Critique ciné : Captain America – First Avenger

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Chétif mais courageux, le jeune Steve Rogers essuie pour la énième fois un refus d’incorporation. Sa détermination à aller combattre les nazis en Europe et à préserver la paix attire néanmoins l’attention d’un scientifique, intéressé par son profil pour le programme « super-soldat ». Ayant fait ses preuves, Steve est alors le premier à recevoir le sérum et voit ses capacités physiques décuplées, mais un agent ennemi s’assure qu’il soit le dernier en dérobant la formule. Devenu Captain America, unique super-soldat dont l’armée américaine ne sait pas quoi faire, on le condamne à ne combattre que sur le front de la propagande. Tandis que, dans l’ombre, le terrifiant Crâne Rouge met sur pied un plan menaçant le monde entier

« Difficile pour le Captain de gagner nos faveurs dans ces conditions »

En lice avec Superman pour la médaille du plus américain des super-héros, Captain America est également le « First Avenger » – le « premier Vengeur » (pas de quoi pour la leçon d’anglais) – comme le précise le titre du film ci-présent. Mais, curieusement, il est aussi le dernier poulain de l’écurie Marvel à bénéficier de son propre film avant le crossover événementiel de l’été 2012, The Avengers, qui réunira une grande part de la clique. Histoire de garder le meilleur pour la fin ? Pour ceux submergés d’émotions à la vue de la bannière étoilée, peut-être bien. Pour les autres en revanche, il faut avouer que Cap est certainement l’un des super-héros les moins intéressants qui soient.

Son expression d’un chauvinisme si flagrant est ce qui fait en premier lieu grincer des dents avec le personnage, et c’est ce qui nous faisait craindre le plus pour Captain America : First Avenger. Toutefois, si quelques scènes versent bien dans le réactionnaire le plus risible (la séquence dans le cinéma est impayable sur ce point), on découvre avec surprise que le film n’en fait pas trop sur ce point. Pas de plan « bannière étoilée en fond » alors que même Spider-Man y avait eu droit. Mieux, ses créateurs sont bien conscients de cet écueil et en jouent habilement, intégrant directement dans l’histoire cette donnée. La séquence où le super-héros est instrumentalisé – et ridiculisé – à la manière des soldats de Mémoires de nos pères compte ainsi parmi les meilleurs moments du métrage, et le magnifique générique de fin fait preuve d’un second degré savoureux avec son utilisation des affiches propagandistes. Le risible, on aurait encore pu tomber dedans avec le passage au live du Captain et de son kitchissime costume mais là encore nous sommes surpris par les choix avisés de l’équipe, qui l’ont brillamment adapté à un contexte réaliste et historique tout en épinglant au passage l’image classique. Une réussite dont ne peut se vanter son ennemi, le pauvre Crâne Rouge, presque aussi naze que dans la version réalisée par Albert Pyun en 1990 et bien plus impressionnant sous les traits de Hugo Weaving, en mode Agent Smith.

Dans un premier temps, Joe Johnston semble donc être l’homme de la situation pour porter à l’écran ce projet, qu’il imagine dans la mouvance d’un Indiana Jones : ça tombe bien, il est clairement aujourd’hui l’un des émules les plus capables du sieur Spielberg, et il le prouve avec une narration des origines de son héros à la fois classieuse et efficace. Sauf que tout ça s’effiloche dans la seconde partie, plus tournée vers l’action. Ce dont nous ne nous plaindrions pas d’ordinaire à ceci près que, cette fois, cela se produit au détriment de l’intrigue, qui ne devient plus qu’un bête enchaînement de scènes dans lequel les personnages perdent toute substance. Et comme si ça ne suffisait pas, aucune séquence d’action proprement excitante ne viendra rehausser un spectacle en fin de compte très convenu, sans grande tension. Difficile pour le Captain de gagner nos faveurs dans ces conditions. Alors plutôt que de cracher sur son pourtant excellent Wolfman, Johnston aurait peut-être mieux fait de défendre bec et ongle ce Captain America : First Avenger face à une Marvel qui continue bêtement de refuser les films de plus de deux heures, les contraignant à une blockbustérisation sans grand relief. On évite au moins les blagues beaufs et le patriotisme de pacotille mais il est triste de constater que le plus grand frisson de la séance, c’est celui insufflé par la vision du teaser de The Avengers en post-générique de fin. Pour une nouvelle déception ?

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