Archive pour juin, 2011

Critique ciné : Transformers 3 – la face cachée de la Lune

29 juin, 2011

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En 1961, un vaisseau de guerre des Autobots s’est écrasé à la surface de la Lune avec à son bord une arme d’une force sans précédent, qui était censée apporter la victoire sur les cruels Décepticons. Mais aujourd’hui, alors que tout le monde avait oublié cette puissance de feu endormie, de mauvaises mains essayent de se l’accaparer. A charge pour Sam Witwicky et ses amis Transformers de protéger une nouvelle fois notre planète

« Michael Bay est allé très loin. Trop loin. »

Avec Transformers 2 : la revanche se dessinait une constante dans la carrière du réalisateur Michael Bay : comme le laissait déjà entendre Bad Boys 2, les suites sont pour lui l’occasion d’un pétage de plombs intégral avec une mise en application primaire de la règle du « bigger and louder« . Il est comme ça Michael, il aime les formules qui ont fait leurs preuves et les choses simples. Des grosses explosions, des militaires courageux, des jolies filles, des belles caisses… On connaît bien le bonhomme maintenant et malgré son retour à reculons sur la franchise Transformers pour ce troisième volet, il était sûr qu’il chercherait à aller encore plus loin. Oui, mais comment faire quand on s’est auparavant à ce point torché avec les limites du raisonnable ?

Hé bah on fait comme lui et on fait n’importe quoi, mais FRANCHEMENT n’importe quoi. Sans même revenir sur ses travers coutumiers, sa beauferie et son machisme desquels on peut souvent faire abstraction, il est ainsi consternant de voir à quel point il n’a ici strictement rien à péter de raconter une histoire. Il est vrai qu’on l’a un peu poussé au cul pour mettre en images cet épisode (lui ne l’envisageait pas avant l’année prochaine) et que le scénario de Ehren Kruger – bien que plus audacieux que d’ordinaire (le rapprochement avec la mission Appolo XI aurait pu être une bonne idée) – ne casse pas quatre pattes à un tripod, mais un je-m’en-foutisme dans de telles proportions reste inédit, même pour lui. C’est simple : pendant plus d’une heure et demie, Transformers 3 – la face cachée de la Lune est absolument incapable d’éveiller le moindre intérêt chez le spectateur, coincé entre des gags lourdingues au quinzième degré venant sans cesse contrebalancer la volonté sérieuse et adulte du film. Il est tout de même question d’une guerre dans ce film, celle de l’humanité contre les méchants Décepticons, au point qu’il en vient à citer les classiques type La Guerre des mondes en tuant à l’image de l’humain à tour de bras (une première dans la franchise). Mais rien n’y fait, on n’y croit pas et on s’en émeut encore moins. Parce que les acteurs ne savent jamais sur quel registre danser et s’en retrouvent unanimement mauvais (la nouvelle-venue Rosie Huntington-Whiteley réussit même l’exploit de nous faire regretter les « talents d’actrice » de Megan Fox) mais surtout parce que Bay se contente d’enchaîner les scènes à une cadence qui filerait des complexes à Transformers 2. Sans jamais les relier entre elles ni les introduire ou, tout simplement, poser une ambiance (voir comment nous sommes balancés au milieu d’une invasion bien entamée après un fondu au noir). On a ainsi l’impression qu’ils manquaient d’argent et de temps pour faire tous les SFX et qu’à la place, pour compenser, ils ont intégré de force toutes les scènes qui auraient normalement dû être coupées au montage.

Reste alors le morceau de bravoure du métrage, une monstrueuse bataille finale dans les rues de Chicago où Bay parvient enfin à filmer correctement ses robots géants (il était temps !) et livre un spectacle proprement démesuré, rendu encore plus efficace grâce à une 3D bien maîtrisée. En dépit toutefois de l’ampleur de cette séquence, des rafales d’explosions et cascades qu’on y croise, c’est incroyable à dire mais… on s’ennuie ferme. Ce qui a précédé nous a si peu impliqué dans l’intrigue, nous a tellement agacé, qu’on se fait véritablement chier devant l’une des plus grosses scènes d’action jamais vues sur un écran. Incroyable. On se rappellera alors que le deuxième chapitre, souffrant de défauts assez similaires, passait beaucoup mieux en vidéo qu’au cinéma, et on espère qu’il en ira de même avec ce Transformers 3 – la face cachée de la Lune. Mais rien n’est garanti car cette fois Michael Bay est allé très loin. Trop loin.

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Critique ciné : Omar m’a tuer

25 juin, 2011

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En juin 1991, madame Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa maison niçoise, l’inscription « Omar m’a tuer » à côté d’elle. Omar Raddad, son jardinier, est alors arrêté et condamné à dix-huit ans d’incarcération bien qu’il n’ait jamais cessé de clamer son innocence et que de nombreuses preuves le disculpaient. Mais tandis que le monde entier semble ligué contre lui, à l’extérieur certains font tout pour le libérer

« Le film revêt une importance qu’il ne faut pas sous-estimer »

Déjà passé derrière la caméra avec la comédie Mauvaise foi, Roschdy Zem suit aujourd’hui une voie plus proche de celle de Rachid Bouchareb (qui l’a récemment fait jouer dans Indigènes et Hors-la-loi) et revient sur la difficile relation de la France avec ses immigrés maghrébins, au travers d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 90. Omar m’a tuer ou l’affaire Omar Raddad, celle d’un jardinier accusé du meurtre de son employeuse et condamné pour cela alors que de très nombreux éléments prouvaient son innocence. Une histoire rendue encore plus douteuse de par la grâce présidentielle qui lui fut concédée sept ans plus tard… Encore une fois, il s’agit donc d’enfoncer les portes ouvertes tout en manipulant un sujet délicat, un exercice dont se sort relativement bien le réalisateur grâce à sa tempérance, sa manière d’étudier les faits et de ne s’en tenir qu’à eux (la réalisation relativement impersonnelle la plupart du temps participe d’ailleurs de cette volonté de témoin objectif). Sans chercher ainsi à pointer du doigt qui que ce soit, si ce n’est la justice française en tant qu’outil de ces puissants inconnus de l’ombre, il retranscrit à l’écran l’ensemble des contre-enquêtes concernant l’affaire et, point par point, démolit le discours de l’accusation. Un procédé qui pourrait sembler malhonnête dans son abattement si nous n’avions une TRES forte présomption de la véracité de son discours, et qui finalement n’en rend que plus prégnant le malaise d’une telle injustice.

D’autant que Roschdy Zem, sur tous les fronts de la création du film, ne joue pas franchement sur le misérabilisme ou le pathos, à l’exception peut-être des dernières minutes. Il s’attache davantage à multiplier les points de vue avec la double ligne temporelle (laquelle aère efficacement la narration), à montrer comment le manque d’intégration de Raddad lui a porté préjudice… En un mot : à être le plus honnête possible. Ramener ce drame sur-médiatisé à hauteur d’homme. Il est en cela grandement aidé par un Sami Bouajila toujours aussi juste et à fleur de peau, se fondant à ce point dans son rôle que lorsque que Omar Raddad est enfin libéré et retrouve sa famille, on ne peut pas ne pas ressentir un flot d’émotions contradictoires nous prendre à la gorge. C’est l’une des concessions faites à l’objectivité du film, mais c’est aussi grâce à ça qu’il fonctionne en tant que vraie oeuvre cinématographique.

On peut alors s’interroger sur la réelle utilité de Omar m’a tuer, parce qu’après tout nous étions déjà convaincu de son innocence, mais j’aimerais tout de même vous raconter ce qui s’est passé à la fin de notre séance : alors que les lumières se rallumaient et que le générique défilait, la jeune ouvreuse (fort sympathique au demeurant) vient nous voir et s’enquière de savoir si tout s’est bien passé, si le film nous a plu. Puis, le plus naturellement du monde, elle nous demande s’il s’agit d’une histoire vraie… et s’il est coupable ou non… Comme dit le poète « le passé s’efface plus vite qu’on ne l’écrit », et c’est pourquoi le film de Roschdy Zem revêt une importance qu’il ne faudrait pas sous-estimer.

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Guide Blu-ray du nouveau western américain

22 juin, 2011

Si vous êtes allés jeter un oeil à mon guide Blu-ray des univers virtuels, vous saurez très certainement à quoi vous attendre avec cette mouture consacrée au « nouveau western américain » que j’ai faite pour la sortie dans les bacs du True Grit des frangins Coen. Ou presque parce qu’après tout, qu’est-ce que le « nouveau western américain » ? Bah je sais pas trop non plus… disons que c’est tout ce que vous pourrez imaginer. Voilà, voilà…

Allez, bonne lecture et à bientôt pour un autre rendez-vous aussi approximatif !

GUIDE DU NOUVEAU WESTERN AMERICAIN EN BLU-RAY

Ces sales mômes qu’on adore… mais pourquoi ?

21 juin, 2011

Vous l’aurez certainement remarqué avec étonnement : à bêtises de hauteur égale, les sales mômes de cinéma ne provoquent pas chez nous la même réaction que les sales mômes bien réels. D’un côté ils nous font rire, en tout cas la plupart du temps ; de l’autre ils nous donnent des envies de mawashigari d’autant que ce délicat coup de pied retourné est grandement facilité par leur petite taille. Alors qu’est-ce qui se passe pour qu’un tel miracle s’accomplisse ? C’est ce que j’ai essayé de voir à l’occasion de la sortie de L’Elève Ducobu dans nos salles avec un dossier qui, je dois le dire, est loin de faire le tour de la question (une fois encore j’aurai dû me contenter d’un top 10).

Mais, hé, on y retrouve au moins le charme enfantin d’un vocabulaire limité et d’une indécision puérile, ce qui colle plutôt bien avec la thématique (oui, oui, c’est évidemment fait exprès…).

Allez, bonne lecture et à très vite pour de nouvelles bafouilles !

CES SALES MOMES QU’ON ADORE

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Critique ciné Kung Fu Panda 2

19 juin, 2011

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Désormais devenu le guerrier-dragon, Pô a pour mission de protéger la vallée et ses habitants de tous les bandits et voleurs qui peuvent y rôder. Mais lorsque le seigneur paon d’une ville lointaine revient pour mettre à exécution sa terrible vengeance contre la Chine, le panda le plus fort et gourmand des environs doit non seulement défendre ses concitoyens mais aussi le kung fu, menacé par un arsenal d’un nouvel âge. Un combat qui l’amènera à en découvrir davantage sur ses origines

« Toujours autant topissime ! »

Le premier ayant définitivement scellé la position de Dreamworks face au tout-puissant Pixar, le posant en leader de l’animation pour ados et geeks quand le partenaire de Disney vise toute la famille, Kung Fu Panda 2 se devait de perpétuer en beauté les très bonnes choses que nous a apporté le studio ces dernières années. Se justifier pleinement en tant que suite, aussi bien au niveau de l’intrigue que des scènes de combat (le plus gros point fort du précédent). Alors, Pô est-il devenu pour de bon un maître ?

Petit panda est devenu grand…

La plus grosse baffe que nous avait mis Kung Fu Panda à sa sortie tenait sans conteste à son visuel ultra-léché, animé par une direction artistique magnifique (la création d’une Chine fantasmagorique digne des contes de là-bas) et une réalisation détonante. On a beau avoir alors changé de capitaine aux commandes du film, le duo Osborne / Stevenson ayant cédé la place à Jennifer Yuh (réalisatrice sur l’excellente série animée Spawn), la continuité est assurée et tire même les choses vers le haut. D’une classe folle dans le premier film, les séquences « 2D » prennent ici une raison d’être supplémentaire en illustrant le mental du héros qui, cette fois, est clairement au centre de l’histoire (nous y reviendrons) ; mais ce sont surtout les scènes de fight qui nous intéressent, voir comment l’animation peut continuer de transcender un kung fu débarrassé des limites du tournage physique. Toujours aussi bien chorégraphiées et inventives, rehaussées même par un relief plutôt bien géré, ces séquences constituent ainsi à n’en point douter les grands moments du film et si elles peuvent paraître moins nombreuses que dans l’opus précédent, c’est surtout qu’elles sont désormais plus variées, ne fonctionnent plus seulement sur le modèle du duel. Elles peuvent être drôles (le dragon à la Claws of Steel) ou véritablement épiques (l’évasion de la tour qui s’écroule) et quand on en vient aux bons vieux duels, la pluie de riches idées les accompagnant assure un divertissement d’une qualité rare (le « combat musical » vaut son pesant de bambou).

… mais l’entraînement continue

Après il faut reconnaître que ce seyant emballage cache tout de même un peu de vide. Thématique on ne peut plus classique pour une suite, le retour sur les origines du héros doublé d’une remise en cause fonctionne relativement bien ici – ne serait-ce que parce que cela rabaisse son niveau et lui permet une nouvelle évolution après avoir déjà atteint le stade parfait dans Kung Fu Panda – mais son traitement est cependant beaucoup trop balisé et simpliste pour atteindre son plein potentiel, tout juste frôlé dans quelques scènes faisant parfois preuve d’une belle intensité. La réalisation et l’humour (sur lequel repose pour beaucoup notre attachement aux personnages) sont fort heureusement là pour contrebalancer ces faiblesses de l’écriture, qui ne s’arrêtent pas aux motivations du héros : on pourra également râler sur le fait que les cinq cyclones continuent de n’être que des faire-valoir, ou que le méchant aurait pu prétendre à une dimension toute autre (voir l’étonnant dialogue entre lui et la voyante vers la fin).

C’est là une des grandes différences entre Pixar et Dreamworks car là où la boîte de Lasseter a pensé ses suites comme une escalade émotionnelle et tout fait pour y parvenir (on verra toutefois ce qu’il en sera avec Cars 2), son principal concurrent ne les conçoit que dans la surenchère blockbusterienne. Une méthode qui paye pour les deuxièmes chapitres car Kung Fu Panda 2 s’avère être autant (si ce n’est plus) topissime que son prédécesseur, comme purent l’être en leur temps Shrek 2 ou Madagascar 2, mais cela se vérifierait-il encore avec un numéro 3 ? Bien sage serait celui capable d’y répondre…

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Il était une fois dans l’Ouest : les différents montages

19 juin, 2011

Peut-être l’ignorez-vous, en tout cas moi c’était le cas : Il était une fois dans l’Ouest, THE western de THE Sergio Leone, possède plusieurs montages. J’ai découvert ça avec la sortie Blu-ray du film, qui présente deux de ces versions (mais attention, il n’y a qu’une trentaine de secondes en plus), et j’ai donc décidé de faire un petit papier récapitulatif pour mieux s’y retrouver. Les meilleures sources sur le sujet étant en allemand j’ai dû bricoler un peu la chose (ma connaissance du germanique se limite aux formules de politesse et aux aboiements des nazis dans les films) mais je pense que ça reste pas mal intéressant, surtout si comme moi vous n’aviez pas écouté le commentaire audio du DVD collector.

Sur ce, auf wiedersehen !

IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST : UN CLASSIQUE, PLUSIEURS VERSIONS

Guide Blu-ray des univers virtuels

19 juin, 2011

Vous venez de vous goinfrer Tron – l’héritage en HD et pour faire bonne mesure son prédécesseur dans la foulée mais désormais, en manque, vous désirez plus que jamais vous perdre dans les univers virtuels ? Pourquoi pas, après tout c’est votre droit. Mais pas la peine alors de chercher à transférer votre âme sur le net (on vous a vu, vous êtes ridicules quand vous faites ça) car j’ai préparé une sélection Blu-ray de ces avatars numériques de Alice au pays des merveilles, un guide pour savoir ce qui est disponible ou non, où on peut trouver son bonheur… De quoi vous inspirer si la maîtrise de Google n’est pas votre fort, en somme !

Au passage, petit conseil : si Google vous est aussi inconnu que l’intégrité pour un politique, vous êtes bien mal parti pour déménager sur le réseau. Enfin bref, pour choisir votre destination virtuelle de rêve, c’est par ici que ça se passe !

UNIVERS VIRTUELS EN BLU-RAY

Critique ciné : The Prodigies

11 juin, 2011

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Enfant surdoué possédant un étrange pouvoir qu’il ne contrôle pas, Jimbo est interné dans un hôpital psychiatrique après qu’on l’ait retrouvé en train de lire avec ses parents morts juste à côté. C’est là qu’il fait la rencontre de Killian, un milliardaire philanthrope connaissant son secret et bien décidé à lui enseigner comment le maîtriser au sein de sa fondation. Des années plus tard, Jimbo, devenu un adulte parfaitement équilibré, reprend le flambeau de son mentor et découvre la trace de cinq gamins présentant les mêmes particularités que lui. Aussitôt réunis, ces « enfants rois » trouvent alors une nouvelle force pour faire face à leur vie difficile. Mais le Monde est-il prêt à accepter leur existence ? Et surtout, eux sont-ils prêts à l’accepter lui ?

« La rencontre de la mythologie X-Men avec les gamins meurtriers du lycée Columbine »

Réputée pour son excellence et son caractère novateur (hé ouais, on se la pète), l’animation française n’en est pas moins soumise aux mêmes diktats qu’ailleurs et bien souvent, un long-métrage animé ne peut se faire s’il ne s’adresse pas au moins un minimum aux enfants. Alors quand débarque un projet comme The Prodigies, clairement destiné aux plus vieux au point qu’il récolte une interdiction aux moins de 12 ans, on a forcément envie de voir ce que donne le résultat. Et quand en plus on sait combien il fut dur pour lui de parvenir jusqu’à nous, on se fait alors un devoir de découvrir ce qui a valu que certains se battent tant afin de le mettre au monde.

De France en Inde

The Prodigies a ainsi bien failli ne jamais voir le jour, sa production ayant été brutalement stoppée lorsque la société chargée des images de synthèse – avant même d’avoir commencé à bosser dessus – mit la clé sous la porte. Galérant à remonter un budget (vous remarquerez la notable présence de placements de produit), les créateurs durent se résoudre à faire faire le boulot en Inde, un peu au rabais. Et si l’on vous en parle c’est parce que ça s’en ressent grandement sur le visuel du film, son rendu, qui en premier lieu ne parvient pas souvent à rendre naturelle la Motion Capture des personnages. D’où l’impression de « désincarné » qu’on a beaucoup reprochée au film, encore aggravée par des textures spécialement pauvres accusant un sérieux retard sur la concurrence. Budget réduit, on le répète. Le réalisateur Antoine Charreyron et son concepteur visuel Viktor Antonov ont alors beau prétendre avoir recherché ce look épuré, et on les croit d’autant plus qu’ils reconnaissent honnêtement les défauts techniques, il n’en reste pas moins qu’on a parfois la décevante impression d’être face à un épisode de la série Skyland. Pas étonnant puisque ses créateurs (Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, au scénario) et l’un de ses studios (Luxanimation) sont de la partie. Mais même s’ils avaient fait un boulot fort appréciable pour les matinées animées de la téloche, nous en attendions beaucoup plus d’un long-métrage ciné, surtout avec un tel potentiel. Néanmoins, on se fait facilement une raison car The Prodigies nous rappelle aussi une autre expérience animée française, déjà beaucoup plus convaincante : Renaissance.

For mature audiences only

Car comme le film de Christian Volckman (avec encore de La Patellière et Matthieu Delaporte au scénario) sorti en 2006, The Prodigies s’adresse à un public bien plus mature que ce qui se fait d’ordinaire en animation, et il (le) fait bien. La réalisation ultra-chiadée de Charreyron nous fait ainsi très vite oublier les faiblesses de la technique grâce à ses éclairages contrastés, son dynamisme influencé par les comics et mangas et une excellente partition de Klaus Badelt qui porte l’ensemble, preuve que le talent parvient toujours à émerger du marasme financier. Et le meilleur dans tout ça est que cette fantastique réussite est au service d’un scénario jonglant avec des idées bien hard, où les terrifiants « enfants rois » à la Akira sont le fruit des travers de notre monde, en subissent les horreurs et y répondent en conséquence, avec une impitoyable fermeté que ne renieraient pas les mioches du Village des damnés. A réserver à un public mature, cette adaptation de La Nuit des enfants rois de Bernard Lenteric l’est assurément. Et bien qu’elle semble chercher son rythme entre quelques blancs scénaristiques (bordel, qu’est-ce que c’est que ces visions ?) et un faible nombre de scènes d’action (mais alors quand elles sont là… putain de dieu !), difficile de lui en vouloir tant son histoire se révèle à la fois passionnante et surprenante. The Prodigies, c’est d’une certaine façon la rencontre monstrueuse et désabusée de la mythologie X-Men avec – dans le rôle des mutants – les gamins meurtriers du lycée Columbine.

Malgré donc ses évidentes lacunes visuelles, son manque de finition au niveau de l’image de synthèse, The Prodigies est une initiative précieuse dans le paysage audiovisuel français. Une oeuvre forte, dénotant chez ses créateurs d’un talent et d’une envie de proposer autre chose qu’on ne peut qu’admirer. Puis encourager. Alors, en espérant que ce sera plus simple, allez-y les p’tits gars ! On attend avec impatience votre prochain effort !

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