Critique ciné : Conan

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Né sur un champ de bataille, Conan a grandi comme tout Cimmérien pour devenir un puissant et sage barbare. Mais un jour le cruel Khalar Zym et ses troupes débarquent au village, à la recherche d’un morceau d’artefact qui lui conférerait une puissance infinie, et déciment son peuple, le laissant seul. Devenu pirate, voleur et guerrier, Conan n’a jamais abandonné son désir de vengeance et lorsque son chemin croise celui de Tamara, une prêtresse ardemment recherchée par Khalar Zym, il a alors l’occasion de pouvoir s’approcher de son ennemi

« Sacrément bad-ass par moments et grotesque à d’autres »

Entre les écrits de Robert E. Howard, le comic et évidemment le film de John Milius, Conan jouit d’un culte qui rendait inévitable l’exercice du remake / reboot par les temps qui courent. Annoncé depuis plus d’une décennie, il s’est enfin concrétisé avec le passage des droits d’adaptation de Warner Bros à Millenium Films, l’antenne « respectable » de la brouillonne Nu Image. Spécialisée dans les séries Z en direct-to-video, celle-ci avait alors plutôt bien réussi sa reconversion vers le grand écran avec des productions au standing irréprochable mais, tristement, elle a choisi son dernier blockbuster pour nous rappeler d’où elle vient.

Tout d’abord, et parce que le sujet ne peut être évité, comparer le chef d’oeuvre de Milius à sa nouvelle mouture ne se fera pas à l’avantage de cette dernière. Malgré un début prometteur en termes de mythologie (attention, on ne parle pas ici de l’introduction pompée éhontément sur Le Seigneur des anneaux mais bien de l’enfance du Cimmérien), le Conan nouveau a en effet perdu tout souffle lyrique et épique. Jason Momoa, le remplaçant de Schwarzenegger, n’est pas franchement à mettre en cause. Il est même le seul à sembler y croire vraiment. Mais il n’y a qu’à comparer la terne partition de Tyler Bates à celle de Basil Poledouris pour comprendre que le bug vient des coulisses, pas aussi impliquées qu’il l’aurait fallu ou simplement trop pressées par des droits renouvelables chaque année. Le scénario n’est en tout cas pour beaucoup qu’un enchaînement précipité de scènes en ligne droite, abandonnant en cours de route les trois quarts de ses idées (les buddies, l’inceste des méchants…), ce qui dessert considérablement des personnages ne manquant pourtant pas de charisme. Le plus choquant est toutefois l’impression d’économie réalisée sur la production, laquelle confère régulièrement au film un aspect un peu trop cheap… rappelant précisément les séries Z évoquées plus haut. Le système blugare en vase clos de Nu Image / Millenium Films a ses limites, et les voici.

On aurait alors pu compter sur le très doué Marcus Nispel pour nous rattraper ça avec une esthétique ultra-chiadée, un hommage aux travaux de Frank Frazetta (son but avoué), sauf que, pour la première fois, il se pose comme un créateur d’images pas toujours très inspiré… un comble avec un tel matériau ! En dépit de ses défauts et d’un budget moindre, Pathfinder était une bombe visuelle du début à la fin et une véritable révérence au fameux illustrateur, lui, et on aurait aimé retrouver ça avec Conan. Or il est clair que l’ambition du projet a tiré la couverture vers d’autres objectifs. Heureusement on retrouve tout de même le goût prononcé de Nispel pour la violence la plus brute (le Rated-R permet quelques croquignoleries trash du meilleur effet), et jamais éclater un corps humain n’aura paru aussi facile que dans ce film. Sacrément bad-ass par moments et grotesque à d’autres, ce retour de Conan ne peut donc prétendre à être autre chose qu’un divertissement tout juste correct, s’élevant à peine au-dessus du niveau d’un Roi scorpion. Ce qui, reconnaissons-le, est déjà énorme pour du Nu Image.

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