Un retard pas seulement imputable à la conversion 3D de rigueur (et au passage relativement accessoire) mais qui explique bien la grosse faiblesse de ce sympathique film d’animation, dont les remaniements empêchent l’intrigue d’aller au bout de ses idées.

Il est ainsi difficile de dire dans quelle mesure le métrage a été modifié mais ce qui est certain, c’est qu’il y a eu pas mal de bouleversements du côté du casting au cours des ans : Eric & Ramzy ont été remerciés en même temps que Kevin Kline tandis que Gad Elmaleh rejoignait Vanessa Paradis et Mathieu Chedid, attachés eux depuis le début au projet. On aurait alors pensé au premier abord que le rajout concernait la partie musicale, en bon argument commercial supplémentaire qu’elle est (il n’y a qu’à voir la grosse promo faite autour de la chanson), mais à la lumière de cette information et à la vision du film il semble évident que c’est bien le rôle de Raoul / Gad Elmaleh – et même son duo avec le projectionniste Emile – qui a subit les plus grosses transformations. Certainement pour livrer un produit plus lisse, moins transgressif que ce qui était prévu à l’origine. Sa romance avec la chanteuse Lucille va en effet à l’encontre de la thématique « Belle et la Bête » vers laquelle tend le métrage (on se croirait revenu au Notre-Dame de Paris version Disney) et, pire, déséquilibre totalement la narration. Sans provoquer non plus notre ennui, l’histoire s’en retrouve loin d’être satisfaisante dans sa manière de mettre en place ses enjeux comme de les résoudre, en témoignent un début où on ne sait pas vraiment qui vont être les héros, avec l’apparition trop tardive de Lucille, et une conclusion en deux temps aussi inattendue qu’inutile (même si assez jolie).

Malgré cela, Un monstre à Paris possède quand même quelques très bonnes choses. Parfois inspirées par les autres (le début « télévisé » si cher aux productions Pixar, un méchant au feeling très proche de celui dans Wallace et Gromit : Le Mystère du lapin-garou…) mais aussi grâce à une touche européenne, une inspiration des serials à la Louis Feuillade clairement voulues par Bibo Bergeron et Europa Corp, qui se lance là sur son premier vrai long-métrage d’animation après s’être fait les dents sur la série Valérian et Laureline et bien sûr la trilogie Arthur et les Minimoys. Néanmoins, et peut-être un peu à cause du battage fait autour, le vrai point fort du film se trouvera être la scène de la chanson « La Seine » (suivie de près par un singe plus malin que la moyenne et très marrant), court moment où l’on sent battre pour de bon le coeur de l’histoire et où l’on entrevoit ce qu’il aurait pu être. Les changements en cours de production n’empêchent alors pas de garder un souvenir plutôt positif de ce conte dans le Paris des 20′s, ne serait-ce que pour le final échevelé sur la Tour Eiffel durant lequel le monstre Francoeur a une classe folle, mais ils ne font ressentir que plus cruellement ce qu’aurait été le projet s’il avait été un peu plus téméraire.

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