Archive pour août, 2011

Critique ciné : La Planète des singes – les origines

31 août, 2011

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Pour guérir son père de la maladie d’Alzheimer, un chercheur expérimente sur des chimpanzés un nouveau remède ayant la particularité de régénérer les cellules du cerveau. Exposé au produit par le biais de sa mère enceinte, César est ainsi le premier singe à naître avec une intelligence démultipliée et, recueilli par le chercheur, il grandit en ne cessant d’aiguiser ses facultés. Mais lorsqu’il est séparé de son ami et se sent trahi par lui, une terrible rancoeur contre l’humanité s’empare de César, au point qu’il organise bientôt la révolte de ses frères singes

« Des origines dont nous n’aurions même pas osé rêver »

Pas connue pour la tendresse avec laquelle elle traite habituellement ses franchises, cela faisait quelques années que les cinéphiles voyaient d’un mauvais oeil la tentative de la Fox de réamorcer la saga de La Planète des singes, laissée dans un drôle d’état après le faux-pas de Tim Burton en 2001. Pourtant, quelques semaines après l’excellent X-Men : le commencement (une autre de leurs préquelles), le studio confirme avec La Planète des singes : les origines que cette année 2011 est la sienne et qu’il est encore capable de faire briller ses plus précieux trophées.

Ca commence – comme l’a fait Disney avec Tron l’héritage – en confiant les rênes du film à un réalisateur débarqué de nulle part ou presque, un nouveau talent capable de raviver une licence tombée en désuétude en se montrant aussi déférent que novateur. Dans le cas présent il s’agit de Rupert Wyatt, remarqué pour son film de prison Ultime évasion (The Escapist en VO). Une petite expérience pas inutile pour ce second long-métrage (après tout, il s’agit encore d’une histoire d’évasion) mais qui ne nous préparait pas à l’aisance avec laquelle il s’installe sur son premier blockbuster. Sa réalisation s’avère en effet être particulièrement efficace, même être un modèle de fluidité lors des étourdissantes scènes où la caméra accompagne César dans ses déplacements, mais le plus impressionnant est d’abord sa gestion parfaite des effets dramatiques et épiques, avec un sens de la mise en place assez fabuleux. La rébellion des singes est à ce titre une véritable explosion minutieusement préparée, un climax d’anthologie.

Ce n’était pas gagné et on se demandait bien comment ils allaient y parvenir, mais ils sont en plus parvenu à accoucher d’une véritable introduction à la saga originale. Au-delà des clins d’oeil plaisants (Charlton Heston à la télé, « You damn dirty ape » dans la bouche de Tom Felton,…), ils installent ainsi une intrigue que nous pouvons extrapoler jusqu’aux films des 60′s / 70′s sans en être non plus prisonniers, car ils se permettent également de réactualiser le propos (le génie génétique comme premier déclencheur de l’extinction humaine) et de jeter les bases pour une nouvelle série de films (le singe balafré n’a pas dit son dernier mot). Ce qui n’est pas plus mal car on sort de celui-ci avec l’envie dévorante d’en voir davantage, que se poursuive et se propage le soulèvement.

Il est alors inévitable de rendre les honneurs au magnifique boulot de Weta Digital, qui nous avait déjà bien bluffé avec le gorille de King Kong mais qui s’est ici surpassé. Ses artistes – sans oublier l’inévitable Andy Serkis à la performance capture – sont les magiciens derrière le réalisme troublant de César et ses comparses, ils prodiguent au vrai personnage central du film une humanité grandissante qui n’en rend que plus forte son aventure, chargée tour à tour d’émotions touchantes et violentes. Ce que Rupert Wyatt et eux ont réussi en fait, c’est donner vie à ce Ben Hur simiesque avec toute la puissance et la sauvagerie qu’il nécessitait, surpassant même de très loin le discours enflammé du César de La Conquête de la planète des singes. On pourra alors toujours rechigner sur un petit problème de temporalité et un second rôle féminin particulièrement ingrat (raccourci au montage ?) mais clairement, ce sont là des origines dont nous n’aurions même pas osé rêver. Après des années d’errance, la Fox a donc réussi à rebooter La Planète des singes : vivement la suite !

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Critique ciné : Super 8

30 août, 2011

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A la toute fin des années 70, une bande de gamins de l’Ohio prépare un court-métrage de zombies en super 8 et alors qu’ils filment une scène de nuit près d’une voie ferroviaire, ils assistent à l’impressionnant déraillement d’un train militaire. Par peur des représailles, ils décident de ne dire à personne ce qu’ils ont vu. Mais très vite les disparitions se multiplient dans la ville sans que leurs parents, les forces de l’ordre ou l’armée puissent y faire quoi que ce soit. Bien malgré eux, ça va ainsi être aux enfants de découvrir ce qui s’est échappé lors de l’accident

« Beaucoup de bruit pour (presque) rien »

Clairement annoncé comme tel lors de sa promotion, Super 8 se veut une résurrection du cinéma Amblin des années 80, le descendant de films comme E.T. l’extraterrestre, Les Goonies ou encore Explorers. Avoir Steven Spielberg à la production en guise de parrain se révèle bien sûr être un gage de continuité et de qualité (théoriquement tout du moins) mais c’est surtout à J.J. Abrams que revient la lourde charge de recréer l’alchimie de cette époque. Après nous avoir bluffé avec son reboot de Star Trek, nous découvrons ainsi que le créateur de Alias et Lost enfile plutôt aisément les bottes de tonton Spielby et, aidé par une soigneuse reconstitution historique, parvient effectivement à trouver une patine 80′s où même les effets les plus impressionnants ne jurent pas (l’apocalyptique accident de train, le monstre). Elève des plus respectueux, son film est parsemé d’emprunts divers au style ou à l’univers du créateur de Amblin, allant évidemment de la mise au premier plan des enfants à une construction calquée sur celle des Dents de la mer, la fascination pour les visiteurs de l’espace… La musique de Michael Giacchino elle même, sans perdre son identité, renforce cette parenté de par ses envolées Williams-esques et parfait l’illusion d’être face à un film de Spielberg exhumé trente ans après son tournage. Pour un temps en tout cas.

Vendu comme Cloverfield (produit par Abrams, rappelons-le) à base de marketing viral cryptique, Super 8 laissait planer un gros mystère quant à son contenu et la nature de son élément surnaturel, ce qui présageait d’un concept novateur intégré au cadre de l’école Amblin. Or, grosse déception, le métrage n’a en fin de compte pas grand chose de surprenant ou original à offrir sur ce point, se contentant d’une classique histoire d’alien lâché sur Terre. Beaucoup de bruit pour (presque) rien serait-on tenté de dire. Un peu arnaqueur, Abrams trébuche en plus sur le système spielbergien puisque s’il commence son film comme une oeuvre horrifique, avec une TRES longue exposition (mais pas inintéressante), il essaye sur la fin de retomber dans une lecture à la E.T l’extraterrestre comme pour présenter le cinéma du maître en un spectre le plus large possible. Une tentative peu convaincante, cela va sans dire, d’autant que sa créature nous avait toujours été présentée jusque-là comme un monstre éminemment mauvais, terré dans l’ombre. De manière générale on sent en fait un gros relâchement au niveau du script, avec ce changement d’optique artificiel mais aussi avec les inutiles rôles des pères, l’affrontement avorté entre les deux potes d’enfance…

L’ensemble reste alors plutôt divertissant et prenant grâce à l’excellent casting de jeunes comédiens (l’amourette entre Alice et Joe est même assez touchante) mais malgré les efforts de Abrams pour faire de Super 8 un film de Spielberg qu’on aurait oublié, l’élève est très loin d’égaler le talent et la cohérence du maître.

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Critique ciné : Cars 2

29 août, 2011

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Trônant au sommet de tous les championnats de son circuit, Flash McQueen accepte de participer à une compétition mondiale organisée pour promouvoir un carburant alternatif et non-polluant et emmène avec lui tous ses amis, dont le gaffeur Martin. Suite à un quiproquo, ce dernier est pris par les services secrets anglais pour un agent américain infiltré dans la course et se retrouve alors embarqué dans une dangereuse mission pour déjouer un complot visant à discréditer le carburant écolo

« Le Diable est entré chez Pixar »

Bien que nous n’en attendions pas grand chose, le premier Cars se révéla être une excellente surprise et, plus encore, incarnait le mieux la capacité de Pixar à transformer en or tout ce qu’ils touchent. Avec sa suite pourtant, et bien que le studio nous ait livré la monstrueuse trilogie Toy Story (prouvant qu’il peut faire des suites valant le coup), on sentait que quelque chose n’allait pas, les problèmes de production et le retour en catastrophe de Lasseter aux commandes y étant pour beaucoup. Et nous ne nous y sommes pas trompés : dès le court-métrage en ouverture, une récupération purement mercantile de leurs jouets-stars, il est clair que la rupture va être sévère avec les critères d’excellence auxquels nous étions habitués. Le Diable est entré chez Pixar, et ses manières ressemblent beaucoup à celles du grand frère Disney.

Avec Cars 2, nous sommes en effet très proches de la logique des suites au rabais du studio aux grandes oreilles. Ainsi, et parce qu’il était en fin de compte plus populaire que le personnage principal, c’est le sidekick Martin qu’on a projeté sur le devant de la scène cette fois-ci. Mauvaise idée. Car si son rôle de bouffon fonctionnait tant qu’il restait au second plan, il n’en va pas de même quand on doit se le coltiner tout au long du métrage. Il est alors vrai qu’il faut forcer le trait pour servir sa problématique mais puisque celle-ci est sans saveur ni finesse, le remorqueur cabossé ne peut se dépêtrer de la lourdeur de ses gags. Un comble pour Pixar. Et l’écriture ciselée caractéristique du studio devient un souvenir encore plus lointain lorsqu’on constate que la mise en avant du personnage contraint le récit à une double intrigue qui s’auto-annule, avec d’une part un championnat dont tout le monde se fout – les créateurs du film encore plus que les spectateurs à l’évidence – et de l’autre une parodie de films d’espionnage à pleurer de nullité, surtout quand on se remémore comment ils avaient pu revisiter les comic-book movies avec Les Indestructibles.

Ultra-convenu de par son ressort narratif vu mille fois ailleurs et en mieux, Cars 2 possède bien alors quelques scènes d’action assez réussies et une 3D plutôt jolie mais cela ne peut camoufler la fainéantise ayant présidé à sa création, la facilité pour laquelle Lasseter & co ont opté (il n’y a qu’à voir comment leur « tour du monde » se résume à aligner des clichés). On pourrait toujours expliquer cette débâcle par les difficultés rencontrées lors de la production sauf que Toy Story 2 et 3 ont également été enfantés dans la douleur, et pour un résultat autrement plus brillant. Non, définitivement, l’ombre de Disney semble avoir recouvert l’oasis de Pixar. Et les premiers bruits concernant un Toy Story 4 ne font que renforcer cette impression…

Pas drôle, pas émouvant, il n’y en aura en fait qu’un pour se réjouir de la sortie de Cars 2 : 1001 pattes, qui n’est officiellement plus le vilain petit canard du studio !

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Critique ciné : One Piece – Strong World

27 août, 2011

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Peu de temps après leur victoire à Thriller Bark, Monkey D. Luffy et ses compagnons croisent sur la Route de tous les périls Shiki le Lion d’or, un légendaire pirate volant. Apprenant que leurs îles natales d’East Blue courent un grand danger, ils acceptent sa proposition de les conduire jusque là-bas par la voie des airs mais à la place c’est à Strong World, son royaume, qu’il les emmène, kidnappant Nami par la même occasion. Lâché sur un archipel d’îles célestes peuplées de féroces créatures, l’équipage de Chapeau de paille n’a alors plus d’autre choix que d’affronter un corsaire qui en son temps rivalisait avec le légendaire Gol D. Roger

« Du fan-service plus appliqué que la moyenne »

Pensées en pur terme de merchandising, les adaptations de manga ne rendent que rarement honneur à leur matériau d’origine. Qu’il s’agisse de série, d’OAV ou de long-métrage, production à l’économie et champ-libre laissé à des artistes-mercenaires tirent en effet le niveau par le bas et One Piece, malgré son monstrueux succès, ne fait pas mieux que les autres. Alors quand pour les dix ans de la série animée, et à l’occasion du dixième film, le mangaka Eiichirô Oda vient en personne chapeauter une adaptation de son bébé, il y a tout lieu d’espérer que celle-ci sache enfin se hisser à la hauteur de son modèle.

Las, cette participation inespérée du génial Oda ne porte pas les fruits (du démon) attendus et One Piece – Strong World, bien que faisant preuve d’une nette amélioration comparé à ses prédécesseurs (à sortir en DVD et Blu-ray dès la rentrée au rythme d’un tous les quatre mois), continue d’arborer les écueils propres à ce genre de productions. Les moments de bravoure visuelle côtoient ainsi des segments d’animation beaucoup plus feignants (certains personnages en arrière-plan piquent vraiment les yeux) et une intégration pas toujours heureuse des images de synthèse mais surtout, le plus regrettable, c’est que l’intrigue ne fonctionne encore une fois qu’en vase-clos. Des efforts avaient pourtant été faits pour la relier à la trame du manga avec l’utilisation en méchant de Shiki le Lion d’or, présent dans la mythologie sur papier, or il est clair que Oda est incapable de pousser cette filiation aussi loin que nous le voudrions. On peut d’ailleurs se demander si tel était vraiment son but lorsqu’on voit d’une part les nouveaux – discutables – costumes qu’il a dessinés tout spécialement pour cette aventure, lesquels ruinent d’emblée toute idée de continuité, et d’autre part quand on comprend que tout ça n’apportera finalement rien à la trame-mère (le dilemme de Nami au coeur de Strong World est même redondant avec celui de l’arc narratif de Arlong Park).

Pour autant, étonnamment, cette autonomie ne rend pas le film beaucoup plus accessible aux non-initiés de One Piece. Pas de réelle introduction, caractérisation des personnages inexistante : une connaissance préalable de l’oeuvre originale est requise pour apprécier au mieux Strong World, sans quoi il faudra se contenter de son rythme trépidant qui recèle quelques moments aussi électrisants que ceux rencontrés dans le manga (l’arrivée de l’équipage en costards, la colère de Luffy lors du duel final…). Malgré la présence de Eiichirô Oda à son générique, qui se ressent pour beaucoup dans l’irruption tant attendue de son inimitable humour, One Piece – Strong World ne peut donc prétendre à être chose que du fan-service plus appliqué que la moyenne, qui s’assume comme tel (voir les tenues TRES sexy des femmes de l’équipage et la façon qu’a le réalisateur de cadrer régulièrement dessus). Encore une fois le manga reste intouchable, mais peut-être est-ce trop demander vu ses incroyables qualités ?

(retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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