Critique ciné : Sucker Punch

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Sa mère morte, Baby-Doll est faite internée dans un asile psychiatrique par son beau-père, un être cruel ayant des vues sur l’héritage de la jeune fille. Et afin de ne plus jamais entendre parler d’elle, il soudoie un infirmier de l’institut pour qu’elle soit lobotomisée. Dans cinq jours. Un court laps de temps durant lequel Baby-Doll, accompagnée par d’autres patientes, va s’immerger dans un univers onirique pour trouver le chemin de sa liberté

« Une partie du public ne pardonnera pas le manque de substance du film »

Alors qu’il s’était déjà imposé comme l’un des réalisateurs les plus importants de la culture geek actuelle, Zack Snyder enchaîne après son monumental Watchmen sur un mystérieux projet qui, d’abord présenté comme un « Alice au pays des merveilles avec des flingues« , ne va pas tarder à filer la trique à tous les membres de la communauté. Et pour cause car Sucker Punch promet au travers de sa promo d’être le « menu Best of XXL ++ » de la catégorie, un spectacle total où tout le monde y trouvera son compte puisque tout – mais tout, hein ! – y est. A boire et à manger donc, et en proportions gargantuesques qui plus est. Au risque d’en gaver certains ou, plus gênant, de ne pouvoir offrir un menu cohérent au final…

Guns, Girls and Monsters

Sur la base des quelques films qu’il a dirigé, nous pouvons dire sans l’ombre d’un doute que Snyder brille en tant que réalisateur grâce à son sens du spectacle tonitruant et, encore davantage, grâce à son esthétisme poussé. Poseur vain pour certains, génie inspiré pour d’autres, il perpétue en tout cas avec Sucker Punch cette stylisation de la mise en scène à son maximum, le moindre de ses plans bénéficiant à l’évidence d’un soin maniaque dans le jeu des textures, des couleurs, du cadrage… Magnifique de bout en bout, comme la toile d’un maître au sommet de son art. Virtuose fanfaron, Snyder nous balance de plus en pleine figure quantité de scènes de haute-voltige filmique où il explose les conventions du langage cinématographique, viole ses limites pour mieux se métisser avec les autres arts que sont la bande-dessinée, le jeu vidéo… La scène d’introduction devrait à ce titre vous laisser sur le cul de par sa manière de jeter les bases de l’histoire sans le recours au dialogue, et celle de l’attaque du train – en plan-séquence – enterre de loin ce que nous avions pu voir dans 300 en terme d’ambition (même si, il faut le dire, certains moments sont quelque peu chaotiques). Reste que la musique n’est pas toujours au diapason et ne rend pas forcément honneur au girl power ambiant, les chansons ne s’accordant pas forcément avec l’action énorme de la péloche, mais sur un plan purement visuel c’est un régal de chaque instant !

D’autant que, et c’est là la plus grande force du métrage, il contient en son sein absolument TOUT ce qu’on aime : des jolies filles en petite tenue (miam!), des zombies-nazis, des robots, des gobelins, des armures géantes, des samouraïs, des dragons… Le tout pour incarner autant de fantasmes geeks que possible tel ce dogfight féroce entre un avion et un saurien volant, ou nombre de bastons plus brutales que nous ne saurions le dire (mais sans la moindre goutte de sang pour autant). En fait, et c’est le plus beau compliment qu’on puisse faire à Sucker Punch, il nous donne souvent le sentiment d’être devant une adaptation live du manga Gantz tant tout semble agencé pour notre seul plaisir, pour le fun pur.

Livre d’images

Ceci étant dit, cette orgie de références et de castagne ne va pas aller sans quelques complications. Car la forme du conte régissant l’ensemble ne colle pas si bien que ça avec le désir du réalisateur de faire un pot-pourri de la culture geek, tout du moins de la manière dont il le conçoit. Au lieu de créer un univers cohérent avec tous ces éléments disparates, il opte pour un fonctionnement en vignettes qui – inévitablement – déconnecte à intervalle régulier la narration, fait perdre en fluidité à l’histoire. Meilleur cinéaste que scénariste, Snyder obscurcit encore le tableau en accouchant d’un récit à deux vitesses où d’un côté il faut accepter de passer par des ressorts narratifs simplistes, limite « mécaniques » pour satisfaire à la filiation avec le conte (les objets à trouver, tous les hommes sauf Scott Glenn sont mauvais…), tandis que, de l’autre, on nous demande d’accepter des choses sérieusement tirées par les cheveux. Les danses comme transitions vers les différentes scènes d’action, un message se perdant dans une conclusion relativement nébuleuse… tout ça n’aide pas à camoufler la gratuité de l’entreprise. Heureusement donc qu’en plus d’être jolies, les actrices s’avèrent plutôt convaincantes (ça reste tout de même une bonne idée de n’avoir donné que des rôles mineurs à Jamie Chung et Vanessa Hudgens) et tout particulièrement Jena Donnie Darko Malone, qui vole la vedette à une Emily Browning un peu en retrait. Une « inversion du sujet » pas innocente de la part de Snyder quand on voit la fin, et l’une des rares preuves qu’il savait à peu près où il allait avec son film.

Ironiquement, nous noterons alors que Sucker Punch peut se traduire chez nous par « coup en traître ». Une expression qui risque de revenir dans la bouche de certains pour qualifier le film vu comme son réalisateur donne le sentiment de mitrailler à tout-va, sans véritable cible, ne parvenant pas à justifier son délire geek autrement que par le plaisir de voir réuni tout ce qu’on aime dans un seul et même explosif foutras. Mais ce serait se fourvoyer car si une partie du public ne pardonnera pas le manque de substance du dernier Snyder, les autres ne pourront que le remercier pour sa générosité et cette petite gourmandise flamboyante qu’il nous offre.

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