Critique ciné : Numéro Quatre

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Ils sont neuf. Neuf adolescents aliens envoyés sur Terre alors qu’ils étaient bébés pour échapper à l’extinction de leur monde, perpétrée par de brutaux ennemis les ayant suivis jusque chez nous. Aujourd’hui, trois ont déjà été retrouvés et éliminés, et Numéro Quatre sait qu’il est le prochain. Il accepte pourtant très mal de devoir une nouvelle fois changer de vie pour fuir ses poursuivants car ce qu’il désire par-dessus tout, c’est avoir la vie normale d’un terrien. Une existence à laquelle il va finalement pouvoir goûter dans la petite ville de l’Ohio où lui et Henry, son protecteur, débarquent. Mais pourra-t-il cacher sa véritable nature à ses nouveaux amis et à la fille qu’il aime alors que ses pouvoirs se révèlent de manière incontrôlable et que la menace se fait de plus en plus proche ?

« Un film pensé comme un pilote de série télé »

La saison estivale est à nos portes et avec elle va débarquer le traditionnel cortège de blockbusters à licences. Ouvrant le bal en ce début de printemps sous l’égide de Michael Bay en mode producteur, Numéro Quatre arrive dans nos salles en pariant sur une série de romans dont seul un seul volume est déjà paru et encore, seulement dans une poignée de pays. Autant dire que c’est très, très léger pour dénicher le nouvel Harry Potter ou le successeur de Twilight, pour ne pas dire qu’il s’agit d’une nouvelle tentative anecdotique et vouée à l’échec de dénicher la poule aux oeufs d’or comme on a pu en voir de nombreuses ces dernières années (Eragon, Percy Jackson, L’Assistant du vampire…). Alors, est-ce qu’on prend quand même le risque d’aller le voir en se disant qu’il s’agit du début d’une grande aventure ? Baaah…

Jumper bis

En fait, le métrage auquel ressemblerait le plus Numéro Quatre est le Jumper de Doug Liman, sorti en 2008 : tous deux se posent comme une variation adolescente sur le mythe du super-héros et tous deux sabotent cette volonté en envisageant leur aventure comme un pilote de série télé. Rien de plus normal direz-vous en ayant à bord les créateurs / scénaristes de Smallville (ça tombe bien, le roman original pompe allégrement sur le parcours de Superman) mais il n’empêche que cette approche, supposée idéale pour mettre en place un serial, va au contraire nous laisser trop sur notre faim pour avoir envie de revenir dans cette auberge. De trop nombreuses questions restent ainsi en suspens ou sont éludées (pourquoi diable les meurtres doivent-ils se faire dans l’ordre ?), ce qui est toujours frustrant car on ne va pas voir un film comme on regarde une série à la télé, on ne s’attend pas à devoir se contenter des bases de l’histoire jetées comme un appât grossier. Toujours dans la même idée, le format pilote étiré sur presque deux heures induit de plus un sérieux déséquilibre du rythme : il faut en effet quasiment attendre le dernier tiers du film pour voir les scènes d’action aperçues dans les différents trailers ! Et avant cela il faut se coltiner une intrigue abandonnant ses enjeux science-fictionnels pour se focaliser sur une romance mièvre à la Twilight, mue par les hésitations et frustrations d’un adolescent au mieux insipide (l’acteur est aussi peu charismatique que son personnage), au pire débectant (dès sa scène de présentation on a envie de le claquer). L’ennui pointe donc rapidement, ce à quoi nous ne nous attendons pas forcément dans une production Michael Bay. Des personnages nazes et une intrigue bancale, ça oui, mais pas à s’ennuyer quand même.

Les plats pouvoirs

D’autant que le réalisateur D.J. Caruso n’arrange pas franchement les choses, à l’évidence peu intéressé par le matériau qu’on lui a confié. Choisi pour son boulot sur Paranoïak et la façon dont il y mariait univers adolescent et cinoche de genre, il est incapable ce coup-ci de recréer l’alchimie qui lui avait tant réussi. Certainement plus à l’aise dans le thriller que dans l’actionner-SF (heureusement qu’il s’est retiré de Y : The Last Man), il trouve donc le moyen de massacrer la plupart du temps ses scènes d’action par un montage épileptique quand il ne les plonge pas dans une pénombre quasi-totale (voir l’introduction presque incompréhensible). Seuls quelques plans parviennent alors à mettre en valeur les pouvoirs des jeunes aliens, comme celui par exemple de la voiture stoppée par télékinésie, mais cela ne suffit pas à faire taire cette impression de pétard mouillé qui ressort de l’ensemble de Numéro Quatre : le personnage de Timothy Olyphant qui aurait pu être sympa et classe en guerrier s’il ne suffisait pas de deux nerds rondouillards pour lui péter la gueule, la pouliche blonde qui se la pète sévère pour pas grand chose, le mystérieux monstre qui s’avère être un ridicule écureuil volant extraterrestre, un autre qui ressemble au Bandersnatch de Alice au pays des merveilles version Tim Burton, des méchants qui ne font pas très peur même avec l’excellent Kevin Durand à leur tête… C’est simple, chaque scène comporte peu ou prou son lot de déceptions, de gâchis, de bourdes, soulevant la préoccupante question de savoir comment on peut se planter à ce point dans les grandes largeurs.

Pensé comme un pilote de série TV, souffrant d’un nombre incroyable de mauvaises décisions annihilant tout ce qui aurait pu y être positif, Numéro Quatre est donc à ranger dans la catégorie des sagas destinées à mourir dans l’oeuf, uniquement motivées qu’elles sont par un opportunisme cynique. Et puisque les résultats du film au box-office US sont à la hauteur de sa médiocrité, c’est sûr, nous n’en verrons jamais la suite. Alors pas la peine de vous coltiner celui-ci, vous vous épargnerez une déconfiture magistrale !

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Une Réponse à “Critique ciné : Numéro Quatre”

  1. Antisocial dit :

    Résumé très pertinent, quoique je sois en désaccord avec la conclusion : en effet, voir ce film m’a apporté la satisfaction de pouvoir raconter à mes collègues que « j’ai vu un film de SF où le héros est un E.T. aux paluches luminescentes, poursuivi par des méchants extra-terrestres humanoïdes aussi, mais aux dents pointues, avec des ouïes, qui font peur aux petits enfants sur l’autoroute. Ceux-ci lachent alors aux trousses du héros 2 écureuils volants préhistoriques géants, mais heureusement le chien de celui-ci se transforme en bandersnatch-ankylosaure, et… » ce qui nous a offert une bonne crise de fou rire (on croirait du Pérusse).
    Merci à DJ Caruso et michael Bay pour ce film qui, pris au 2nd degré, est vraiment COMIQUE (ou pathétique? à voir…)

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