Critique ciné : Le Sang des Templiers

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Angleterre, 13e siècle après Jésus Christ. Privé d’une grande partie de ses pouvoirs après que la rébellion des barons l’ait obligé à signer la Magna Carta, une charte garantissant la liberté individuelle, le roi Jean sans terre tente de reconsolider son emprise sur le royaume en attaquant les baronnies à la tête d’une armée de barbares. Pour lui barrer la route, le Templier Marshall et un petit groupe d’hommes prennent alors position au château de Rochester, place forte et point stratégique pour le contrôle du pays. Un terrible siège s’engage

« La passion du réalisateur pour cette époque est aussi évidente que son envie de la capturer fidèlement sur pellicule »

Les téléfilms Syfy et affiliés étant ce qu’ils sont, nous avons d’ordinaire tendance à considérer leurs réalisateurs comme des tacherons anonymes desquels il n’y a rien à attendre (il faut dire aussi qu’ils ne font pas grand chose pour nous prouver le contraire). Sans être non plus totalement affilié à cette catégorie, nous aurions alors été tentés malgré tout d’y classer un Jonathan English dont le principal fait de gloire est un Minotaur de triste mémoire, diffusé en son temps – et rediffusé à foison depuis – sur les chaînes câblées. Or, riche de 25 millions de dollars réunis hors du système des studios, ce passionné d’histoire démontre avec Le Sang des Templiers que nos préjugés ne sont parfois pas aussi fiables qu’on le croirait. Et une leçon (d’histoire), une !

Loin de l’aspect cheap des productions destinées au petit écran, English livre donc avec son dernier effort un film historique des plus convaincants dans sa reconstitution du Moyen Age, qui ne sent jamais le toc ou le carton-pâte. Son budget « confortable » – en tout cas comparé à ce qu’il avait connu jusque-là – en est bien sûr un des facteurs explicatifs sans être le seul, car la passion du réalisateur pour cette époque est au moins aussi évidente que son envie de la capturer le plus fidèlement possible sur pellicule. Joliment esthétique par moment mais surtout réaliste et documenté (les détails étonnants ne manquent pas), Le Sang des Templiers emprunte en plus à Il faut sauver le soldat Ryan sa réalisation documentaire pour les scènes de bataille – avec une similaire représentation crue des dégâts physiques provoqués par les combats – et nous plonge efficacement dans leur recréation, malgré quelques zooms anachroniques et cet habituelle impression de bordel à l’écran. English n’en oublie pas pour autant d’être ludique et calque son récit historique sur un schéma ayant fait ses preuves, celui des Sept samouraïs, avec la constitution d’un groupe de rebelles charismatiques, pour beaucoup effectif grâce à l’excellent casting. Il faut en effet reconnaître que le réalisateur sait s’entourer (Minotaur réunissait déjà Tom Hardy, Tony Todd et Rutger Hauer, excusez du peu) entre les valeurs sûres (Paul Giamatti, Brian Cox, Charles Dance, Derek Jacobi), ceux qu’on a toujours plaisir à retrouver (James Purefoy, Jason Flemyng, Mackenzie Crook ou encore Vladimir Kulich, le Buliwyf du 13ème guerrier !) et la grâce d’une Kate Mara comme révélée.

On dénote alors bien une petite longueur en son milieu – difficile de faire autrement dans le genre du film de siège – avec l’amour naissant entre Marshall et Dame Isabel, qui tourne en rond pendant un moment, mais celui-ci n’en illustre que mieux un des principaux thèmes du film, à savoir le poids de la foi et comment elle peut nous enfermer dans un raisonnement rigide. A ce sujet le titre en VO (Ironclad, que l’on peut traduire par « cuirassé » mais également « inflexible ») était bien plus approprié que le français, sans aucun sens. Il évoquait directement la dualité entre deux des personnages principaux, Marshall et Jean sans terre, puisque la remise en cause progressive du Templier – inspirée par le doute et l’amour – contraste avec la confiance aveugle qu’a le roi dans le divin et qui le conduira à sa perte. Mais en dépit de cette intéressante thématique, Le Sang des Templiers donne le sentiment de manquer d’un peu de personnalité, d’être avant tout une leçon d’histoire mise en images avec beaucoup d’application (ce qui ne vaut pas tellement pour le climax, qui ose davantage la dramatisation). Il n’empêche, nous n’en aurions jamais attendu autant de la part de English et de la même manière qu’il libère son héros des certitudes rétrogrades de son temps, il nous force donc à réviser nos idées pré-conçues sur tout un pan de la profession des réalisateurs. Merci monsieur le professeur.

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Une Réponse à “Critique ciné : Le Sang des Templiers”

  1. tiniere karine dit :

    j ai adoré ce film de belles scènes de combat une belle épopée un film digne des grands comme ceux de Riddley Scott

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