Archive pour juillet, 2011

Critique ciné : Le Sang des Templiers

24 juillet, 2011

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Angleterre, 13e siècle après Jésus Christ. Privé d’une grande partie de ses pouvoirs après que la rébellion des barons l’ait obligé à signer la Magna Carta, une charte garantissant la liberté individuelle, le roi Jean sans terre tente de reconsolider son emprise sur le royaume en attaquant les baronnies à la tête d’une armée de barbares. Pour lui barrer la route, le Templier Marshall et un petit groupe d’hommes prennent alors position au château de Rochester, place forte et point stratégique pour le contrôle du pays. Un terrible siège s’engage

« La passion du réalisateur pour cette époque est aussi évidente que son envie de la capturer fidèlement sur pellicule »

Les téléfilms Syfy et affiliés étant ce qu’ils sont, nous avons d’ordinaire tendance à considérer leurs réalisateurs comme des tacherons anonymes desquels il n’y a rien à attendre (il faut dire aussi qu’ils ne font pas grand chose pour nous prouver le contraire). Sans être non plus totalement affilié à cette catégorie, nous aurions alors été tentés malgré tout d’y classer un Jonathan English dont le principal fait de gloire est un Minotaur de triste mémoire, diffusé en son temps – et rediffusé à foison depuis – sur les chaînes câblées. Or, riche de 25 millions de dollars réunis hors du système des studios, ce passionné d’histoire démontre avec Le Sang des Templiers que nos préjugés ne sont parfois pas aussi fiables qu’on le croirait. Et une leçon (d’histoire), une !

Loin de l’aspect cheap des productions destinées au petit écran, English livre donc avec son dernier effort un film historique des plus convaincants dans sa reconstitution du Moyen Age, qui ne sent jamais le toc ou le carton-pâte. Son budget « confortable » – en tout cas comparé à ce qu’il avait connu jusque-là – en est bien sûr un des facteurs explicatifs sans être le seul, car la passion du réalisateur pour cette époque est au moins aussi évidente que son envie de la capturer le plus fidèlement possible sur pellicule. Joliment esthétique par moment mais surtout réaliste et documenté (les détails étonnants ne manquent pas), Le Sang des Templiers emprunte en plus à Il faut sauver le soldat Ryan sa réalisation documentaire pour les scènes de bataille – avec une similaire représentation crue des dégâts physiques provoqués par les combats – et nous plonge efficacement dans leur recréation, malgré quelques zooms anachroniques et cet habituelle impression de bordel à l’écran. English n’en oublie pas pour autant d’être ludique et calque son récit historique sur un schéma ayant fait ses preuves, celui des Sept samouraïs, avec la constitution d’un groupe de rebelles charismatiques, pour beaucoup effectif grâce à l’excellent casting. Il faut en effet reconnaître que le réalisateur sait s’entourer (Minotaur réunissait déjà Tom Hardy, Tony Todd et Rutger Hauer, excusez du peu) entre les valeurs sûres (Paul Giamatti, Brian Cox, Charles Dance, Derek Jacobi), ceux qu’on a toujours plaisir à retrouver (James Purefoy, Jason Flemyng, Mackenzie Crook ou encore Vladimir Kulich, le Buliwyf du 13ème guerrier !) et la grâce d’une Kate Mara comme révélée.

On dénote alors bien une petite longueur en son milieu – difficile de faire autrement dans le genre du film de siège – avec l’amour naissant entre Marshall et Dame Isabel, qui tourne en rond pendant un moment, mais celui-ci n’en illustre que mieux un des principaux thèmes du film, à savoir le poids de la foi et comment elle peut nous enfermer dans un raisonnement rigide. A ce sujet le titre en VO (Ironclad, que l’on peut traduire par « cuirassé » mais également « inflexible ») était bien plus approprié que le français, sans aucun sens. Il évoquait directement la dualité entre deux des personnages principaux, Marshall et Jean sans terre, puisque la remise en cause progressive du Templier – inspirée par le doute et l’amour – contraste avec la confiance aveugle qu’a le roi dans le divin et qui le conduira à sa perte. Mais en dépit de cette intéressante thématique, Le Sang des Templiers donne le sentiment de manquer d’un peu de personnalité, d’être avant tout une leçon d’histoire mise en images avec beaucoup d’application (ce qui ne vaut pas tellement pour le climax, qui ose davantage la dramatisation). Il n’empêche, nous n’en aurions jamais attendu autant de la part de English et de la même manière qu’il libère son héros des certitudes rétrogrades de son temps, il nous force donc à réviser nos idées pré-conçues sur tout un pan de la profession des réalisateurs. Merci monsieur le professeur.

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Critique ciné : Case départ

23 juillet, 2011

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L’un prend l’excuse du racisme pour justifier l’échec de sa vie, l’autre s’est intégré au point de renier ses origines noires. Ces deux demi-frères qui ne se sont pas vus depuis vingt ans sont un jour appelés aux Antilles, au chevet de leur père mourant qu’ils n’ont quasiment pas connu, et obtiennent en héritage l’acte d’affranchissement de leurs ancêtres. N’en comprenant toutefois pas la valeur, ils déchirent le papier et se retrouvent alors projetés en 1780, à l’époque de l’esclavagisme. Il est temps pour eux d’apprendre une ou deux leçons

« Bienvenue chez les esclavagistes »

Révélés par le biais du Jamel Comedy Club, Fabrice Eboué et Thomas Ngijol comptent parmi le devant de file de la jeune garde de l’humour français et, en cela, le cinéma est la prochaine étape logique de leur carrière. Mais plutôt que de continuer à cumuler les seconds rôles, les deux comiques ont décidé d’unir leurs talents pour concrétiser leur propre projet, Case départ, qu’ils ont scénarisé avec l’aide de Jérôme L’hotsky (Grégoire Moulin contre l’humanité) et réalisé avec celle de Lionel Steketee (assistant-réalisateur sur Le Pacte des loups, Fatal…). Il n’empêche, il s’agit bien de leur film. Ou c’est en tout cas ainsi qu’on nous le vend, et nous nous attendions par conséquent à ce qu’il soit aussi frondeur que leur humour. Toutefois, si Eboué et Ngijol ont effectivement des choses à dire et des blagues à faire, ils semblent un peu intimidés par cette nouvelle responsabilité…

En fait, ce qu’on pourra regretter, c’est que le duo ne cherche pas davantage à faire du neuf dans le paysage de la comédie française, compilant au contraire des éléments de quelques-uns de ses grands succès : la réunion de demis-frères qui ne se connaissent pas comme dans Les Trois frères des Inconnus, le voyage temporel à la François 1er ou Les Visiteurs… Des références qui ne vampirisent pas Case départ mais qui ne l’aident pas non plus à se démarquer. Son message antiraciste dans un contexte fantastique, postulat ô combien séduisant, peut-il alors le faire ? Hé bien pas franchement car lorsqu’on y regarde de plus près, le film ne fonctionne pour beaucoup que sur une confrontation de cultures très proche de ce que l’on a pu voir – et beaucoup décrier – dans le cinéma de Dany Boon. Il y a évidemment le choc temporel, plus similaire à ce qu’on pouvait découvrir lorsque Fernandel se retrouvait projeté au 16ème siècle, mais cela n’est en réalité qu’un prétexte à une multitude de commentaires raciaux et sociaux flirtant bien souvent avec le cliché. Du Dany Boon, quoi. Le plus surprenant étant que ce qui aurait dû normalement mener à un classique final « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », moralisateur un minimum, aboutit à la place à une certaine légitimation du racisme ordinaire en une courte scène avec un asiatique… exactement comme dans Rien à déclarer ! Lucide (tristement), mais peu glorieux. A croire qu’il s’agit d’un combat perdu d’avance pour nos humoristes, qui en ont définitivement fait leur fond de commerce.

Il serait néanmoins injuste de réduire Case départ à un pamphlet raciste (faut pas déconner non plus) car malgré ses erreurs et ses incohérences, on sent toute la bonne volonté qui a présidé à sa création, le besoin d’illustrer un message clairement tombé en désuétude chez nous comme en attestent les dernières années de la politique française. Chacun prendra alors la chose comme il le veut mais ce qui est beaucoup plus probable, c’est que tous devraient trouver de quoi se dérider un brin grâce à Thomas Ngijol et Fabrice Eboué, dans des rôles sur-mesure où ils peuvent laisser s’exprimer leur fibre comique (à noter toutefois que la majorité des meilleurs gags était dévoilée dans l’excellente bande-annonce). C’est déjà pas si mal pour leur première vraie aventure au cinéma, et ça fera une première partie de soirée plus potable que d’ordinaire pour TF1.

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Critique ciné : Harry Potter et les reliques de la mort – partie 2

16 juillet, 2011

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Endeuillés mais plus déterminés que jamais, Harry, Ron et Hermione se remettent en quête des horcruxes, les fragments de son âme que Voldemort a caché dans divers réceptacles. Une mission qui les ramènera jusqu’à une école de Poudlard désormais occupée par les manges-morts et les détraqueurs, futur lieu d’une terrible et ultime bataille où les sacrifices seront nombreux

« L’émerveillement des premiers pas à l’école des sorciers laisse la place à une nostalgie estomaquante »

Voilà, nous y sommes enfin. Commencée il y a maintenant dix ans, la saga ciné Harry Potter prend fin avec la sortie en salles de la deuxième partie des Reliques de la mort, spécialement attendue après une première moitié ayant laissé le champ libre à un final dantesque en s’occupant de la plus grosse partie du bouquin. Plutôt donc que de sortir les mouchoirs à l’occasion de ces adieux déchirants, nous espérions du nouveau film de David Yates qu’il explose tous les précédents en matière d’action et de spectacle. Qu’il soit un véritable bouquet final pour le feu d’artifice que fut la série de huit longs-métrages. Et il l’est assurément, ça pas de problème. Mais ce à quoi nous ne nous attendions pas forcément, c’est la puissance émotionnelle avec laquelle nous allions être entraînés dans cet ultime combat entre le Bien et le Mal.

Pour cela, il faut néanmoins accepter le fait que ce film est bien une seconde partie et non une suite car si la narration au cordeau était auparavant une donnée importante chez ses prédécesseurs, elle atteint ici des sommets… sans pour autant ruiner la force dramatique des événements. On l’a dit, une grande partie des enjeux ont en effet déjà été posés par Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1 mais plus encore, ce qui permet cette célérité sans perte d’efficacité, ce sont les choix scénaristiques effectués sur les précédents opus et qui firent tant râler. Tout ce qui avait trait aux relations entre les personnages et qui prenait parfois le pas sur l’intrigue à proprement parler. Un mal pour un bien lorsqu’on constate comment le film peut cette fois faire l’inverse, enchaînant les morceaux de bravoure et les scènes cruciales avec un abattement n’ayant pas à rougir face à celui d’un Transformers 3, le coeur en plus. Les personnages ont alors beau comme apparaître et disparaître autour du trio des héros, certains éléments être trop peu exploités (en particulier les « troupes annexes » durant la bataille finale), la chasse aux horcruxes et l’ombre grandissante du climax apocalyptique suffisent amplement à nous prendre aux tripes sans nous arrêter aux concessions. Pas si nombreuses que ça d’ailleurs puisque malgré sa durée – la plus courte de la saga – le film retranscrit scrupuleusement tous les moments importants de cette section du roman, afin de clore l’aventure de chacun et répondre à toutes les questions.

Tout ça sans mettre donc de côté l’action, dispensée avec générosité et démesure comme nous étions en droit de l’attendre. Après tout, depuis la lecture du livre, nous bavions sur cette bataille finale plus que sur toute autre chose, et la destruction de masse qui y préside saura contenter les plus gourmands d’entre nous (attention toutefois : la 3D a tendance à rendre trop sombres les plans larges avec de nombreuses troupes à l’écran). Or, la surprise du chef, c’est que David Yates continue de nous surprendre en dépit des qualités évidentes dont il a fait montre dans ses précédents chapitres, en articulant son dernier Harry Potter autour de séquences absolument fabuleuses et pas forcément pyrotechniques, à filer d’inoubliables frissons aux fans du sorcier à lunettes (la préparation à la bataille de Poudlard est sans conteste le moment de cinéma le plus puissant de toute la saga). L’intelligence de celles-ci étant de mettre l’emphase sur les retrouvailles et réapparitions – même brèves – avec tous les visages connus de la saga, nous faisant passer par le même flots d’émotions que Potter (à nous aussi, ils nous manquaient terriblement) et ressentir une profonde exaltation envers ce baroud d’honneur. La magie et l’émerveillement de ses premiers pas – et par conséquent des nôtres – à l’école des sorciers laissent ainsi la place à une nostalgie estomaquante, parfaite clôture à cet épique voyage d’une décennie.

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Les femmes dans le cinéma d’horreur

8 juillet, 2011

Pour rendre service à ma rédactrice en chef (je suis décidément trop gentil), j’ai accepté de faire d’une semaine pour l’autre un dossier sur les femmes dans le cinéma d’horreur et fantastique, afin d’accompagner la sortie en salles de Derrière les murs avec Laetitia Casta nue dans son bain et en 3D (cool !). Résultat : en quatre jours – nouveau record personnel – j’avais pondu ce petit papier où l’on survole les grands archétypes de la femme dans ces films, à grand renfort de psychologie de comptoir et de galanterie appuyée (je repensais à chaque fois à la blague de Omar & Fred « t’as envie de niquer, toi » mais je ne pouvais pas non plus me mettre à dos le lectorat féminin).

Sur ce, bonne lecture et bonnes vacances !

LES FEMMES FACE A L’HORREUR

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