Archive pour mai, 2011

Critique ciné : Le Complexe du castor

28 mai, 2011

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En grave dépression depuis quelques temps, Walter n’est plus que l’ombre de l’homme qu’il était et s’est totalement déconnecté de sa vie professionnelle comme familiale, jusqu’au jour où sa femme – n’en pouvant plus – le met à la porte de leur foyer. Au bout du rouleau, sur le point de commettre l’irréparable, il tombe alors sur une marionnette de castor qu’il ne va plus quitter, au travers de laquelle il va reprendre le dessus sur la situation. Oui, mais de Walter et du castor, qui a le dessus sur l’autre ?

« Le film sait nous émouvoir malgré le risible de son point de départ »

Fraîchement présenté au festival de Cannes en sélection officielle, Le Complexe du castor (The Beaver en VO) arrive dans nos salles précédé du plaisir de retrouver Mel Gibson. Parce que même s’il y était toujours aussi bon, son grand retour devant la caméra dans Hors de contrôle s’était fait en demi-teinte, tempéré par un polar mou du genou. On espérait donc que le film de Jodie Foster rattraperait le coup et nous offrirait du grand Gibson, malgré le fait que son principal partenaire y soit une marionnette miteuse de castor. Un curieux postulat réclamant talent et intelligence pour ne pas tomber dans le grand n’importe quoi.

Le défi du castor

Parce que, disons-le franchement, l’idée de suivre un schizo parlant à sa main-castor dans un drame humain était un pari des plus casse-gueule, le rire pouvant facilement l’emporter sur le pathos. Le seul spectacle d’un homme adulte avec une créature au bout du bras a en effet quelque chose de risible (désolé Tatayet !) et le film ne peut alors éviter d’avoir recours à la comédie, heureusement sans se départir d’humanité (enfin on a tout de même droit au classique des ventriloques sur « la main dans le fondement »). On le doit d’abord à la performance d’un Mel Gibson double, dans le sens où il rend parfaitement crédible la coexistence de ses deux personnages mais également dans celui où il livre un vrai show d’acteur, traverse un rayon d’émotions allant du plus bas au plus haut. Charmeur et loque humaine, un portrait multiple renvoyant à l’image fracturée qu’on peut avoir de lui, sa vie privée / professionnelle, et qui confère à son (double-)rôle une réalité troublante pouvant dépasser le ridicule de la situation, se permettre même de verser dans une angoisse flirtant avec le cinéma d’horreur ou tout du moins le thriller.

Du bon sens

Bien qu’elle ait alors un peu trop tendance à citer involontairement Evil Dead 2 sur la fin (si, si), il ne faut pas oublier la place du tact et de l’intelligence de la réalisatrice Jodie Foster dans la réussite de l’entreprise (sans oublier qu’elle n’est pas mauvaise actrice non plus, pour ne rien gâcher). Elle approche son sujet avec une finesse qui passerait presque pour de l’effacement si ce n’étaient ces moments où l’on se rend compte combien sa réalisation l’épouse, l’accompagne sans jamais – ou presque – le laisser déraper. La mise en scène de Walter par rapport à sa marionnette n’est ainsi jamais anodine, elle révèle à quel point Jodie Foster est autant en mesure de dérider le public que de faire naître un malaise décalé mais bien réel. Faire de la comédie-dramatique en somme, avec un ton doux-amer relativement lucide par l’entremise duquel nous évitons plus ou moins les conclusions trop hâtives, les grosses ficelles du mélodrame. « Plus ou moins » car en voulant aussi étudier les effets de la dépression sur l’entourage du malade, la réalisatrice laisse de la place au fils aîné pour une intrigue secondaire un chouïa trop fleur bleue pour être crédible, dont le seul intérêt est de prouver une nouvelle fois que Anton Yelchin (Terminator Renaissance) est promis à un bel avenir.

Hormis cela, on ne peut donc que saluer un long-métrage sachant nous émouvoir malgré le grotesque de son point de départ, porté devant et derrière la caméra par la rencontre de deux immenses talents du cinéma hollywoodien. On n’en attendait pas moins d’eux, mais il faut avouer que ça fait toujours du bien de ne pas voir ses attentes déçues.

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Critique ciné : Pirates des Caraïbes – la Fontaine de Jouvence

23 mai, 2011

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En affaire dans la belle ville de Londres, le capitaine Jack Sparrow est fait arrêté et conduit devant le roi qui lui pose un ultimatum : soit il aide un équipage anglais à parvenir à la Fontaine de Jouvence avant les navires espagnols, soit il est exécuté sur le champ. N’écoutant que son bon sens, Jack accepte la proposition mais leur fait vite faux-bond, entrainé par une femme de son passé et son obsession pour la légendaire source de jeunesse. Une course à la montre s’engage alors, avec un participant pour le moins dangereux en la personne du terrifiant pirate Barbe-Noire

« Une péloche ne s’écartant jamais du rivage des productions formatées »

Parce que toute trilogie qui se respecte ne peut pas se contenter de trois chapitres, la saga flibustière de Disney est de retour dans les salles pour une quatrième aventure estivale, Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence. L’occasion de repartir sur des bases saines et enfin satisfaire au potentiel évident de la série ? A priori oui puisque l’exécrable couple formé par Keira Knightley et Orlando Bloom n’est plus de la partie, ce qui devrait en toute logique laisser le champ libre à Johnny Depp et permettre de resserrer la narration (le plus gros défaut des précédents films). Mais la logique de nos jours, hein…

La fuite dans la continuité

Will et Elizabeth Turner sont donc partis voguer vers d’autres flots (bon débarras !) mais même sans eux, l’ombre de leur encombrante romance continue de planer sur ce quatrième volet. A croire que les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio – ainsi que leurs producteurs – n’ont toujours pas retenu la leçon car s’il est vrai que le capitaine Jack Sparrow acquiert davantage un statut de personnage principal (la preuve, ce coup-ci il a droit de flirter avec la bomba latina Penelope Cruz), ils trouvent tout de même le moyen de recaser une histoire d’amour entre deux jeunes blancs-becs, qui plus est encore plus secondaires que pouvaient l’être les rôles de Bloom et Knightley. Ils auraient voulu se foutre de notre gueule, ils n’auraient pas agi différemment. La Fontaine de Jouvence ne souffre pas alors des mêmes carences de rythme que Jusqu’au bout du monde, un troisième opus particulièrement longuet, mais cela n’empêche pas ses différentes intrigues annexes – on sent bien qu’une nouvelle trilogie se profile à l’horizon – de se parasiter entre elles (quel dommage que le dilemme de Barbe Noire ne soit pas plus creusé) tout en délitant la principale. Au point qu’arrive très rapidement l’inévitable moment où l’on n’en a plus rien à faire de savoir qui arrivera en premier à la précieuse fontaine, malgré l’espérée remise en avant de Jack Sparrow. Seul le capitaine Barbossa sort en fait du lot, Geoffrey Rush et son immense talent sachant nous convaincre de la réalité de ses motivations à se lancer dans cette aventure abracadabrantesque. Ce qui n’est le cas pour aucun autre des protagonistes.

Erreur de remplacement

L’autre élément qui laissait entendre d’un nouveau départ pour la saga avec ce métrage, en plus de l’éviction du couple Turner, c’était bien évidemment le remplacement du réalisateur Gore Verbinski par Rob Marshall. Toute la question étant de savoir si cela allait réellement être pour le mieux, le remplaçant étant avant tout un spécialiste de la comédie musicale fastueuse (Chicago, Nine, c’est lui) et non du blockbuster aux scènes d’action épiques. Soit, Verbinski ne l’était pas plus avant d’arriver sur La Malédiction du Black Pearl mais au moins, l’éclectisme de sa filmographie laissait entendre que le bonhomme pouvait trouver chaussure à son pied avec le swashbuckler. Marshall ne peut en dire de même. Et en dépit de sa bonne gestion de l’espace – indispensable à l’exercice de la comédie musicale – comme de son goût pour les images riches (rappelez-vous son Mémoires d’une geisha), il faut bien reconnaître que son boulot sur la saga est moins concluant que celui de son prédécesseur. L’ensemble se regarde en effet sans déplaisir mais il manque à sa réalisation les fulgurances visuelles et l’humour qui caractérisent celle de Verbinski, capables de surnager même lors des pires marasmes. Il n’y avait qu’à voir la mort de Lord Beckett lors de la bordélique bataille finale, par exemple. Pour sa part, ce quatrième Pirates des Caraïbes donne ainsi le sentiment d’un spectacle carré où le vent de l’aventure ne décoifferait pas même un hippie hirsute.

Attention cependant, La Fontaine de Jouvence n’est pas une grosse purge pour autant. Il se laisserait même regarder plus facilement que le douloureux Jusqu’au bout du monde, c’est dire, mais c’est juste que l’on ne peut qu’être décontenancé par sa faculté à améliorer certaines choses pour ensuite en plomber d’autres. Clairement, le remplacement de Verbinski par Rob Marshall n’était donc pas la meilleure idée au monde tant le petit nouveau ne parvient pas à dépasser le minimum syndical du blockbuster, livrant une péloche divertissante mais ne s’écartant jamais du rivage des productions formatées. Alors, cette fois, ce serait peut-être bien de changer de capitaine avant d’en arriver à trois films…

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Critique ciné : Priest

18 mai, 2011

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Humains et vampires se côtoient depuis toujours et la guerre entre les deux espèces n’a pris fin qu’avec l’arrivée des Prêtres, un corps d’assassins d’élite formés par l’Eglise. Devenu inutile après que les derniers vampires aient été repoussés dans des réserves, l’ordre des Prêtres a été démantelé et ses membres contraints à une vie dans l’ombre, privés du droit d’utiliser leur art. Toutefois, lorsque la nièce de l’un d’entre eux est kidnappée par des suceurs de sang d’un genre nouveau, celui-ci n’hésite pas à renier son serment pour traquer la horde dans les étendues désertiques par-delà les murs de la cité

« Une bonne petite série B au parfum 90′s pas dégueu »

Adaptation d’un manhwa (bande-dessinée coréenne) de Hyung Min-woo se traînant une relativement bonne réputation, Priest nous intéressait cependant pour autre chose. Non pas la 3D, ça on commence à être rodé, mais parce que ce film marque en fait la seconde collaboration de l’équipe de Légion, avec en tête de file le réalisateur Scott Charles Stewart et l’excellent comédien Paul Bettany. Les responsables d’une sympathique petite péloche qui péchait surtout d’avoir eu les idées plus grosses que le porte-monnaie, faisant montre d’un sens du divertissement ne demandant que plus de largesses pour éclater à l’écran. Jouissant d’un budget considérablement plus élevé que son prédécesseur, porteur d’un vrai potentiel pour un film de genre, Priest marque donc le moment idéal pour tirer quelques conclusions…

90′s are not dead

Avant tout, les fans de l’oeuvre originale doivent savoir que Priest, le film, n’entretient que des rapports très lointains avec sa version papier. A l’évidence pas spécialement fan du matériau qu’on lui a mis entre les mains, Scott Charles Stewart en profite en effet pour faire le truc à sa sauce et rendre hommage au cinéma qu’il aime. Lequel, contrairement à beaucoup de ses confrères de la même génération, ne vient pas des années 70 et 80 mais bien de la décennie suivante, quand fleurissaient sur les écrans des visions de mondes post-apocalyptiques recyclant à tout-va Blade Runner. Clairement citées lors d’une première partie futuristico-urbaine ne pouvant qu’évoquer le Judge Dredd de Danny Cannon, les décomplexées 90′s continuent de se rappeler à notre bon souvenir par la suite avec le métissage des genres qui préside à Priest. Tout à la fois science-fiction, western et fantastique, le film de Stewart a recours à une hybridation particulièrement populaire alors, un mélange d’influences dans lequel on cherchait nouveauté et renouvellement. Ici la volonté du réalisateur est toute autre, consistant seulement à accoucher d’un spectacle le plus total et fun possible, et on appréciera ainsi qu’il sache réunir ces influences en un ensemble homogène pour accoucher d’un univers hautement cinégénique. Il faut également au passage saluer la performance de Paul Bettany, parfait de prestance et de dangerosité dans la défroque du Prêtre, car elle permet de prodiguer une substance non-négligeable à l’intrigue et de relier tous ces éléments disparates.

Les moyens des ambitions

Se pose maintenant la question des moyens confiés à Stewart pour son second effort et de ce qu’il en a fait. Le moment de vérité. Indéniablement aidé par un budget environ quatre fois supérieur à celui de Légion, ce qui ouvre mine de de rien tout un nouveau champ de possibilités, le jeune réalisateur parvient ainsi à corriger pas mal des défauts qu’on rencontrait dans celui-ci. Ne serait-ce que sur le plan visuel, nous sommes désormais face à une toute autre échelle et la station service perdue au milieu du désert laisse la place à environnement autrement plus épique, à des décors démesurés. En conséquence de quoi Priest a sacrément de la gueule, d’autant que Stewart s’y entend pour invoquer une imagerie de bande-dessinée et livre quantité de plans iconiques. Mais surtout, là où on l’on sent le plus d’amélioration comparé au métrage précédent, c’est dans le rythme de l’aventure, bien plus vif. On ne peut alors manquer de noter quelques scories dont certaines découlent même de cette cadence soutenue (des éléments scénaristiques comme le « train des vampires » pas assez exploités), le plus douloureux étant cependant des scènes d’action pas assez inventives (comparez le combat final à celui sur le semi-remorque dans Matrix Reloaded : ça fait mal), mais il n’en reste pas moins que Stewart surprend assez agréablement dans la sincérité – à défaut de réel talent – qu’il met à l’ouvrage.

Evidemment, il reste alors regrettable qu’il lui ait fallu une telle augmentation de budget pour parvenir enfin à contenter le spectateur, à satisfaire à son sujet. Clairement, Scott Charles Stewart ne fera jamais partie des petits génies pouvant transcender les finances les plus anémiques mais pour ce qui est de la catégorie des artisans appliqués et sympathiques dans leur démarche, au moins, il peut prétendre sans honte à y siéger. Bonne petite série B au parfum 90′s pas dégueu, son Priest en est un ticket d’entrée tout à fait honorable : ce n’est déjà pas si mal, non ?

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Auto promo : Paul Bettany, le talent tranquille

11 mai, 2011

Nous voilà de retour pour un portrait de l’excellent Paul Bettany, comédien que vous avez forcément croisé au détour d’une ou deux de ses performances d’actoring. Ces jours-ci vous pourrez par exemple le croiser dans Priest, en salles obscures, où il botte le cul des vampires et de Karl Urban en 3D. Cool.

Pas grand chose à dire d’autre autour de ce papier (forcément passionnant, cela va de soi) si ce n’est que j’ai eu beaucoup de mal à le faire et l’ai rendu sans mes deux semaines d’avance coutumières, la faute à une motivation émoussée par la venue du beau temps et la PS3. Aaaah, vivement les grandes vacances…

Sur ce, excellente lecture et vamos a la playa !

PAUL BETTANY, LE TALENT TRANQUILLE

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Critique ciné : L’Aigle de la Neuvième Légion

11 mai, 2011

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Vivant dans le souvenir d’un père disparu alors qu’il menait la Neuvième Légion au nord de la Bretagne, Marcus Aquila revient vingt ans plus tard dans cette contrée dangereuse en tant que jeune centurion, désireux de laver le nom de sa famille par ses exploits. Privé néanmoins du commandement de ses hommes après une grave blessure, il n’a plus qu’une solution pour y parvenir : retrouver l’Aigle de la Neuvième, l’emblème de la légion que dirigeait son père, perdu derrière le mur d’Hadrien. Accompagné d’un esclave breton comme guide, Marcus s’enfonce alors par-delà la fin du monde connu

« Et le director’s cut, c’est pour quand ? »

Très populaire ces dernières années entre le parfum de mystère qui l’entoure et le grand retour des guerriers en jupettes sur les écrans, la disparition de la Neuvième Légion romaine fait encore parler d’elle avec L’Aigle de la Neuvième Légion, en référence à leur regrettée emblème. Pas de quoi se faire dessus à première vue donc si ce n’est la présence, au poste de réalisateur, du documentariste Kevin Macdonald, qui étrangement ne fait pas de l’Histoire pour de l’Histoire quand il oeuvre sur un long-métrage. On avait pu le constater avec son Dernier roi d’Ecosse, véritable thriller sous couvert de faits réels, et on se demandait alors ce qu’il ferait de la Rome antique confrontée aux barbares des Highlands…

La fantasy réaliste

Loin de faire dans le docu-fiction ou dans le film historique élégant, Macdonald surprend son monde en optant pour une approche brute de son sujet, dans la manière de le représenter. Les éclairages crus de Anthony Dod Mantle (Antichrist) en sont déjà un indice flagrant mais surtout, parce que c’est une chose rarissime au cinéma, c’est l’absence totale de femmes dans l’intrigue (tout juste en aperçoit-on quelques unes parmi les figurants) qui vient nous assurer que nous sommes face à un vrai film de bonhommes. La franche camaraderie y prend alors d’inévitables airs de sous-texte homosexuel, surtout en cette époque reculée, tandis que de l’autre côté la reconstitution historique gagne indéniablement en barbarie, en âpreté. Au point qu’on en flirte même avec ce qu’il faut appeler de la « fantasy réaliste », de l’Histoire boostée au Robert E. Howard : les guerriers qui ressemblent à des amérindiens échappés d’un Conan, le mur d’Hadrien présenté comme « la fin du monde connu » et inscrivant les terres au-delà dans un mystère proche du fantastique… Rien de très original dans l’absolu, cette hybridation étant désormais fréquente dans le genre (même l’ultra-réaliste Apocalypto n’y a pas coupé), mais cela reste décidément une manière des plus agréables de redécouvrir l’Histoire pour le cinéphile moderne. Le réalisateur s’y prend en plus comme un chef pour mettre tout ça en images bien qu’il faille regretter l’aspect un peu brouillon des affrontements, avec une caméra complétement dépassée par ce qui se passe autour d’elle. Pour le reste, dès que Macdonald a l’occasion de s’attarder davantage sur la composition de ses plans, l’inquiétante beauté de la réalisation vous saute à la tronche. La représentation de la nature en particulier évoque ce qu’on a pu admirer dans Le Dernier des mohicans, Valhalla Rising ou encore Le 13ème guerrier, et renforce cette impression d’un monde habité par des forces incontrôlables, antédiluviennes.

Remanier l’histoire et changer l’Histoire

Tristement, la comparaison avec le chef d’oeuvre de John McTiernan va cependant un peu plus loin puisque, comme lui, L’Aigle de la Neuvième Légion est parcouru de traces des gros doigts de la production. Passé au crible d’une « blockbustérisation » assez importante, il ne peut pas plus cacher l’absence de plusieurs scènes pour raccourcir sa durée (la relation de Esca avec le gamin par exemple) que masquer un scénario aux curieuses fluctuations, comme indécis. Le climax calqué sur celui du Centurion de Neil Marshall – et plutôt sympathique au demeurant – est une chose, la cohérence thématique en est une autre. Ultra-charismatique au début, le héros perd carrément en prestance en cours de route pour des raisons que nous aurions très bien pu accepter si, en contrepartie, l’intrigue exploitait réellement sa volonté de confronter les points de vue, de jouer de l’inversion des rôles entre le centurion et son esclave. D’autant que Channing Tatum est autrement plus convaincant que dans G.I. Joe et que Jamie Bell impose grave le respect. Mais la piste ne mène donc finalement à rien, la faute à un manque de développement qu’imposent les blancs dans la narration quand ce ne sont pas les remaniements éhontés qui viennent mettre le bordel. La conclusion à elle seule, en total décalage par rapport au ton d’ensemble du film, suffira ainsi à comprendre combien les velléités commerciales peuvent modifier un projet, sans se soucier de fouler aux pieds histoire et Histoire…

Sans nous frustrer autant que peut le faire Le 13ème guerrier, il faut alors reconnaître que L’Aigle de la Neuvième Légion n’ira pas sans nous faire regretter le manque de champ libre laissé à son réalisateur, contraint de composer avec les règles du blockbuster basique. Le savoir-faire de Macdonald ressort malgré la présence écrasante des financiers derrière lui mais désormais, on espère seulement qu’un director’s cut finira par voir le jour.

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Critique ciné : Thor

3 mai, 2011

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Fils du puissant et sage Odin, Thor est appelé à devenir le prochain roi d’Asgard, le royaume des dieux. Mais parce qu’il est trop impétueux, il réveille la haine ancestrale du peuple des Géants de glace et est banni par son père sur Terre. Là, privé de ses pouvoirs et aidé par la scientifique Jane Foster, il devra comprendre ce qui fait la véritable grandeur d’un seigneur pour regagner la place qui est la sienne d’autant que son frère Loki, resté depuis toujours dans l’ombre du grand Thor, a bien l’intention de prendre le pouvoir

« Pourquoi prendre Branagh pour faire ce qu’aurait réussi un Brett Ratner en grande forme ? »

Dans sa volonté de préparer la sortie pour 2012 de The Avengers (Les Vengeurs en vf), le crossover super-héroïque que mijote actuellement Joss Whedon, Marvel Studios introduira cette année les cinéphiles à deux de ses représentants les plus éminents : Captain America dans quelques semaines et Thor, le dieu du tonnerre, dont le passage sur grand écran a été confié à nul autre que Kenneth Branagh. C’est à dire un spécialiste de l’adaptation shakespearienne et un choix des plus curieux pour ce poste, qui laissait planer un gros mystère quant à la teneur du spectacle qu’on nous offrirait. Mais plutôt que de crier à la faute de casting, il faut se rappeler que l’arrivée de Jon Favreau sur Iron Man soulevait des questions bien plus préoccupantes avant le rabattage de caquet que l’on sait, en tout cas en ce qui concerne le premier opus. Laissons alors sa chance à Kenneth et voyons ce qu’il a fait du fils d’Odin…

Aux chiottes Shakespeare

Vu son parcours, on imaginait ainsi que Kenneth Branagh avait été choisi pour le potentiel du projet en matière de tragédie shakespearienne : dualité entre frères de famille royale, trahison, rédemption… Le parcours du super-héros nordique n’a rien à envier à celui d’un Hamlet. Mais même si tous les éléments sont bien là pour une telle lecture, étrangement, jamais on n’en ressent la puissance, la fureur des émotions. Le déchaînement des passions tant que nous y sommes. Parce qu’au bout du compte, il s’agit surtout de faire un bon gros film d’aventure. Il faut dire aussi qu’avec ce personnage on arrive dans quelque chose de peu commun dans l’univers Marvel. Thor n’est pas un super-héros comme les autres, ce n’est pas un mutant ni le fruit d’un traumatisme mais un véritable dieu, venu d’un autre monde. En ce sens, nous sommes plus proches de l’adaptation des Maîtres de l’univers que de Spider-Man. Et plus encore qu’on le croirait entre de fréquentes ruptures de tons parfois déconcertantes (certaines scènes rappellent presque Les Visiteurs) et quelques « dialogues-raccourcis » un peu trop gros. Mais comment l’éviter vu le trop plein narratif du film, qui étouffe toute tentative d’ampleur dramatique ? Il faut en effet présenter et faire se côtoyer en parallèle deux mondes aux intrigues distinctes (l’inutile introduction en flashforward dénote d’une tentative désespérée de les entremêler) et quant au héros en titre, il lui faut cumuler son drame familial, son parcours personnel, une romance avec la craquante Natalie Portman… Tout ça sans oublier quelques intrigues secondaires qui achèvent de nous faire regretter les trop courtes deux heures que dure le métrage. La première surprise avec Thor, c’est donc que Branagh a sacrifié la profondeur apparente de ses précédents travaux pour satisfaire pleinement aux exigences en fun d’un blockbuster, allégeant jusqu’à ce qui n’aurait pas dû l’être. Et il ne s’est pas arrêté là question surprises.

Bring the thunder !

Car bien qu’il ait déjà prouvé pouvoir faire preuve d’un intéressant sens esthétique, ne serait-ce qu’au travers de son gothique Frankenstein, nous doutions un peu que le réalisateur anglais soit apte à donner corps à un blockbuster véritablement stylé et impressionnant. D’autant que les premières images du film n’étaient pas franchement pour nous tranquilliser avec leur rendu carton-pâte. Mais là encore, on se plantait dans les grandes largeurs. S’il est ainsi vrai que le royaume d’Asgard rappelle de temps en temps le kitsch du Flash Gordon de Mike Hodges, l’ampleur qui manque au traitement du scénario se retrouve contre toute attente dans une réalisation sachant caresser la rétine comme il se doit. Sans l’ombre d’un doute Kenneth Branagh n’a cessé de penser en terme visuel, le défi de la 3D omniprésent à l’esprit, et passe d’une caméra aérienne à de curieux cadrages désaxés qui dynamisent joliment l’ensemble et offrent une vraie profondeur à l’image. C’est donc plutôt réussi mais également très impersonnel, l’aspect technique prévalant à l’évidence sur le sens. Un constat qui ne nous aurait pas même fait tiquer si ça avait été un autre que Branagh mais sa participation au film laissait attendre quelque chose de plus consistant, de moins fonctionnel. Quitte à sacrifier un peu à l’aspect comic book de ce genre de films. Et ce n’est pas la poignée de scènes d’action qui l’aideront à accréditer sa paternité sur le métrage : relativement maousses et explosives quand elle le veulent bien, elles n’en donnent pas moins le sentiment d’être davantage le fruit du travail des différents départements artistiques et techniques que celui d’un réalisateur unique.

On en revient donc toujours au même constat avec ce Thor, c’est à dire que c’est bien beau tout ça mais ça manque cruellement de personnalité. D’un côté on comprend que Marvel Studios doive uniformiser un brin ses productions en vue du crossover The Avengers tandis que de l’autre, on ne peut que regretter qu’ils se sentent obligés de prendre Kenneth Branagh pour faire ce qu’aurait pu réussir un Brett Ratner en grande forme. On verra ce qu’il en sera avec Captain America mais pour l’instant, il faudra se contenter de ce Thor tout juste gentiment divertissant. Ce qui, disons-le, ne rend pas vraiment honneur au dieu du tonnerre…

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