Critique ciné : La Nouvelle guerre des boutons

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Ennemis depuis toujours, les enfants des villages voisins de Longeverne et Velrans livrent bataille tous les jeudis, échafaudant les plans les plus ingénieux pour vaincre l’autre camp et ne pas se faire corriger par les parents en rentrant le soir. Mais tandis qu’ils se livrent à leur « guerre des boutons », insouciants, le conflit qui secoue le monde en cette année 1944 finit par les rattraper

« La grande Histoire finit par prendre le pas sur la petite »

Tombé dans le domaine publique, La Guerre des boutons de Louis Pergaud a attiré l’attention de plusieurs producteurs au point que nous nous retrouvons dans la situation inédite où, à une semaine d’intervalle, deux adaptations du même roman sortent en salles (triste constat sur l’état du cinéma français de divertissement). A ce petit jeu, La Nouvelle guerre des boutons a alors le mauvais rôle car en plus d’avoir été lancé après son concurrent, il a tout fait pour le parasiter : plus gros budget, date de sortie avancée, promotion écrasante… pas très fair-play, tout ça. C’est heureux, il y a tout de même une morale là-dedans car le film de Christophe Barratier est – et de loin – moins concluant que l’autre version.

Blindé de thunes comme il l’était, sa volonté d’être une sorte de Braveheart des bacs à sable aurait pourtant pu porter ses fruits mais bien vite il faut se rendre à l’évidence qu’il n’en sera rien. Les enfants donnent en effet le sentiment d’improviser leurs affrontements autant que le réalisateur, trop scolaire dans son approche. Et ce n’est pas tout puisqu’il faut en plus déplorer chez lui une tendance inutile à l’emphase, avec une mise en scène d’une lourdeur assez impressionnante. La bande originale de Philippe Rombi en rajoute bien sûr une couche dans sa manière de paraphraser la moindre émotion à l’écran mais il suffit d’apercevoir comment on nous fait comprendre l’intérêt du gentil instituteur (Guillaume Canet) pour la belle mercière (Laetitia Casta) afin d’appréhender l’absence de subtilité de l’entreprise. Les gamins sauvent alors un peu les meubles en se montrant relativement convaincants dans l’ensemble, en tout cas plus que certains adultes : Gérard Jugnot est en freestyle total, dans un registre à classer au vingt-troisième degré, et Kad Merad semble comme embarrassé dans son rôle de brave résistant qui file des trempes à son fils. Ils irriteront toutefois moins que le P’tit Gibus, exaspérante mascotte utilisée en mode automatique, comme une ponctuation. C’est simple, dès que se fait sentir le besoin d’une note comique, on lui fait dire n’importe quoi et roulez jeunesse ! L’histoire a quand même la bonne idée de s’intéresser davantage à la petite romance – ampoulée mais charmante – entre Lebrac / Jean Texier et Violette / Ilona Bachelier, ce qui nous épargne un peu l’abattage de gags au ras des pâquerettes.

Plutôt toutefois que de se focaliser sur les enfants, Barratier souhaitait élargir son propos en étendant cette guerre des boutons au monde des adultes, avec le déplacement de l’action durant la Seconde Guerre Mondiale. Une intéressante idée dans laquelle il s’empêtre totalement. Effectivement, la part des enfants et des adultes dans l’intrigue pose problème car elles se permutent petit à petit, cassant ainsi le rythme – le métrage paraît parfois longuet malgré sa raisonnable durée d’1h40 – et changeant complétement les objectifs d’un récit qui butine ainsi à gauche et à droite, sans jamais aller au bout de ce qu’il entreprend. La conclusion de La Nouvelle guerre des boutons, on ne peut plus abrupte, vaut tous les discours du monde. La grande Histoire a donc fini par prendre le pas sur la petite sans que jamais les deux ne se répondent de manière satisfaisante puisqu’après une première confrontation prometteuse (l’arrestation de la famille juive devant les enfants avec un émule de Julien Lacombe détestable comme il faut) le film se contente ensuite d’un parallèle grossier et n’amenant à aucune véritable prise de conscience chez les personnages quant à leurs actes. Autant dire que c’est là le principal intérêt de cette version, sa raison d’être, qui tourne en eau de boudin…

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