Critique ciné : The Prodigies

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Enfant surdoué possédant un étrange pouvoir qu’il ne contrôle pas, Jimbo est interné dans un hôpital psychiatrique après qu’on l’ait retrouvé en train de lire avec ses parents morts juste à côté. C’est là qu’il fait la rencontre de Killian, un milliardaire philanthrope connaissant son secret et bien décidé à lui enseigner comment le maîtriser au sein de sa fondation. Des années plus tard, Jimbo, devenu un adulte parfaitement équilibré, reprend le flambeau de son mentor et découvre la trace de cinq gamins présentant les mêmes particularités que lui. Aussitôt réunis, ces « enfants rois » trouvent alors une nouvelle force pour faire face à leur vie difficile. Mais le Monde est-il prêt à accepter leur existence ? Et surtout, eux sont-ils prêts à l’accepter lui ?

« La rencontre de la mythologie X-Men avec les gamins meurtriers du lycée Columbine »

Réputée pour son excellence et son caractère novateur (hé ouais, on se la pète), l’animation française n’en est pas moins soumise aux mêmes diktats qu’ailleurs et bien souvent, un long-métrage animé ne peut se faire s’il ne s’adresse pas au moins un minimum aux enfants. Alors quand débarque un projet comme The Prodigies, clairement destiné aux plus vieux au point qu’il récolte une interdiction aux moins de 12 ans, on a forcément envie de voir ce que donne le résultat. Et quand en plus on sait combien il fut dur pour lui de parvenir jusqu’à nous, on se fait alors un devoir de découvrir ce qui a valu que certains se battent tant afin de le mettre au monde.

De France en Inde

The Prodigies a ainsi bien failli ne jamais voir le jour, sa production ayant été brutalement stoppée lorsque la société chargée des images de synthèse – avant même d’avoir commencé à bosser dessus – mit la clé sous la porte. Galérant à remonter un budget (vous remarquerez la notable présence de placements de produit), les créateurs durent se résoudre à faire faire le boulot en Inde, un peu au rabais. Et si l’on vous en parle c’est parce que ça s’en ressent grandement sur le visuel du film, son rendu, qui en premier lieu ne parvient pas souvent à rendre naturelle la Motion Capture des personnages. D’où l’impression de « désincarné » qu’on a beaucoup reprochée au film, encore aggravée par des textures spécialement pauvres accusant un sérieux retard sur la concurrence. Budget réduit, on le répète. Le réalisateur Antoine Charreyron et son concepteur visuel Viktor Antonov ont alors beau prétendre avoir recherché ce look épuré, et on les croit d’autant plus qu’ils reconnaissent honnêtement les défauts techniques, il n’en reste pas moins qu’on a parfois la décevante impression d’être face à un épisode de la série Skyland. Pas étonnant puisque ses créateurs (Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, au scénario) et l’un de ses studios (Luxanimation) sont de la partie. Mais même s’ils avaient fait un boulot fort appréciable pour les matinées animées de la téloche, nous en attendions beaucoup plus d’un long-métrage ciné, surtout avec un tel potentiel. Néanmoins, on se fait facilement une raison car The Prodigies nous rappelle aussi une autre expérience animée française, déjà beaucoup plus convaincante : Renaissance.

For mature audiences only

Car comme le film de Christian Volckman (avec encore de La Patellière et Matthieu Delaporte au scénario) sorti en 2006, The Prodigies s’adresse à un public bien plus mature que ce qui se fait d’ordinaire en animation, et il (le) fait bien. La réalisation ultra-chiadée de Charreyron nous fait ainsi très vite oublier les faiblesses de la technique grâce à ses éclairages contrastés, son dynamisme influencé par les comics et mangas et une excellente partition de Klaus Badelt qui porte l’ensemble, preuve que le talent parvient toujours à émerger du marasme financier. Et le meilleur dans tout ça est que cette fantastique réussite est au service d’un scénario jonglant avec des idées bien hard, où les terrifiants « enfants rois » à la Akira sont le fruit des travers de notre monde, en subissent les horreurs et y répondent en conséquence, avec une impitoyable fermeté que ne renieraient pas les mioches du Village des damnés. A réserver à un public mature, cette adaptation de La Nuit des enfants rois de Bernard Lenteric l’est assurément. Et bien qu’elle semble chercher son rythme entre quelques blancs scénaristiques (bordel, qu’est-ce que c’est que ces visions ?) et un faible nombre de scènes d’action (mais alors quand elles sont là… putain de dieu !), difficile de lui en vouloir tant son histoire se révèle à la fois passionnante et surprenante. The Prodigies, c’est d’une certaine façon la rencontre monstrueuse et désabusée de la mythologie X-Men avec – dans le rôle des mutants – les gamins meurtriers du lycée Columbine.

Malgré donc ses évidentes lacunes visuelles, son manque de finition au niveau de l’image de synthèse, The Prodigies est une initiative précieuse dans le paysage audiovisuel français. Une oeuvre forte, dénotant chez ses créateurs d’un talent et d’une envie de proposer autre chose qu’on ne peut qu’admirer. Puis encourager. Alors, en espérant que ce sera plus simple, allez-y les p’tits gars ! On attend avec impatience votre prochain effort !

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