Critique ciné : La Guerre des boutons

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Fin des années 50, dans le Sud de la France. En guerre contre les gamins du village voisin depuis plusieurs générations déjà, les garçons de Longeverne échafaudent les stratagèmes les plus élaborés pour prendre l’ascendant sur leurs adversaires et ne pas se faire attraper par leurs parents en rentrant le soir, blessés et salis. Pour ça, ils sont prêts à tout. Quitte à avoir recours aux pires bassesses. Quitte à se battre tout nus pour ne pas se faire voler leurs boutons. Et même, quitte à accepter dans leurs rangs une fille débrouillarde et bagarreuse

« Le vainqueur de cette absurde guéguerre de producteurs »

Avec celle de Christophe Barratier, voici donc la deuxième adaptation (mais la première à sortir en salles) de La Guerre des boutons de Louis Pergaud, confiée cette fois à Yann Samuell. Un réalisateur surtout connu pour les films Jeux d’enfants et L’Age de raison qui, à chaque fois, établissaient un lien entre des adultes et leur jeune « moi », les seconds y interpellant les premiers sur le devenir de leurs précoces inspirations. C’est dire s’il était tout indiqué pour s’occuper de La Guerre des boutons car contrairement à Barratier, qui garde pour beaucoup son point-de-vue d’adulte face à des mômes (Les Choristes n’était pas autre chose), Samuell n’a aucun problème à se glisser dans la peau de ses jeunes protagonistes, à retrouver le môme en lui. Ce qui fait toute la différence sur ce genre de projet.

Cette continuité thématique ne va pourtant pas aller sans de profonds changements chez le bonhomme, qui a désormais complétement abandonné ses tics de réalisation bariolés et numériques. Les mêmes qui le condamnaient à n’être pour certains qu’un émule m’as-tu-vu de Jean-Pierre Jeunet et de son Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Débarrassée de cela, sa mise en scène ne manque pas alors de paraître plus impersonnelle – logique – mais en même temps, le classicisme dans lequel il a choisi de s’inscrire ici n’en sert que mieux le récit, nous ne sommes pas distraits par des effets de pure poudre aux yeux. Focalisé sur son histoire, Yann Samuell l’est donc assurément, quitte à ne pas se laisser aller à trop d’innovations vis-à-vis de son matériau d’origine. En effet, et malgré le sous-texte sur la guerre d’Algérie (époque à laquelle a été déplacée l’action), le métrage reste bon enfant sur le sujet des conflits, à hauteur de cour d’école pourrait-on dire : la dualité entre Eric Elmosnino et Alain Chabat demeure par exemple des plus puériles alors qu’elle aurait facilement pu être politisée, pour ajouter des niveaux de lecture supplémentaires. Mais non. En restant ainsi du côté des mômes, de la guerre entre les deux petits villages, Samuell ne reproduit pas l’erreur de Barratier et offre à son film une narration largement plus agréable, sans parler d’une unité de ton et d’une cohérence qui manquaient cruellement à La Nouvelle guerre des boutons.

Décidément plus à l’aise avec les enfants que son concurrent, il nous gratifie encore d’une approche plus naturelle dans la direction des jeunes acteurs, particulièrement visible sur le « baromètre » P’tit Gibus. Quant à l’inclusion d’un rôle féminin parmi la bande de turbulents garçons, l’un des grands ajouts de ces nouvelles versions, elle se fait ici en toute simplicité, sans jouer sur la corde sensible. Bien dans l’esprit léger de cette adaptation qui, curieusement, met de côté l’aspect « guerre des boutons » (pour ne pas être trop redondant avec la concurrence ou les prédécesseurs ?), et cela même si les bastonnades entre les gamins de Longeverne et ceux de Velrans sont quasi-omniprésentes. Alors, tout sans prétention et sans étincelle qu’il soit (la thématique de l’indépendance ne mène franchement à rien), La Guerre des boutons peut être considéré comme le vainqueur de cette absurde guéguerre de producteurs parce qu’il n’oublie pas qui sont ses vraies stars, les enfants, au point même que certains adultes voient leur rôle sacrifié (le revirement inexpliqué de Mathilde Seigner / la maman de Lebrac). S’il ne devait donc y avoir qu’un successeur au film de Yves Robert, ce serait celui-là à n’en point douter !

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2 Réponses à “Critique ciné : La Guerre des boutons”

  1. Simon dit :

    J’ai adoré ce film.

  2. karine dit :

    moi aussi j ai aimé ce film bien devant la nouvelle guerre des boutons

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