Critique ciné : Pirates des Caraïbes – la Fontaine de Jouvence

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En affaire dans la belle ville de Londres, le capitaine Jack Sparrow est fait arrêté et conduit devant le roi qui lui pose un ultimatum : soit il aide un équipage anglais à parvenir à la Fontaine de Jouvence avant les navires espagnols, soit il est exécuté sur le champ. N’écoutant que son bon sens, Jack accepte la proposition mais leur fait vite faux-bond, entrainé par une femme de son passé et son obsession pour la légendaire source de jeunesse. Une course à la montre s’engage alors, avec un participant pour le moins dangereux en la personne du terrifiant pirate Barbe-Noire

« Une péloche ne s’écartant jamais du rivage des productions formatées »

Parce que toute trilogie qui se respecte ne peut pas se contenter de trois chapitres, la saga flibustière de Disney est de retour dans les salles pour une quatrième aventure estivale, Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence. L’occasion de repartir sur des bases saines et enfin satisfaire au potentiel évident de la série ? A priori oui puisque l’exécrable couple formé par Keira Knightley et Orlando Bloom n’est plus de la partie, ce qui devrait en toute logique laisser le champ libre à Johnny Depp et permettre de resserrer la narration (le plus gros défaut des précédents films). Mais la logique de nos jours, hein…

La fuite dans la continuité

Will et Elizabeth Turner sont donc partis voguer vers d’autres flots (bon débarras !) mais même sans eux, l’ombre de leur encombrante romance continue de planer sur ce quatrième volet. A croire que les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio – ainsi que leurs producteurs – n’ont toujours pas retenu la leçon car s’il est vrai que le capitaine Jack Sparrow acquiert davantage un statut de personnage principal (la preuve, ce coup-ci il a droit de flirter avec la bomba latina Penelope Cruz), ils trouvent tout de même le moyen de recaser une histoire d’amour entre deux jeunes blancs-becs, qui plus est encore plus secondaires que pouvaient l’être les rôles de Bloom et Knightley. Ils auraient voulu se foutre de notre gueule, ils n’auraient pas agi différemment. La Fontaine de Jouvence ne souffre pas alors des mêmes carences de rythme que Jusqu’au bout du monde, un troisième opus particulièrement longuet, mais cela n’empêche pas ses différentes intrigues annexes – on sent bien qu’une nouvelle trilogie se profile à l’horizon – de se parasiter entre elles (quel dommage que le dilemme de Barbe Noire ne soit pas plus creusé) tout en délitant la principale. Au point qu’arrive très rapidement l’inévitable moment où l’on n’en a plus rien à faire de savoir qui arrivera en premier à la précieuse fontaine, malgré l’espérée remise en avant de Jack Sparrow. Seul le capitaine Barbossa sort en fait du lot, Geoffrey Rush et son immense talent sachant nous convaincre de la réalité de ses motivations à se lancer dans cette aventure abracadabrantesque. Ce qui n’est le cas pour aucun autre des protagonistes.

Erreur de remplacement

L’autre élément qui laissait entendre d’un nouveau départ pour la saga avec ce métrage, en plus de l’éviction du couple Turner, c’était bien évidemment le remplacement du réalisateur Gore Verbinski par Rob Marshall. Toute la question étant de savoir si cela allait réellement être pour le mieux, le remplaçant étant avant tout un spécialiste de la comédie musicale fastueuse (Chicago, Nine, c’est lui) et non du blockbuster aux scènes d’action épiques. Soit, Verbinski ne l’était pas plus avant d’arriver sur La Malédiction du Black Pearl mais au moins, l’éclectisme de sa filmographie laissait entendre que le bonhomme pouvait trouver chaussure à son pied avec le swashbuckler. Marshall ne peut en dire de même. Et en dépit de sa bonne gestion de l’espace – indispensable à l’exercice de la comédie musicale – comme de son goût pour les images riches (rappelez-vous son Mémoires d’une geisha), il faut bien reconnaître que son boulot sur la saga est moins concluant que celui de son prédécesseur. L’ensemble se regarde en effet sans déplaisir mais il manque à sa réalisation les fulgurances visuelles et l’humour qui caractérisent celle de Verbinski, capables de surnager même lors des pires marasmes. Il n’y avait qu’à voir la mort de Lord Beckett lors de la bordélique bataille finale, par exemple. Pour sa part, ce quatrième Pirates des Caraïbes donne ainsi le sentiment d’un spectacle carré où le vent de l’aventure ne décoifferait pas même un hippie hirsute.

Attention cependant, La Fontaine de Jouvence n’est pas une grosse purge pour autant. Il se laisserait même regarder plus facilement que le douloureux Jusqu’au bout du monde, c’est dire, mais c’est juste que l’on ne peut qu’être décontenancé par sa faculté à améliorer certaines choses pour ensuite en plomber d’autres. Clairement, le remplacement de Verbinski par Rob Marshall n’était donc pas la meilleure idée au monde tant le petit nouveau ne parvient pas à dépasser le minimum syndical du blockbuster, livrant une péloche divertissante mais ne s’écartant jamais du rivage des productions formatées. Alors, cette fois, ce serait peut-être bien de changer de capitaine avant d’en arriver à trois films…

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