Archive pour octobre, 2011

Critique ciné : Les Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne

31 octobre, 2011

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Reporter réputé, Tintin trouve un jour dans une brocante une magnifique maquette de la Licorne, un bateau-pirate du 17e siècle. Aussitôt, d’autres acheteurs plus ou moins insistants se présentent à lui et tentent de lui faire vendre la réplique, sans succès. Intrigué, le journaliste commence alors sa petite enquête sur l’histoire du bateau et de son capitaine, le fameux corsaire Haddock, se lançant par le fait dans une aventure pleine de dangers et péripéties

« Grande adaptation, grand film d’aventure : du grand Spielberg ! »

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, c’est un projet que Steven Spielberg caresse depuis des années. En effet, et bien qu’il prétende aujourd’hui le contraire (pour ne pas embarrasser les héritiers pas commodes de Hergé ?), il aurait réalisé Indiana Jones pour passer sa frustration de ne pouvoir acquérir les droits d’adaptation de la bande-dessinée belge, gardés jalousement. Et trente ans après, le voici donc parvenu à ses fins, accompagné pour l’occasion par le génial Peter Jackson à la production et ses équipes de Weta pour la partie technique : une équipe rêvée pour un rêve de longue date. Et l’une des plus belles invitations à l’aventure qu’on ait eu depuis bien longtemps sur un écran de cinéma.

Le personnage du reporter à houppette a beau ne pas être très connu aux Etats-Unis, Spielberg sait que la situation est complétement inversée sur le Vieux Continent – d’où la date de sortie avancée de deux mois, pour tester le film – et en cela, il s’est assuré d’un respect le plus total possible à son matériau d’origine. Loin d’être américanisé à outrance comme cela aurait pu être le cas (vous connaissez beaucoup de productions familiales US où un alcoolique se permet en conclusion de boire un petit coup ?), le long-métrage ne laisse planer aucun doute sur la présence de fans à ses commandes et les clins d’oeil fusent : le générique de début très Arrête-moi si tu peux et bourré de détails, Hergé qui croque Tintin… Jamais l’adaptation n’a peur de se confronter à son modèle, et encore moins sur le plan visuel puisque la première apparition du héros se fait côte à côte avec sa représentation classique. Le pari de concrétiser un cartoon réaliste auquel on adhère totalement, une transposition crédible des dessins originaux, est ainsi remporté haut la main. Pour beaucoup grâce à l’incroyable boulot abattu par Weta Digital mais aussi grâce aux prodiges de la performance capture et à un excellent casting concernant les deux personnages principaux, les personnalités de Jamie Bell et Andy Serkis se fondant dans celles de Tintin et Haddock au point qu’ils n’ont jamais paru aussi vivants, même comparés à ceux des films live.

Vu leur filiation, il est alors intéressant de comparer Les Aventures de Tintin à Indiana Jones, surtout que le quatrième était le dernier Spielberg sorti à ce jour. Malgré les défauts de celui-ci, on sent le réalisateur plus à l’aise avec un héros de son cru tant il prend ici son temps pour s’assurer de bien introduire les spectateurs à l’univers et l’intrigue, d’autant que le public hors-Europe est moins familier de la franchise comme nous l’avons dit. On ne s’ennuie pas non plus, la team de scénaristes anglais (Steven Moffat, Edgar Wright et Joe Cornish) ayant admirablement compilé et remodelé les trois albums pour garder notre intérêt toujours intact (et assurer une belle place à la caractérisation de Haddock), mais toujours est-il que le premier morceau de bravoure se fait un peu attendre, au moins jusqu’à la deuxième moitié du métrage où les créateurs s’approprient davantage le matériau et innovent dessus. Steven Spielberg compense tout de même cela par une de ces réalisations magistrales dont il a le secret, il s’amuse comme un petit fou avec les possibilités de la performance capture à laquelle il se frotte pour la première fois. Peut-être même parfois un peu trop à en juger par quelques gags et idées trop second degré ou absurdes (le rot carburant, le « bateau balancelle » lors d’une bataille pirate qui avait pourtant été célébrée pour sa véracité dans la BD…), tout ceci allant à l’encontre de l’idée de crédibiliser Tintin et ses aventures par le biais de la performance capture.

Qu’importe, Spielby reste le roi du blockbuster hollywoodien et il le prouve donc dans cette seconde partie du métrage avec des séquences d’action proprement hallucinantes, où sa caméra libérée de toute contrainte physique fait des merveilles. A couper le souffle dans sa manière de ménager ses effets, sa construction et sa fluidité, la poursuite en plan-séquence dans les rues de Bagghar enterre ce que nous avions vu et apprécié dans le genre (au hasard, l’attaque du train dans Sucker Punch) et ils ne sont qu’une poignée, les réalisateurs capables de transposer un combat à l’épée avec des grues sans jamais paraître ridicule. Grande adaptation, grand film d’aventure : Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne est tout simplement du grand Spielberg, et on attend maintenant avec une impatience redoublée de voir Peter Jackson se frotter au Temple du Soleil. Parce que nous aussi, notre soif d’aventure est insatiable !

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Bruce Lee : ses adversaires les plus fameux

28 octobre, 2011

Salut les jeunes !

Bon, ça faisait bien longtemps que je n’avais pas posté de nouveau dossier mais l’activité reprenant un peu en ce moment, on m’a commandé un petit papier sur Bruce Lee, le roi des arts-martiaux étant en ce moment dans l’actualité avec la sortie de ses films en coffret Blu-ray. Tout ou presque ayant néanmoins été dit / écrit sur lui, et parce que ça me faisait chier de paraphraser, j’ai décidé d’axer ma recherche sur les ennemis les plus chauds du Petit Dragon, ceux qui nous ont le plus marqué.

Pour la galerie des salopards du kung-fu, c’est donc par ici que ça se passe !

LES ENNEMIS LES PLUS FAMEUX DU PETIT DRAGON

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Critique ciné : Real Steel

25 octobre, 2011

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Parce que les combats entre humains n’étaient plus assez violents pour le public, les boxeurs ont été remplacés dans le futur par des robots. Ancien champion en devenir, Charlie Kenton a été contraint de se reconvertir en manager de seconde catégorie, criblé de dettes alors que ses machines se font mettre en pièces une à une. C’est alors qu’il apprend la mort d’une de ses ex-femmes, et que la charge de son fils lui revient. Ne voyant là en premier lieu qu’un moyen de se faire de l’argent, il va se rapprocher du gamin au fur et à mesure que leur robot, Atom, gravit les marches du championnat

« Un gentil divertissement trop calibré pour vraiment convaincre »

Parrainé par Steven Spielberg et Robert Zemeckis, Shawn Levy fait ici ses premiers pas sur un blockbuster dit « sérieux », vaguement inspiré d’une nouvelle du grand Richard Matheson (déjà adaptée dans la série La Quatrième dimension) et promettant un certain spectacle avec ses robots lâchés dans des matchs de boxe. A priori, ce réalisateur de gentillettes comédies familiales n’était donc pas le bon cheval sur lequel miser pour une telle entreprise, puis on se rappelle que son La Nuit au musée 2 nous avait pas mal étonné par son sens du rythme et – plus important – ses scènes d’action, inespérées sur un tel projet. Alors, Real Steel, pourquoi pas ?

Ce qui est sûr déjà, c’est qu’il s’avère plus inspiré par ses machines anthropomorphes qu’un Michael Bay, il ne déçoit pas en nous faisant poireauter trois films avant de les filmer correctement. Le début ambiance redneck fait un peu peur quant à l’orientation de la péloche mais le style se réaffirme par la suite avec des séquences bien foutues (la décharge et la découverte de Atom, par exemple) et, nous y venons enfin, des combats ayant sacrément de la gueule ! Lisibles et brutaux (une association pas si fréquente que ça de nos jours), introduits efficacement avec le clinquant du catch mais en bien mieux filmés et avec de gros robots au lieu de gros cons (le méchant mastard Zeus pète franchement la classe), ils sauront donc ravir tous ceux désirant voir des colosses d’acier se foutre sur la gueule. D’autant que ces derniers sont tout bonnement splendides, aussi bien sous leur forme CGI – la motion capture de boxeurs offre une animation des plus convaincantes – qu’en animatroniques : le cumul des techniques reste définitivement la meilleure voie à suivre, surtout quand on veut s’intégrer à un contexte réaliste comme ici (2020 n’est pas si éloigné que ça, et ça se voit très bien sur la direction artistique du film). C’est pourquoi on ne regrettera que plus durement la place qui leur est laissée car malgré quelques tentatives avortées de personnifier Atom, de leur donner une âme autre celle d’une voiture tunée, les robots ne restent ici que des outils, des accessoires au service des humains et de l’intrigue.

Intrigue qui ne les concerne donc pas directement, le coeur du film étant la difficile relation entre un père qui est un franc connard (disons ce qu’il en est) et un fils qu’il n’a jamais connu. Un postulat peu rassurant pour qui se souvient du gros boulet que trainait le premier La Nuit au musée sur un principe identique, sauf qu’on évite cela dans le cas présent grâce à un gamin moins tête à claque d’ordinaire. En tout cas pour commencer. Parce qu’il faut s’en coltiner après un traitement assez préoccupant, faisant de lui un véritable petit singe savant (voir les danses où l’acteur a dû se sentir franchement seul lors du tournage) dopé aux boissons énergétiques et aux sodas, exploité par son père, et génie de l’informatique parce que – semble-t-il – il joue aux jeux vidéo… Difficile de faire plus stupide, et il ne faut pas compter sur le scénario pour venir améliorer le tableau. Celui-ci fonctionne en effet sur des schémas archi-rabattus sans jamais s’en écarter, que ce soit pour les relations entre les personnages ou l’intrigue sportive qui souffre d’une embarrassante similitude avec Rocky. Heureusement que la musique de Danny Elfman est là pour surélever ce qui se passe à l’écran mais cela n’empêche pas Real Steel d’être un gentil divertissement trop calibré pour vraiment convaincre, nous laissant en fait un sentiment très proche de celui provoqué à la première vision de La Nuit au musée. Cela veut-il dire qu’il faudra attendre Real Steel 2 pour se mettre la méga-baffe ? Vu le succès de celui-ci au box-office US, et Hollywood étant une machine huilée, on devrait avoir la réponse très vite !

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Critique ciné : Un monstre à Paris

17 octobre, 2011

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Dans le Paris des années 20, alors que la capitale a les pieds dans l’eau suite à une crue historique de la Seine, un monstre fait son apparition et commence à y semer la panique. Pourtant, loin d’être le danger qu’on pense, il est recueilli par une jeune chanteuse de cabaret qui lui découvre un talent extraordinaire pour la musique. Ensemble, et aidés de plusieurs amis, ils devront alors trouver le moyen de le protéger de l’ambition dévorante du préfet de Paris, bien décidé à l’exterminer pour gagner des points dans sa course électorale

« Les remaniements empêchent l’intrigue d’aller au bout de ses idées »

De retour en France après avoir gagné ses galons aux Etats-Unis, entre autre en réalisant pour Dreamworks La Route d’El Dorado et Gang de requins, Bibo Bergeron s’est associé à Europa Corp pour mettre sur pied ce prometteur Un monstre à Paris dont nous avions entendu parler dès 2008 et que nous attendions… pour Pâques 2009. Rien que ça. Un retard pas seulement imputable à la conversion 3D de rigueur (et au passage relativement accessoire) mais qui explique bien la grosse faiblesse de ce sympathique film d’animation, dont les remaniements empêchent l’intrigue d’aller au bout de ses idées.

Il est ainsi difficile de dire dans quelle mesure le métrage a été modifié mais ce qui est certain, c’est qu’il y a eu pas mal de bouleversements du côté du casting au cours des ans : Eric & Ramzy ont été remerciés en même temps que Kevin Kline tandis que Gad Elmaleh rejoignait Vanessa Paradis et Mathieu Chedid, attachés eux depuis le début au projet. On aurait alors pensé au premier abord que le rajout concernait la partie musicale, en bon argument commercial supplémentaire qu’elle est (il n’y a qu’à voir la grosse promo faite autour de la chanson), mais à la lumière de cette information et à la vision du film il semble évident que c’est bien le rôle de Raoul / Gad Elmaleh – et même son duo avec le projectionniste Emile – qui a subit les plus grosses transformations. Certainement pour livrer un produit plus lisse, moins transgressif que ce qui était prévu à l’origine. Sa romance avec la chanteuse Lucille va en effet à l’encontre de la thématique « Belle et la Bête » vers laquelle tend le métrage (on se croirait revenu au Notre-Dame de Paris version Disney) et, pire, déséquilibre totalement la narration. Sans provoquer non plus notre ennui, l’histoire s’en retrouve loin d’être satisfaisante dans sa manière de mettre en place ses enjeux comme de les résoudre, en témoignent un début où on ne sait pas vraiment qui vont être les héros, avec l’apparition trop tardive de Lucille, et une conclusion en deux temps aussi inattendue qu’inutile (même si assez jolie).

Malgré cela, Un monstre à Paris possède quand même quelques très bonnes choses. Parfois inspirées par les autres (le début « télévisé » si cher aux productions Pixar, un méchant au feeling très proche de celui dans Wallace et Gromit : Le Mystère du lapin-garou…) mais aussi grâce à une touche européenne, une inspiration des serials à la Louis Feuillade clairement voulues par Bibo Bergeron et Europa Corp, qui se lance là sur son premier vrai long-métrage d’animation après s’être fait les dents sur la série Valérian et Laureline et bien sûr la trilogie Arthur et les Minimoys. Néanmoins, et peut-être un peu à cause du battage fait autour, le vrai point fort du film se trouvera être la scène de la chanson « La Seine » (suivie de près par un singe plus malin que la moyenne et très marrant), court moment où l’on sent battre pour de bon le coeur de l’histoire et où l’on entrevoit ce qu’il aurait pu être. Les changements en cours de production n’empêchent alors pas de garder un souvenir plutôt positif de ce conte dans le Paris des 20′s, ne serait-ce que pour le final échevelé sur la Tour Eiffel durant lequel le monstre Francoeur a une classe folle, mais ils ne font ressentir que plus cruellement ce qu’aurait été le projet s’il avait été un peu plus téméraire.

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Critique Ciné : The Artist

16 octobre, 2011

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A la fin des années 20, George Valentin est le roi de Hollywood et la plus grande star du cinéma muet. Toutefois, son orgueil l’empêchant de prendre part à l’engouement récent pour le cinéma parlant, il voit sa carrière décliner jusqu’à tout perdre tandis que Peppy Miller, jeune actrice qu’il a aidé à lancer, va de succès en succès. Leurs routes ne cesseront dès lors de se croiser, mais parviendront-ils à les réunir ?

« L’approche intelligente d’un sujet parfait pour ce genre d’exercice »

Après le prix de la mise en scène la semaine dernière avec Drive, nous avons ce coup-ci un autre grand gagnant du festival de Cannes 2011 en la personne de The Artist, résurrection du cinéma muet récompensée du prix d’interprétation masculine pour Jean Dujardin. La preuve, si besoin en était, qu’il compte parmi ce que nous avons de meilleur actuellement dans le cinéma français, son potentiel dépassant très largement le comique (excellent) des débuts et des plus gros succès. Plus qu’un choix de casting en plein dans le mille, il s’agit donc d’un rôle écrit sur-mesure pour lui par son pote Michel Hazanavicius, parfaitement conscient du potentiel du comédien : la farce en premier lieu avec son don pour les grimaces et les mimiques, un génie de l’expression corporelle idéal afin d’incarner cet acteur du muet, et doublé chez lui d’une vraie classe rappelant les stars de l’époque. Mais aussi, bien sûr, sa capacité à exceller tout autant dans la facette torturée du personnage, sa chute du piédestal autour de laquelle gravitent des personnages ne manquant pas non plus de saveur. Dujardin et Hazanavicius retrouvent ainsi Bérénice Bejo après le premier OSS 117, pleine de peps comme à son habitude, tandis que John Goodman est aussi bon en mogul que dans Panique sur Florida Beach (même le bagout en moins) et que James Cromwell est la bienveillance et la sagesse incarnées. On se posera juste des questions sur le passage éclair de Malcom McDowell, qui ne nous donne pas l’opportunité de profiter comme il se doit du bonhomme.

A la hauteur de la performance de son acteur, le réalisateur (sans oublier son habituel directeur de la photographie, Guillaume Schiffman) nous offre alors la reconstitution aussi ludique que respectueuse d’un film muet car comme il l’avait prouvé avec le doublon OSS 117, il a une vraie prédisposition pour ressusciter le cinéma d’antan et son esthétique. Peut-être pas aussi pointilleux qu’un La Dernière folie de Mel Brooks quant au système scénique – nous avons ici une caméra plus mobile que ce qu’il y avait à l’époque, hormis lors des films du héros qui pastichent avec tendresse ceux de l’époque – mais néanmoins l’illusion est là. Mieux, il compense très bien par sa mise en scène l’absence du sonore comme en atteste la séquence où – durant un tournage – naît l’attirance entre les deux personnages, plus belle et communicative que dans n’importe quelle comédie romantique bavarde. The Artist n’est pas tellement un film fait comme dans les années 20, ne se veut pas forcément – ou pas seulement – parodique, mais se présente plus exactement comme un film d’aujourd’hui fait avec les moyens d’hier.

Un décalage permanent sur lequel ne cesse de s’amuser le réalisateur, du fait que nous sommes face à un film muet où les sons ont tout de même une grande importance (hé oui, il faut bien composer avec nos habitudes de spectateurs modernes). Ce qui est source d’humour, évidemment, mais également un ressort dramatique comme lors de leur brève irruption durant une scène proprement aliénante. Voilà l’approche intelligente d’un sujet parfait pour ce genre d’exercice, le passage du cinéma muet au cinéma parlant devenant une thématique habilement intégrée au corps du film en une mise en abîme offrant plusieurs niveaux de lecture, avec une véritable richesse : Drive était un adversaire de poids, mais Jean Dujardin n’aurait peut-être pas dû être le seul à recevoir la consécration cannoise.

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Critique ciné : Drive

11 octobre, 2011

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Garagiste mutique et solitaire, « The Driver » arrondit ses fins de mois grâce à ses talents de pilote en tant que cascadeur ou chauffeur pour des braquages et jamais, qu’elle que soit la circonstance, son visage affiche la moindre expression. Mais cela change lorsqu’il fait la rencontre de sa voisine et de son fils, auxquels il a tôt fait de s’attacher. Le destin en voudra pourtant autrement et pour venir en aide à cette famille dont il ne pourra jamais que rêver, il ira alors jusqu’à franchir le point de non-retour

« Un exercice de style puissant manquant juste d’un peu d’audace dans l’écriture »

Récompensé au dernier festival de Cannes par le prix de la mise en scène, joli succès d’estime en salles, Drive marque le début d’une vraie reconnaissance publique pour le réalisateur danois Nicolas Winding Refn. Ce n’était qu’une question de temps. Une certitude pour ceux qui suivent le bonhomme depuis des années, ceux qui s’étaient pris sa trilogie Pusher en pleine poire puis l’avaient vu s’épanouir sur Bronson et Valhalla Rising. Il aura donc fallu tous ces coups d’éclat pour que le passionné cinéaste voit son travail célébré et autant le dire, le prix est amplement mérité. Non pas que nous en doutions, mais comment ne pas être bluffé – même après ses précédents efforts – par la démonstration de son art qu’il nous sert ? Il y a bien sûr l’utilisation électrisante de la musique, largement débattue dans la presse, et la représentation d’une Cité des Anges à cheval sur plusieurs décennies comme sources d’inspiration, des 70′s à aujourd’hui (les mêmes décennies de cinéma auxquelles Refn veut rendre hommage avec son polar, ou plus exactement qu’il a digérées pour accoucher de sa conception d’un « pur cinéma »). Mais le plus impressionnant demeure toutefois la maîtrise de sa réalisation, sa capacité à soutenir et amplifier en simultané le développement de l’intrigue et le traitement des personnages, cela en donnant du sens au moindre plan. Drive en devient une oeuvre de narrateur esthète appelée à s’imposer en cas d’école tant elle use du langage cinématographique avec élégance et efficacité, fruit aussi bien d’un goût assuré que d’une réflexion profonde.

A ce sujet on s’étonnera alors de la caractérisation dont profitent les personnages, même les secondaires, de leur épaisseur en dépit d’une franche économie de dialogues. On sait en effet combien Nicolas Winding Refn aime les silences – il confesse même l’envie de réaliser un jour un film totalement muet – et s’ils fonctionnent ici plutôt que de nous ennuyer, c’est qu’ils sont tout autant éloquents que n’importe quelle conversation, plus riches encore d’informations de par sa science de la mise en scène et des choix de casting inspirés (Ron Perlman, Oscar Isaacs, Albert Brooks…). Ryan Gosling est ainsi relativement fascinant sous le masque vierge de ce cascadeur / braqueur pas très éloigné du One Eye (Mads Mikkelsen) de Valhalla Rising, n’attendant plus rien de la vie et cueillit par sa rencontre avec la charmante Carey Mulligan comme l’était le viking borgne avec le petit garçon. Les quelques sourires et regards qu’ils vont échanger par la suite, la connivence naissante et les non-dits, amorcent une transformation vers un possible avenir meilleur finalement contrarié par le destin, aiguillant cette métamorphose du personnage principal en un véritable monstre de violence (le passage « boogeyman » est tout aussi éloquent sur ce point que l’irruption de scènes très graphiques question jus de raisin) pour protéger ce à quoi il n’aura jamais droit. A la fois tragique, perturbant et tout simplement beau.

S’il ne fallait donc déceler qu’un seul écart de conduite dans Drive, cela se jouerait au niveau de son scénario très bien écrit – on l’a dit – mais également d’une très grande simplicité dans son intrigue, pour ne pas dire sans surprise, ce qui vient un peu ternir une expérience brillante jusque-là. En conséquence de quoi le film passe pour un exercice de style puissant auquel il manque juste un peu d’audace dans l’écriture mais malgré tout, l’essentiel est là : le monde sait enfin qui est Nicolas Winding Refn !

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