Critique ciné : Le Complexe du castor

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En grave dépression depuis quelques temps, Walter n’est plus que l’ombre de l’homme qu’il était et s’est totalement déconnecté de sa vie professionnelle comme familiale, jusqu’au jour où sa femme – n’en pouvant plus – le met à la porte de leur foyer. Au bout du rouleau, sur le point de commettre l’irréparable, il tombe alors sur une marionnette de castor qu’il ne va plus quitter, au travers de laquelle il va reprendre le dessus sur la situation. Oui, mais de Walter et du castor, qui a le dessus sur l’autre ?

« Le film sait nous émouvoir malgré le risible de son point de départ »

Fraîchement présenté au festival de Cannes en sélection officielle, Le Complexe du castor (The Beaver en VO) arrive dans nos salles précédé du plaisir de retrouver Mel Gibson. Parce que même s’il y était toujours aussi bon, son grand retour devant la caméra dans Hors de contrôle s’était fait en demi-teinte, tempéré par un polar mou du genou. On espérait donc que le film de Jodie Foster rattraperait le coup et nous offrirait du grand Gibson, malgré le fait que son principal partenaire y soit une marionnette miteuse de castor. Un curieux postulat réclamant talent et intelligence pour ne pas tomber dans le grand n’importe quoi.

Le défi du castor

Parce que, disons-le franchement, l’idée de suivre un schizo parlant à sa main-castor dans un drame humain était un pari des plus casse-gueule, le rire pouvant facilement l’emporter sur le pathos. Le seul spectacle d’un homme adulte avec une créature au bout du bras a en effet quelque chose de risible (désolé Tatayet !) et le film ne peut alors éviter d’avoir recours à la comédie, heureusement sans se départir d’humanité (enfin on a tout de même droit au classique des ventriloques sur « la main dans le fondement »). On le doit d’abord à la performance d’un Mel Gibson double, dans le sens où il rend parfaitement crédible la coexistence de ses deux personnages mais également dans celui où il livre un vrai show d’acteur, traverse un rayon d’émotions allant du plus bas au plus haut. Charmeur et loque humaine, un portrait multiple renvoyant à l’image fracturée qu’on peut avoir de lui, sa vie privée / professionnelle, et qui confère à son (double-)rôle une réalité troublante pouvant dépasser le ridicule de la situation, se permettre même de verser dans une angoisse flirtant avec le cinéma d’horreur ou tout du moins le thriller.

Du bon sens

Bien qu’elle ait alors un peu trop tendance à citer involontairement Evil Dead 2 sur la fin (si, si), il ne faut pas oublier la place du tact et de l’intelligence de la réalisatrice Jodie Foster dans la réussite de l’entreprise (sans oublier qu’elle n’est pas mauvaise actrice non plus, pour ne rien gâcher). Elle approche son sujet avec une finesse qui passerait presque pour de l’effacement si ce n’étaient ces moments où l’on se rend compte combien sa réalisation l’épouse, l’accompagne sans jamais – ou presque – le laisser déraper. La mise en scène de Walter par rapport à sa marionnette n’est ainsi jamais anodine, elle révèle à quel point Jodie Foster est autant en mesure de dérider le public que de faire naître un malaise décalé mais bien réel. Faire de la comédie-dramatique en somme, avec un ton doux-amer relativement lucide par l’entremise duquel nous évitons plus ou moins les conclusions trop hâtives, les grosses ficelles du mélodrame. « Plus ou moins » car en voulant aussi étudier les effets de la dépression sur l’entourage du malade, la réalisatrice laisse de la place au fils aîné pour une intrigue secondaire un chouïa trop fleur bleue pour être crédible, dont le seul intérêt est de prouver une nouvelle fois que Anton Yelchin (Terminator Renaissance) est promis à un bel avenir.

Hormis cela, on ne peut donc que saluer un long-métrage sachant nous émouvoir malgré le grotesque de son point de départ, porté devant et derrière la caméra par la rencontre de deux immenses talents du cinéma hollywoodien. On n’en attendait pas moins d’eux, mais il faut avouer que ça fait toujours du bien de ne pas voir ses attentes déçues.

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Une Réponse à “Critique ciné : Le Complexe du castor”

  1. Vincent dit :

    C’est incontestablement le film le plus con de l’année. Sur ASBAF on l’a descendu http://www.asbaf.fr/2011/05/mel-gibson-est-pere-castor.html

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