Critique ciné : Drive

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Garagiste mutique et solitaire, « The Driver » arrondit ses fins de mois grâce à ses talents de pilote en tant que cascadeur ou chauffeur pour des braquages et jamais, qu’elle que soit la circonstance, son visage affiche la moindre expression. Mais cela change lorsqu’il fait la rencontre de sa voisine et de son fils, auxquels il a tôt fait de s’attacher. Le destin en voudra pourtant autrement et pour venir en aide à cette famille dont il ne pourra jamais que rêver, il ira alors jusqu’à franchir le point de non-retour

« Un exercice de style puissant manquant juste d’un peu d’audace dans l’écriture »

Récompensé au dernier festival de Cannes par le prix de la mise en scène, joli succès d’estime en salles, Drive marque le début d’une vraie reconnaissance publique pour le réalisateur danois Nicolas Winding Refn. Ce n’était qu’une question de temps. Une certitude pour ceux qui suivent le bonhomme depuis des années, ceux qui s’étaient pris sa trilogie Pusher en pleine poire puis l’avaient vu s’épanouir sur Bronson et Valhalla Rising. Il aura donc fallu tous ces coups d’éclat pour que le passionné cinéaste voit son travail célébré et autant le dire, le prix est amplement mérité. Non pas que nous en doutions, mais comment ne pas être bluffé – même après ses précédents efforts – par la démonstration de son art qu’il nous sert ? Il y a bien sûr l’utilisation électrisante de la musique, largement débattue dans la presse, et la représentation d’une Cité des Anges à cheval sur plusieurs décennies comme sources d’inspiration, des 70′s à aujourd’hui (les mêmes décennies de cinéma auxquelles Refn veut rendre hommage avec son polar, ou plus exactement qu’il a digérées pour accoucher de sa conception d’un « pur cinéma »). Mais le plus impressionnant demeure toutefois la maîtrise de sa réalisation, sa capacité à soutenir et amplifier en simultané le développement de l’intrigue et le traitement des personnages, cela en donnant du sens au moindre plan. Drive en devient une oeuvre de narrateur esthète appelée à s’imposer en cas d’école tant elle use du langage cinématographique avec élégance et efficacité, fruit aussi bien d’un goût assuré que d’une réflexion profonde.

A ce sujet on s’étonnera alors de la caractérisation dont profitent les personnages, même les secondaires, de leur épaisseur en dépit d’une franche économie de dialogues. On sait en effet combien Nicolas Winding Refn aime les silences – il confesse même l’envie de réaliser un jour un film totalement muet – et s’ils fonctionnent ici plutôt que de nous ennuyer, c’est qu’ils sont tout autant éloquents que n’importe quelle conversation, plus riches encore d’informations de par sa science de la mise en scène et des choix de casting inspirés (Ron Perlman, Oscar Isaacs, Albert Brooks…). Ryan Gosling est ainsi relativement fascinant sous le masque vierge de ce cascadeur / braqueur pas très éloigné du One Eye (Mads Mikkelsen) de Valhalla Rising, n’attendant plus rien de la vie et cueillit par sa rencontre avec la charmante Carey Mulligan comme l’était le viking borgne avec le petit garçon. Les quelques sourires et regards qu’ils vont échanger par la suite, la connivence naissante et les non-dits, amorcent une transformation vers un possible avenir meilleur finalement contrarié par le destin, aiguillant cette métamorphose du personnage principal en un véritable monstre de violence (le passage « boogeyman » est tout aussi éloquent sur ce point que l’irruption de scènes très graphiques question jus de raisin) pour protéger ce à quoi il n’aura jamais droit. A la fois tragique, perturbant et tout simplement beau.

S’il ne fallait donc déceler qu’un seul écart de conduite dans Drive, cela se jouerait au niveau de son scénario très bien écrit – on l’a dit – mais également d’une très grande simplicité dans son intrigue, pour ne pas dire sans surprise, ce qui vient un peu ternir une expérience brillante jusque-là. En conséquence de quoi le film passe pour un exercice de style puissant auquel il manque juste un peu d’audace dans l’écriture mais malgré tout, l’essentiel est là : le monde sait enfin qui est Nicolas Winding Refn !

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