Critique ciné : Blackthorn

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Resté dans la légende pour avoir été tué en 1908 lors d’un assaut de l’armée bolivienne, Butch Cassidy a en réalité survécu et s’est installé là-bas pour vivre l’existence paisible d’un fermier, sous le nom de James Blackthorn. Vingt ans plus tard, ayant réuni suffisamment d’argent, il s’apprête à retourner aux Etats-Unis. Mais à peine son chemin a-t-il croisé celui de Eduardo qu’il perd tout. L’espagnol lui fait alors une proposition : s’il l’accompagne jusqu’à une mine abandonnée, il lui donnera un part du magot qu’il y a caché. Le seul ennui c’est que Eduardo est poursuivi par les hommes à qui il a volé l’argent

« Une dernière chevauchée bercée de noblesse et désillusions »

Collaborateur régulier de Alejandro Amenabar en tant que scénariste, Mateo Gil réalise son second long-métrage en s’appuyant sur un rapport selon lequel, dans les 80′s, des chercheurs auraient découvert que les restes supposés de Butch Cassidy et du Sundance Kid ne seraient pas les leurs. De là à imaginer que les deux compères aient continué leurs aventures, il n’y a qu’un pas qu’a franchi le cinéaste avec Blackthorn. Toutefois c’est à un Butch Cassidy vieillissant et seul que lui et le scénariste Miguel Barros ont décidé de s’intéresser. Un homme arrivé à l’âge où les vérités éclatent, les siennes comme celles d’une époque révolue.

Comme on pouvait le constater avec son premier effort, Jeu de rôles, Mateo Gil a le chic pour situer l’action de ses films dans des lieux ou circonstances qui en démultiplient l’impact cinématographique. Après le thriller situé lors de la semaine sainte à Séville succède donc un western installé sur les plateaux de Bolivie, que filme le réalisateur dans la plus grande tradition du genre à ceci près que leur magnificence et leur originalité y apportent une certaine fraîcheur (sans mauvais jeu de mot… oh et puis si, j’assume). Sans cela, il est évident que Gil désirait par dessus tout livrer un hommage respectueux, un digne descendant de l’âge d’or du western. Et il y parvient on ne peut mieux, sa péloche profitant indéniablement du souffle et de la classe des classiques de la catégorie. Il est alors amusant de constater que, bien qu’il se défende d’avoir voulu en faire une suite, son Blackthorn rappelle en de nombreuses occasions le Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill. Pas seulement dans les flashbacks évoquant les dernières années officielles du duo mais aussi dans le ton du film – qui peut passer en un instant du plus grave au plus léger (la scène sur la chanson de Sam Shepard est à ce titre excellente) – ou dans certains effets de réalisation directement empruntés (l’arrêt sur image final).

Et comme avec le long-métrage de la fin des années 60, le coeur de Blackthorn réside principalement dans la relation entre deux personnages, ici James / Butch et l’ingénieur en fuite Eduardo Apodaca. Ayant trouvé un Butch Cassidy impeccable en la personne de Sam Shepard, Mateo Gil a en plus eu la bonne initiative de rallier à lui le toujours bluffant Eduardo Noriega, qu’il avait déjà fait tourner dans Jeu de rôles. Leur relation nourrit ainsi l’intrigue de par son évolution, sur un schéma éprouvé mais efficace de par son traitement, et à côté de cela elle nourrit en plus la thématique du film, pour le tirer vers le western crépusculaire si cher à notre époque. En effet, comment ne pas voir la fuite du Temps dans la confrontation de ces deux voleurs aux styles et philosophies aussi espacés que les décennies les séparant ? D’un côté le bandit de grand chemin en quête perpétuelle de liberté, de l’autre celui en col blanc ayant intégré le système. La dichotomie de leurs caractères élève alors le propos du métrage pour culminer en une dernière bobine sonnant le glas des faux-semblants, ces légendes sur lesquelles s’est bâti le western.

L’agent de Pinkerton interprété par Stephen Rea (égal à lui-même de talent) peut ainsi donner l’impression d’être en trop dans l’équation, ralentissant un peu le rythme du film, Mateo Gil est parvenu avec Blackthorn à offrir à la légende Butch Cassidy une dernière chevauchée bercée de noblesse et désillusions, dont la lucidité posée nous fait oublier un postulat un peu curieux. Vraiment, quelle belle époque pour le western !

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