Archive pour septembre, 2011

Critique ciné : La Guerre des boutons

30 septembre, 2011

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Fin des années 50, dans le Sud de la France. En guerre contre les gamins du village voisin depuis plusieurs générations déjà, les garçons de Longeverne échafaudent les stratagèmes les plus élaborés pour prendre l’ascendant sur leurs adversaires et ne pas se faire attraper par leurs parents en rentrant le soir, blessés et salis. Pour ça, ils sont prêts à tout. Quitte à avoir recours aux pires bassesses. Quitte à se battre tout nus pour ne pas se faire voler leurs boutons. Et même, quitte à accepter dans leurs rangs une fille débrouillarde et bagarreuse

« Le vainqueur de cette absurde guéguerre de producteurs »

Avec celle de Christophe Barratier, voici donc la deuxième adaptation (mais la première à sortir en salles) de La Guerre des boutons de Louis Pergaud, confiée cette fois à Yann Samuell. Un réalisateur surtout connu pour les films Jeux d’enfants et L’Age de raison qui, à chaque fois, établissaient un lien entre des adultes et leur jeune « moi », les seconds y interpellant les premiers sur le devenir de leurs précoces inspirations. C’est dire s’il était tout indiqué pour s’occuper de La Guerre des boutons car contrairement à Barratier, qui garde pour beaucoup son point-de-vue d’adulte face à des mômes (Les Choristes n’était pas autre chose), Samuell n’a aucun problème à se glisser dans la peau de ses jeunes protagonistes, à retrouver le môme en lui. Ce qui fait toute la différence sur ce genre de projet.

Cette continuité thématique ne va pourtant pas aller sans de profonds changements chez le bonhomme, qui a désormais complétement abandonné ses tics de réalisation bariolés et numériques. Les mêmes qui le condamnaient à n’être pour certains qu’un émule m’as-tu-vu de Jean-Pierre Jeunet et de son Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Débarrassée de cela, sa mise en scène ne manque pas alors de paraître plus impersonnelle – logique – mais en même temps, le classicisme dans lequel il a choisi de s’inscrire ici n’en sert que mieux le récit, nous ne sommes pas distraits par des effets de pure poudre aux yeux. Focalisé sur son histoire, Yann Samuell l’est donc assurément, quitte à ne pas se laisser aller à trop d’innovations vis-à-vis de son matériau d’origine. En effet, et malgré le sous-texte sur la guerre d’Algérie (époque à laquelle a été déplacée l’action), le métrage reste bon enfant sur le sujet des conflits, à hauteur de cour d’école pourrait-on dire : la dualité entre Eric Elmosnino et Alain Chabat demeure par exemple des plus puériles alors qu’elle aurait facilement pu être politisée, pour ajouter des niveaux de lecture supplémentaires. Mais non. En restant ainsi du côté des mômes, de la guerre entre les deux petits villages, Samuell ne reproduit pas l’erreur de Barratier et offre à son film une narration largement plus agréable, sans parler d’une unité de ton et d’une cohérence qui manquaient cruellement à La Nouvelle guerre des boutons.

Décidément plus à l’aise avec les enfants que son concurrent, il nous gratifie encore d’une approche plus naturelle dans la direction des jeunes acteurs, particulièrement visible sur le « baromètre » P’tit Gibus. Quant à l’inclusion d’un rôle féminin parmi la bande de turbulents garçons, l’un des grands ajouts de ces nouvelles versions, elle se fait ici en toute simplicité, sans jouer sur la corde sensible. Bien dans l’esprit léger de cette adaptation qui, curieusement, met de côté l’aspect « guerre des boutons » (pour ne pas être trop redondant avec la concurrence ou les prédécesseurs ?), et cela même si les bastonnades entre les gamins de Longeverne et ceux de Velrans sont quasi-omniprésentes. Alors, tout sans prétention et sans étincelle qu’il soit (la thématique de l’indépendance ne mène franchement à rien), La Guerre des boutons peut être considéré comme le vainqueur de cette absurde guéguerre de producteurs parce qu’il n’oublie pas qui sont ses vraies stars, les enfants, au point même que certains adultes voient leur rôle sacrifié (le revirement inexpliqué de Mathilde Seigner / la maman de Lebrac). S’il ne devait donc y avoir qu’un successeur au film de Yves Robert, ce serait celui-là à n’en point douter !

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Critique ciné : La Nouvelle guerre des boutons

27 septembre, 2011

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Ennemis depuis toujours, les enfants des villages voisins de Longeverne et Velrans livrent bataille tous les jeudis, échafaudant les plans les plus ingénieux pour vaincre l’autre camp et ne pas se faire corriger par les parents en rentrant le soir. Mais tandis qu’ils se livrent à leur « guerre des boutons », insouciants, le conflit qui secoue le monde en cette année 1944 finit par les rattraper

« La grande Histoire finit par prendre le pas sur la petite »

Tombé dans le domaine publique, La Guerre des boutons de Louis Pergaud a attiré l’attention de plusieurs producteurs au point que nous nous retrouvons dans la situation inédite où, à une semaine d’intervalle, deux adaptations du même roman sortent en salles (triste constat sur l’état du cinéma français de divertissement). A ce petit jeu, La Nouvelle guerre des boutons a alors le mauvais rôle car en plus d’avoir été lancé après son concurrent, il a tout fait pour le parasiter : plus gros budget, date de sortie avancée, promotion écrasante… pas très fair-play, tout ça. C’est heureux, il y a tout de même une morale là-dedans car le film de Christophe Barratier est – et de loin – moins concluant que l’autre version.

Blindé de thunes comme il l’était, sa volonté d’être une sorte de Braveheart des bacs à sable aurait pourtant pu porter ses fruits mais bien vite il faut se rendre à l’évidence qu’il n’en sera rien. Les enfants donnent en effet le sentiment d’improviser leurs affrontements autant que le réalisateur, trop scolaire dans son approche. Et ce n’est pas tout puisqu’il faut en plus déplorer chez lui une tendance inutile à l’emphase, avec une mise en scène d’une lourdeur assez impressionnante. La bande originale de Philippe Rombi en rajoute bien sûr une couche dans sa manière de paraphraser la moindre émotion à l’écran mais il suffit d’apercevoir comment on nous fait comprendre l’intérêt du gentil instituteur (Guillaume Canet) pour la belle mercière (Laetitia Casta) afin d’appréhender l’absence de subtilité de l’entreprise. Les gamins sauvent alors un peu les meubles en se montrant relativement convaincants dans l’ensemble, en tout cas plus que certains adultes : Gérard Jugnot est en freestyle total, dans un registre à classer au vingt-troisième degré, et Kad Merad semble comme embarrassé dans son rôle de brave résistant qui file des trempes à son fils. Ils irriteront toutefois moins que le P’tit Gibus, exaspérante mascotte utilisée en mode automatique, comme une ponctuation. C’est simple, dès que se fait sentir le besoin d’une note comique, on lui fait dire n’importe quoi et roulez jeunesse ! L’histoire a quand même la bonne idée de s’intéresser davantage à la petite romance – ampoulée mais charmante – entre Lebrac / Jean Texier et Violette / Ilona Bachelier, ce qui nous épargne un peu l’abattage de gags au ras des pâquerettes.

Plutôt toutefois que de se focaliser sur les enfants, Barratier souhaitait élargir son propos en étendant cette guerre des boutons au monde des adultes, avec le déplacement de l’action durant la Seconde Guerre Mondiale. Une intéressante idée dans laquelle il s’empêtre totalement. Effectivement, la part des enfants et des adultes dans l’intrigue pose problème car elles se permutent petit à petit, cassant ainsi le rythme – le métrage paraît parfois longuet malgré sa raisonnable durée d’1h40 – et changeant complétement les objectifs d’un récit qui butine ainsi à gauche et à droite, sans jamais aller au bout de ce qu’il entreprend. La conclusion de La Nouvelle guerre des boutons, on ne peut plus abrupte, vaut tous les discours du monde. La grande Histoire a donc fini par prendre le pas sur la petite sans que jamais les deux ne se répondent de manière satisfaisante puisqu’après une première confrontation prometteuse (l’arrestation de la famille juive devant les enfants avec un émule de Julien Lacombe détestable comme il faut) le film se contente ensuite d’un parallèle grossier et n’amenant à aucune véritable prise de conscience chez les personnages quant à leurs actes. Autant dire que c’est là le principal intérêt de cette version, sa raison d’être, qui tourne en eau de boudin…

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Critique ciné : Green Lantern

13 septembre, 2011

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Notre univers est composé de 3600 secteurs, chacun d’entre eux étant protégé par un Green Lantern. Mais cette paix séculaire est menacée lorsque Parallax, un ennemi enfermé par le légendaire Abin Sur il y a fort longtemps, se libère de sa prison et entame une destruction systématique de plusieurs mondes. Blessé à mort lors d’un ultime affrontement avec sa nemesis, Abin Sur s’écrase alors sur Terre et lègue son pouvoir à Hal Jordan, un pilote de l’air irresponsable et moins courageux qu’il n’en a l’air. Devenu le premier humain à rejoindre le corps des Green Lanterns, il va devoir révéler quelle force se cache chez notre espèce

« Warner prend le contrepied de son Batman version Nolan »

Dans une situation similaire à celle de Marvel lorsque la « boîte aux idées » nous a lâché Thor sur grand écran, son éternel concurrent DC Comics se doit aujourd’hui de puiser dans son catalogue s’il veut être régulièrement présent dans les salles et s’attaque en toute logique à d’autres icônes que Batman ou Superman. C’est à dire des licences dépassant le cadre du « super-héros classique », souvent moins populaires, avec des concepts autrement plus barrés que l’habituel mutant ou sauveur de ce bon vieux New York. Une définition qui va comme un gant au Green Lantern, en fait.

Transposer l’univers du comics dans un film live relevait ainsi de la véritable gageure, notre monde y côtoyant une mythologie intergalactique n’ayant cure de réalisme ou vraisemblance. Un contraste visuel que le dessin peut uniformiser mais qui devient un véritable défi dans le cadre de la prise de vue réelle. Certainement galvanisés par les avancées perpétuelles en matière d’effets spéciaux, la production et le réalisateur Martin Campbell ont alors fait le pari d’une adaptation quasi-littérale – picturalement parlant – de leur matériau d’origine, avec tout ce que cela implique. Il y a bien sûr la flatterie faite aux fans qui trouvent là une version respectueuse de l’objet de leur affection. On se souvient par exemple de l’esclandre suite à la représentation éthérée de Galactus dans Les 4 Fantastiques et le Surfeur d’argent et bien qu’il s’éloigne tout de même du design original, il faut reconnaître au méchant Parallax de Green Lantern – ainsi qu’aux autres aliens – une tentative réelle de s’inscrire dans une imagerie comic book-esque. Louable. Et courageux, car c’est un challenge qu’ils remportent parfois (le costume en full-CGI du héros) pour s’en trouver moins convaincants par la suite. Le film de Campbell a beau en effet se rêver en successeur de Avatar, il est loin de posséder des effets spéciaux aussi solides – sans parler du talent aux commandes – et cela renforce le caractère un peu cheap de certains designs, qui jurent par des couleurs et une lumière désagréablement baveuses (la planète Oa en particulier).

Moins tributaire des considérations budgétaires, la narration s’avère alors être un point fort que nous n’attendions pas pour le film. Concise au point de passer à la trappe quelques éléments (quid de la recharge de l’anneau?), elle n’en possède pas moins un rythme et une construction relativement efficaces, équilibrés, permettant aux récits dans les deux mondes de ne pas se parasiter. Un fait rare dans ce cas de figure, rappelez-vous Thor… Mieux, et même si le personnage principal est condamné à n’être qu’un héros sans grande saveur (on sait Ryan Reynolds capable de mieux depuis Buried, mais encore faut-il lui en donner l’opportunité), la place est laissée pour qu’existent des rôles secondaires fort intéressants en les personnes de Sinestro et Hector Hammond, que campent respectivement Mark Strong et Peter Sarsgaard. Excellent comme à son habitude, le premier voit malheureusement son charisme un peu gâché par une séquence durant le générique de fin tentant de préparer la suite en catastrophe ; tandis que le second est surprenant de complexité et d’intensité, allant même jusqu’à être tantôt effrayant, tantôt émouvant malgré un maquillage pas franchement évident à porter.

Une note de sérieux dans un long-métrage qui se veut beaucoup plus léger que ce que l’on rencontre d’ordinaire chez Warner / DC Comics, sorte de contrepied au ton du Batman selon Nolan qui s’imposait pourtant comme la marque de fabrique maison, le meilleur moyen de se démarquer de la concurrence. Une approche que nous aurions pu accepter pour peu qu’elle soit suivie d’un travail irréprochable derrière, ce qui n’est pas toujours le cas avec Green Lantern. On verra donc comment cela tournera avec la suite déjà dans les starting-blocks, et annoncée comme « plus sombre » (bah tiens !). Et si cette fois ils pouvaient intégrer des scènes d’actions moins convenues et utilisant à bon escient les pouvoirs des « Lanternes Vertes », ce serait génial !

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Critique ciné : Blackthorn

3 septembre, 2011

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Resté dans la légende pour avoir été tué en 1908 lors d’un assaut de l’armée bolivienne, Butch Cassidy a en réalité survécu et s’est installé là-bas pour vivre l’existence paisible d’un fermier, sous le nom de James Blackthorn. Vingt ans plus tard, ayant réuni suffisamment d’argent, il s’apprête à retourner aux Etats-Unis. Mais à peine son chemin a-t-il croisé celui de Eduardo qu’il perd tout. L’espagnol lui fait alors une proposition : s’il l’accompagne jusqu’à une mine abandonnée, il lui donnera un part du magot qu’il y a caché. Le seul ennui c’est que Eduardo est poursuivi par les hommes à qui il a volé l’argent

« Une dernière chevauchée bercée de noblesse et désillusions »

Collaborateur régulier de Alejandro Amenabar en tant que scénariste, Mateo Gil réalise son second long-métrage en s’appuyant sur un rapport selon lequel, dans les 80′s, des chercheurs auraient découvert que les restes supposés de Butch Cassidy et du Sundance Kid ne seraient pas les leurs. De là à imaginer que les deux compères aient continué leurs aventures, il n’y a qu’un pas qu’a franchi le cinéaste avec Blackthorn. Toutefois c’est à un Butch Cassidy vieillissant et seul que lui et le scénariste Miguel Barros ont décidé de s’intéresser. Un homme arrivé à l’âge où les vérités éclatent, les siennes comme celles d’une époque révolue.

Comme on pouvait le constater avec son premier effort, Jeu de rôles, Mateo Gil a le chic pour situer l’action de ses films dans des lieux ou circonstances qui en démultiplient l’impact cinématographique. Après le thriller situé lors de la semaine sainte à Séville succède donc un western installé sur les plateaux de Bolivie, que filme le réalisateur dans la plus grande tradition du genre à ceci près que leur magnificence et leur originalité y apportent une certaine fraîcheur (sans mauvais jeu de mot… oh et puis si, j’assume). Sans cela, il est évident que Gil désirait par dessus tout livrer un hommage respectueux, un digne descendant de l’âge d’or du western. Et il y parvient on ne peut mieux, sa péloche profitant indéniablement du souffle et de la classe des classiques de la catégorie. Il est alors amusant de constater que, bien qu’il se défende d’avoir voulu en faire une suite, son Blackthorn rappelle en de nombreuses occasions le Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill. Pas seulement dans les flashbacks évoquant les dernières années officielles du duo mais aussi dans le ton du film – qui peut passer en un instant du plus grave au plus léger (la scène sur la chanson de Sam Shepard est à ce titre excellente) – ou dans certains effets de réalisation directement empruntés (l’arrêt sur image final).

Et comme avec le long-métrage de la fin des années 60, le coeur de Blackthorn réside principalement dans la relation entre deux personnages, ici James / Butch et l’ingénieur en fuite Eduardo Apodaca. Ayant trouvé un Butch Cassidy impeccable en la personne de Sam Shepard, Mateo Gil a en plus eu la bonne initiative de rallier à lui le toujours bluffant Eduardo Noriega, qu’il avait déjà fait tourner dans Jeu de rôles. Leur relation nourrit ainsi l’intrigue de par son évolution, sur un schéma éprouvé mais efficace de par son traitement, et à côté de cela elle nourrit en plus la thématique du film, pour le tirer vers le western crépusculaire si cher à notre époque. En effet, comment ne pas voir la fuite du Temps dans la confrontation de ces deux voleurs aux styles et philosophies aussi espacés que les décennies les séparant ? D’un côté le bandit de grand chemin en quête perpétuelle de liberté, de l’autre celui en col blanc ayant intégré le système. La dichotomie de leurs caractères élève alors le propos du métrage pour culminer en une dernière bobine sonnant le glas des faux-semblants, ces légendes sur lesquelles s’est bâti le western.

L’agent de Pinkerton interprété par Stephen Rea (égal à lui-même de talent) peut ainsi donner l’impression d’être en trop dans l’équation, ralentissant un peu le rythme du film, Mateo Gil est parvenu avec Blackthorn à offrir à la légende Butch Cassidy une dernière chevauchée bercée de noblesse et désillusions, dont la lucidité posée nous fait oublier un postulat un peu curieux. Vraiment, quelle belle époque pour le western !

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Critique ciné : Cowboys & envahisseurs

1 septembre, 2011

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Arizona, 1873. Un homme se réveille au milieu du désert sans savoir d’où il vient ni qui il est, un curieux bracelet vissé autour du poignet. Arrivant bientôt à une ville, cet étranger taciturne découvre que sa tête est mise à prix et il est fait prisonnier. Mais lorsqu’il est sur le point d’être conduit devant le juge, de mystérieuses lumières apparaissent dans le ciel et plongent la colonie minière dans un chaos de flammes, kidnappant même plusieurs habitants avant que l’étranger ne les fasse fuir à l’aide de son bracelet, une arme d’un genre inconnu. Pour retrouver la mémoire et les disparus, il se joint alors au groupe de recherche et part sur la trace de ces envahisseurs venus d’un autre monde

« Favreau se sort très bien de sa petite cuisine »

Jon Favreau, c’est un peu l’histoire du mec qui ne brille que lorsqu’on pense qu’il va se planter. Rabatteur de caquets avec son adaptation de Iron Man dont nous n’attendions rien, il avait en revanche proportionnellement déçu avec un second épisode refusant de balancer la sauce comme tout le laissait présager, et comme tout le monde le voulait. En conséquence de quoi, bêtement, notre jeune foi dans son potentiel de réalisateur avait donc été ébranlée, nous abandonnant sans grand espoir pour cet autre comic-book movie, Cowboys & envahisseurs. Mais voilà, ce salopiaud nous a refait le coup de 2008 !

Parce que s’il n’est pas le plus talentueux des réalisateurs, il faudra bien se faire à l’idée qu’il en est un aussi avisé qu’efficace quand il le veut bien. Ou peut-être quand on lui en laisse les moyens, faut voir (les relations avec Marvel n’étaient à ce qu’il paraît pas géniales sur Iron Man 2). Toujours est-il que Favreau se sort très bien de sa petite cuisine alors que le western et la SF n’étaient pas évidents à accorder au premier abord. Sa recette : faire un vrai western, au point que nous en oublions presque totalement l’aspect science-fictionnel dès lors que les aliens ne sont pas à l’image. Un pur et dur représentant du genre avec une histoire calquée sur le bon vieux modèle de la chasse à l’homme, où les envahisseurs ont simplement remplacé les coutumiers desperados. Le plus étonnant est alors la manière dont son film va jusqu’au bout de ses idées, en ne s’embarrassant pas de la tempérance ordinaire des blockbusters (le ton est bad-ass comme il se doit au Far West) ou en nous jetant en pâture à des monstres autrement plus flippants que les gros sauriens de son sympathique Zathura.

L’introduction de la SF permet également de conduire les classiques scènes d’action du western vers un nouveau niveau (son goût pour l’imagerie comics fait des merveilles) mais ce que nous retiendrons surtout, c’est comment il est parvenu à gérer l’équilibre entre les besoins en spectacle et ceux pour narrer l’histoire, faire exister les personnages malgré leur nombre. La plus grande qualité de Favreau en tant que réalisateur est en effet de savoir s’entourer comme il faut, de rallier à lui des comédiens de première bourre dans un registre où nous n’avons pas forcément l’habitude de les voir et qu’ils vont transcender. Daniel Craig est ainsi impeccable en Bond de l’Ouest et Olivia Wilde est plus sexy que jamais (ce qui n’était pas gagné vu son seyant costume dans Tron l’héritage) mais encore davantage, ce sont les seconds rôles qui apportent la plus vive réjouissance : Harrison Ford, Sam Rockwell, Clancy Brown, Walton Goggins, Paul Dano, Adam Beach… Du talent à revendre, au service d’un film qui atteint par ce biais une classe et une crédibilité inespérées.

Sans contenir alors quoi que ce soit de véritablement incroyable, Cowboys et envahisseurs nous rappelle combien Jon Favreau peut assurer et s’impose comme un divertissement d’excellente facture, emballé avec soin et ne gâchant pas son postulat de départ (une habitude avec les crossovers). Ils sont peu nombreux les blockbusters à pouvoir prétendre à un tel constat…

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Critique ciné : Captain America – First Avenger

1 septembre, 2011

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Chétif mais courageux, le jeune Steve Rogers essuie pour la énième fois un refus d’incorporation. Sa détermination à aller combattre les nazis en Europe et à préserver la paix attire néanmoins l’attention d’un scientifique, intéressé par son profil pour le programme « super-soldat ». Ayant fait ses preuves, Steve est alors le premier à recevoir le sérum et voit ses capacités physiques décuplées, mais un agent ennemi s’assure qu’il soit le dernier en dérobant la formule. Devenu Captain America, unique super-soldat dont l’armée américaine ne sait pas quoi faire, on le condamne à ne combattre que sur le front de la propagande. Tandis que, dans l’ombre, le terrifiant Crâne Rouge met sur pied un plan menaçant le monde entier

« Difficile pour le Captain de gagner nos faveurs dans ces conditions »

En lice avec Superman pour la médaille du plus américain des super-héros, Captain America est également le « First Avenger » – le « premier Vengeur » (pas de quoi pour la leçon d’anglais) – comme le précise le titre du film ci-présent. Mais, curieusement, il est aussi le dernier poulain de l’écurie Marvel à bénéficier de son propre film avant le crossover événementiel de l’été 2012, The Avengers, qui réunira une grande part de la clique. Histoire de garder le meilleur pour la fin ? Pour ceux submergés d’émotions à la vue de la bannière étoilée, peut-être bien. Pour les autres en revanche, il faut avouer que Cap est certainement l’un des super-héros les moins intéressants qui soient.

Son expression d’un chauvinisme si flagrant est ce qui fait en premier lieu grincer des dents avec le personnage, et c’est ce qui nous faisait craindre le plus pour Captain America : First Avenger. Toutefois, si quelques scènes versent bien dans le réactionnaire le plus risible (la séquence dans le cinéma est impayable sur ce point), on découvre avec surprise que le film n’en fait pas trop sur ce point. Pas de plan « bannière étoilée en fond » alors que même Spider-Man y avait eu droit. Mieux, ses créateurs sont bien conscients de cet écueil et en jouent habilement, intégrant directement dans l’histoire cette donnée. La séquence où le super-héros est instrumentalisé – et ridiculisé – à la manière des soldats de Mémoires de nos pères compte ainsi parmi les meilleurs moments du métrage, et le magnifique générique de fin fait preuve d’un second degré savoureux avec son utilisation des affiches propagandistes. Le risible, on aurait encore pu tomber dedans avec le passage au live du Captain et de son kitchissime costume mais là encore nous sommes surpris par les choix avisés de l’équipe, qui l’ont brillamment adapté à un contexte réaliste et historique tout en épinglant au passage l’image classique. Une réussite dont ne peut se vanter son ennemi, le pauvre Crâne Rouge, presque aussi naze que dans la version réalisée par Albert Pyun en 1990 et bien plus impressionnant sous les traits de Hugo Weaving, en mode Agent Smith.

Dans un premier temps, Joe Johnston semble donc être l’homme de la situation pour porter à l’écran ce projet, qu’il imagine dans la mouvance d’un Indiana Jones : ça tombe bien, il est clairement aujourd’hui l’un des émules les plus capables du sieur Spielberg, et il le prouve avec une narration des origines de son héros à la fois classieuse et efficace. Sauf que tout ça s’effiloche dans la seconde partie, plus tournée vers l’action. Ce dont nous ne nous plaindrions pas d’ordinaire à ceci près que, cette fois, cela se produit au détriment de l’intrigue, qui ne devient plus qu’un bête enchaînement de scènes dans lequel les personnages perdent toute substance. Et comme si ça ne suffisait pas, aucune séquence d’action proprement excitante ne viendra rehausser un spectacle en fin de compte très convenu, sans grande tension. Difficile pour le Captain de gagner nos faveurs dans ces conditions. Alors plutôt que de cracher sur son pourtant excellent Wolfman, Johnston aurait peut-être mieux fait de défendre bec et ongle ce Captain America : First Avenger face à une Marvel qui continue bêtement de refuser les films de plus de deux heures, les contraignant à une blockbustérisation sans grand relief. On évite au moins les blagues beaufs et le patriotisme de pacotille mais il est triste de constater que le plus grand frisson de la séance, c’est celui insufflé par la vision du teaser de The Avengers en post-générique de fin. Pour une nouvelle déception ?

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Critique ciné : Conan

1 septembre, 2011

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Né sur un champ de bataille, Conan a grandi comme tout Cimmérien pour devenir un puissant et sage barbare. Mais un jour le cruel Khalar Zym et ses troupes débarquent au village, à la recherche d’un morceau d’artefact qui lui conférerait une puissance infinie, et déciment son peuple, le laissant seul. Devenu pirate, voleur et guerrier, Conan n’a jamais abandonné son désir de vengeance et lorsque son chemin croise celui de Tamara, une prêtresse ardemment recherchée par Khalar Zym, il a alors l’occasion de pouvoir s’approcher de son ennemi

« Sacrément bad-ass par moments et grotesque à d’autres »

Entre les écrits de Robert E. Howard, le comic et évidemment le film de John Milius, Conan jouit d’un culte qui rendait inévitable l’exercice du remake / reboot par les temps qui courent. Annoncé depuis plus d’une décennie, il s’est enfin concrétisé avec le passage des droits d’adaptation de Warner Bros à Millenium Films, l’antenne « respectable » de la brouillonne Nu Image. Spécialisée dans les séries Z en direct-to-video, celle-ci avait alors plutôt bien réussi sa reconversion vers le grand écran avec des productions au standing irréprochable mais, tristement, elle a choisi son dernier blockbuster pour nous rappeler d’où elle vient.

Tout d’abord, et parce que le sujet ne peut être évité, comparer le chef d’oeuvre de Milius à sa nouvelle mouture ne se fera pas à l’avantage de cette dernière. Malgré un début prometteur en termes de mythologie (attention, on ne parle pas ici de l’introduction pompée éhontément sur Le Seigneur des anneaux mais bien de l’enfance du Cimmérien), le Conan nouveau a en effet perdu tout souffle lyrique et épique. Jason Momoa, le remplaçant de Schwarzenegger, n’est pas franchement à mettre en cause. Il est même le seul à sembler y croire vraiment. Mais il n’y a qu’à comparer la terne partition de Tyler Bates à celle de Basil Poledouris pour comprendre que le bug vient des coulisses, pas aussi impliquées qu’il l’aurait fallu ou simplement trop pressées par des droits renouvelables chaque année. Le scénario n’est en tout cas pour beaucoup qu’un enchaînement précipité de scènes en ligne droite, abandonnant en cours de route les trois quarts de ses idées (les buddies, l’inceste des méchants…), ce qui dessert considérablement des personnages ne manquant pourtant pas de charisme. Le plus choquant est toutefois l’impression d’économie réalisée sur la production, laquelle confère régulièrement au film un aspect un peu trop cheap… rappelant précisément les séries Z évoquées plus haut. Le système blugare en vase clos de Nu Image / Millenium Films a ses limites, et les voici.

On aurait alors pu compter sur le très doué Marcus Nispel pour nous rattraper ça avec une esthétique ultra-chiadée, un hommage aux travaux de Frank Frazetta (son but avoué), sauf que, pour la première fois, il se pose comme un créateur d’images pas toujours très inspiré… un comble avec un tel matériau ! En dépit de ses défauts et d’un budget moindre, Pathfinder était une bombe visuelle du début à la fin et une véritable révérence au fameux illustrateur, lui, et on aurait aimé retrouver ça avec Conan. Or il est clair que l’ambition du projet a tiré la couverture vers d’autres objectifs. Heureusement on retrouve tout de même le goût prononcé de Nispel pour la violence la plus brute (le Rated-R permet quelques croquignoleries trash du meilleur effet), et jamais éclater un corps humain n’aura paru aussi facile que dans ce film. Sacrément bad-ass par moments et grotesque à d’autres, ce retour de Conan ne peut donc prétendre à être autre chose qu’un divertissement tout juste correct, s’élevant à peine au-dessus du niveau d’un Roi scorpion. Ce qui, reconnaissons-le, est déjà énorme pour du Nu Image.

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