Archive pour avril, 2011

Auto-promo : L’univers romantico-trash des frères Farrelly

29 avril, 2011

En bon défenseur de la vérité et pourfendeur des idées préconçues, j’ai profité de la sortie de Bon à Tirer (B.A.T.) pour rendre les honneurs aux Farrelly, Peter et Bobby. Car s’ils sont réputés avant tout pour leurs gags scabreux, la manière dont ils se foutent royalement du politiquement correct, les frangins sont aussi et avant tout d’indécrottables romantiques doublés de vrais humanistes comme en témoigne la quasi-intégralité de leur filmographie, aussi bien en tant que réalisateurs qu’en tant que producteurs. C’est en tout cas ce que j’ai voulu démontrer avec ce petit dossier sur la carrière des « anti-frères Coen » comme ils aiment à se définir, certainement parce qu’ils veulent davantage parler à notre coeur qu’à notre cerveau, et j’espère qu’après l’avoir lu vous comprendrez à quel point leurs films vont bien au-delà du simple humour pipi-caca.

A plus les buddies !

L’UNIVERS ROMANTICO-TRASH DES FARRELLY

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Auto promo : 10 bonnes raisons de ne pas prendre l’ascenseur

21 avril, 2011

Je ne sais pas pour vous mais moi, je n’ai jamais aimé me reposer sur des machines quand je peux faire quelque chose moi-même. Par exemple, plutôt que de monter à 2 à l’heure sur un escalator, je préfère le gravir à la old-school avec mes cannes. Sur les tapis roulants, je continue de marcher (en plus on a l’impression d’aller super vite). Et quand je le peux, je choisis toujours d’emprunter les escaliers à la place des ascenseurs, que j’ai en sainte horreur.

Alors quand il m’a fallu trouver un sujet de dossier pour Devil, une production Shyamalan dans laquelle des quidams se retrouvent bloqués dans un ascenseur, j’y ai vu l’opportunité de faire ma petite propagande et de référencer dix bonnes raisons de ne plus user de ce moyen de transport. Bon, je sais que ça fait un peu « c’était message du ministère de la santé » et ce genre de conneries moralisatrices mais hé, on ne peut pas toujours avoir de brillantes idées de sujet ! C’était en tout cas assez cool à faire, je me suis bien marré à trouver des exemples négatifs dans les films (spéciale dédicace à Nackx qui m’a sauvé la vie en me demandant pourquoi je n’avais pas de films catastrophes dans ma liste… la honte…) et j’espère donc qu’ils sauront vous remettre sur le droit chemin. Celui de la cage d’escalier, bien sûr.

Allez, bonne lecture et à bientôt pour un nouveau dossier passionnant !

10 BONNES RAISONS DE NE PAS PRENDRE L’ASCENSEUR

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Critique ciné : Scream 4

19 avril, 2011

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Dix années ont passé depuis les derniers meurtres perpétrés par Ghostface et la figure fantomatique est désormais devenue une icône pour la nouvelle génération d’adolescents de Woodsboro, relayée aussi bien par la légende urbaine que par la série de films inspirés de la tragédie qu’a vécue Sydney Prescott. Aujourd’hui de retour dans sa ville natale pour faire la promotion de son livre, la jeune femme ne peut alors que constater le grotesque des commémorations autour des meurtres de ses amis, mais elle est loin de se douter que cette date anniversaire va être l’occasion d’un nouveau bain de sang. Car Ghostface est de retour

« Un chant du cygne réflexif et nerveux »

A une époque où remakes, reboots et autres préquelles semblent être devenus le lot commun du genre horrifique, on pourrait s’étonner de voir la saga Scream revenir sur les écrans pour un quatrième chapitre au lieu de tout reprendre à zéro comme les petits copains. D’autant que Scream 3, malgré ses défauts, se voulait clairement être la conclusion d’une trilogie sans possibilité de poursuivre. Conscients de cela, le scénariste Kevin Williamson et Wes Craven ont alors échafaudé une idée démoniaque : oui, le nouveau Scream est bien une suite… mais c’est aussi un remake. Et un reboot d’une certaine manière… Le tout non pas pour perdre les spectateurs mais bien pour livrer l’un des meilleurs épisodes de la série, si ce n’est LE meilleur.

Back to the basics

Son récent My Soul to Take n’ayant toujours pas eu les honneurs d’une sortie dans nos frontières, même en DTV, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre de la part de Wes Craven avec celui-ci. Il faut dire aussi que les années 2000 n’ont pas été reluisantes pour le bonhomme : Scream 3, Cursed, Red Eye… ses derniers efforts sur cette période faisaient clairement montre d’une chute qualitative dans sa filmographie. C’est donc une excellente surprise que de le retrouver au top de sa forme avec Scream 4, inspiré comme à la belle époque où il chamboulait le petit monde du cinéma d’horreur. Loin d’être l’oeuvre d’un vieux croulant, son film multiplie les scènes de suspense et joue pour de bon avec les nerfs du spectateur là où le genre du slasher avait pris l’habitude de se contenter des débordements gores pour le contenter. Ce qui n’est pas forcément du fait de Craven, l’auto-censure du studio étant passée par là comme en attestent des scène coupées visibles dans le matériel promotionnel, mais ces restrictions ne lui laissaient d’autre choix que d’user son talent à faire monter la tension et fort heureusement, du talent, il en a encore à revendre.

Ainsi, malgré sa réticence première à revenir sur la saga (il garde un très mauvais souvenir de ses collaborations avec Dimension Films) et divers problèmes de production (le remplacement de Williamson par Ehren Scream 3 Kruger, les reshoots…), il semble évident que le père Wes s’est bien amusé à ramener la peur sur la petite bourgade de Woodsboro. Et comment aurait-il pu en être autrement en revenant sur un terrain si familier ? Il y a déjà le retour des têtes connues, le triumvirat Campbell / Cox / Arquette, mais c’est surtout l’impression d’avoir fait un bond de quinze ans en arrière qui participe le plus de cette idée : la ville n’a pas plus changé que la manière dont Craven la filme, l’histoire se passe toujours en majorité dans les mêmes résidences de banlieue aisée. Et la jeune génération a beau se croire plus maligne que la précédente avec ses iPads et caméras miniatures, elle répond à un schéma archétypal rigoureusement identique. Foutage de gueule, pensez-vous ? Hé bien pas du tout !

L’heure du bilan

Parce que si nous imaginions que ce Scream 4 consisterait en une mise à jour de la franchise à l’aune des dernières « nouveautés » de l’horreur ciné (le torture-porn, le documenteur…), il s’agit en fait davantage pour ses créateurs de revenir sur leur propre saga, d’en décortiquer le fonctionnement. Bâti sur le principe d’un miroir, le film cite ainsi explicitement quantité de scènes de ses prédécesseurs – plus particulièrement du premier volet, au point qu’on peut presque considérer le quatrième comme en étant un remake – et les revisite de façon ludique en un discours méta-filmique qu’affectionne tout spécialement Wes Craven depuis Freddy sort de la nuit. Rien que l’excellente introduction à tiroirs suffit à donner tout de suite le ton. Alors bien sûr les réjouissantes références aux canons du genre pleuvent mais définitivement, c’est dans l’auto-analyse que le film trouve sa véritable raison d’être, car c’est par ce biais qu’il parvient à renouer avec l’efficacité originelle du slasher et proposer des niveaux de lectures multiples. De même, des extraits du trailer coupés au montage final et la tagline US laissaient entendre que « nouvelle décennie » signifierait « nouvelles règles » or au final, il l’en est rien : Williamson et son réalisateur ne sont pas là pour chambouler le genre, ils veulent juste analyser leur propre oeuvre. En cela, et malgré une intensité dramatique loin de la résolution à la Scooby-Doo, certains seront alors peut-être déçus par une révélation finale des plus classiques (attention, ça ne veut pas forcément dire « prévisible ») mais c’était le tribut à payer pour qu’ils parviennent à leurs fins.

Plutôt donc que de faire rentrer de force Scream dans la nouvelle génération du cinéma d’horreur à l’occasion de son quatrième volet, Wes Craven et Kevin Williamson préfèrent offrir à leur saga ce qu’il convient d’appeler un vrai chant du cygne, réflexif et nerveux, au regard de sa propension à scruter le passé plutôt que de préparer l’avenir. Un reboot à partir de ce Scream 4 reste toujours possible, les studios n’étant pas à ça près et Williamson ayant évoqué très tôt une nouvelle trilogie, mais comment ne pourraient-ils pas à nouveau perdre en clairvoyance après un tel tour de force ?

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Critique ciné : Numéro Quatre

12 avril, 2011

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Ils sont neuf. Neuf adolescents aliens envoyés sur Terre alors qu’ils étaient bébés pour échapper à l’extinction de leur monde, perpétrée par de brutaux ennemis les ayant suivis jusque chez nous. Aujourd’hui, trois ont déjà été retrouvés et éliminés, et Numéro Quatre sait qu’il est le prochain. Il accepte pourtant très mal de devoir une nouvelle fois changer de vie pour fuir ses poursuivants car ce qu’il désire par-dessus tout, c’est avoir la vie normale d’un terrien. Une existence à laquelle il va finalement pouvoir goûter dans la petite ville de l’Ohio où lui et Henry, son protecteur, débarquent. Mais pourra-t-il cacher sa véritable nature à ses nouveaux amis et à la fille qu’il aime alors que ses pouvoirs se révèlent de manière incontrôlable et que la menace se fait de plus en plus proche ?

« Un film pensé comme un pilote de série télé »

La saison estivale est à nos portes et avec elle va débarquer le traditionnel cortège de blockbusters à licences. Ouvrant le bal en ce début de printemps sous l’égide de Michael Bay en mode producteur, Numéro Quatre arrive dans nos salles en pariant sur une série de romans dont seul un seul volume est déjà paru et encore, seulement dans une poignée de pays. Autant dire que c’est très, très léger pour dénicher le nouvel Harry Potter ou le successeur de Twilight, pour ne pas dire qu’il s’agit d’une nouvelle tentative anecdotique et vouée à l’échec de dénicher la poule aux oeufs d’or comme on a pu en voir de nombreuses ces dernières années (Eragon, Percy Jackson, L’Assistant du vampire…). Alors, est-ce qu’on prend quand même le risque d’aller le voir en se disant qu’il s’agit du début d’une grande aventure ? Baaah…

Jumper bis

En fait, le métrage auquel ressemblerait le plus Numéro Quatre est le Jumper de Doug Liman, sorti en 2008 : tous deux se posent comme une variation adolescente sur le mythe du super-héros et tous deux sabotent cette volonté en envisageant leur aventure comme un pilote de série télé. Rien de plus normal direz-vous en ayant à bord les créateurs / scénaristes de Smallville (ça tombe bien, le roman original pompe allégrement sur le parcours de Superman) mais il n’empêche que cette approche, supposée idéale pour mettre en place un serial, va au contraire nous laisser trop sur notre faim pour avoir envie de revenir dans cette auberge. De trop nombreuses questions restent ainsi en suspens ou sont éludées (pourquoi diable les meurtres doivent-ils se faire dans l’ordre ?), ce qui est toujours frustrant car on ne va pas voir un film comme on regarde une série à la télé, on ne s’attend pas à devoir se contenter des bases de l’histoire jetées comme un appât grossier. Toujours dans la même idée, le format pilote étiré sur presque deux heures induit de plus un sérieux déséquilibre du rythme : il faut en effet quasiment attendre le dernier tiers du film pour voir les scènes d’action aperçues dans les différents trailers ! Et avant cela il faut se coltiner une intrigue abandonnant ses enjeux science-fictionnels pour se focaliser sur une romance mièvre à la Twilight, mue par les hésitations et frustrations d’un adolescent au mieux insipide (l’acteur est aussi peu charismatique que son personnage), au pire débectant (dès sa scène de présentation on a envie de le claquer). L’ennui pointe donc rapidement, ce à quoi nous ne nous attendons pas forcément dans une production Michael Bay. Des personnages nazes et une intrigue bancale, ça oui, mais pas à s’ennuyer quand même.

Les plats pouvoirs

D’autant que le réalisateur D.J. Caruso n’arrange pas franchement les choses, à l’évidence peu intéressé par le matériau qu’on lui a confié. Choisi pour son boulot sur Paranoïak et la façon dont il y mariait univers adolescent et cinoche de genre, il est incapable ce coup-ci de recréer l’alchimie qui lui avait tant réussi. Certainement plus à l’aise dans le thriller que dans l’actionner-SF (heureusement qu’il s’est retiré de Y : The Last Man), il trouve donc le moyen de massacrer la plupart du temps ses scènes d’action par un montage épileptique quand il ne les plonge pas dans une pénombre quasi-totale (voir l’introduction presque incompréhensible). Seuls quelques plans parviennent alors à mettre en valeur les pouvoirs des jeunes aliens, comme celui par exemple de la voiture stoppée par télékinésie, mais cela ne suffit pas à faire taire cette impression de pétard mouillé qui ressort de l’ensemble de Numéro Quatre : le personnage de Timothy Olyphant qui aurait pu être sympa et classe en guerrier s’il ne suffisait pas de deux nerds rondouillards pour lui péter la gueule, la pouliche blonde qui se la pète sévère pour pas grand chose, le mystérieux monstre qui s’avère être un ridicule écureuil volant extraterrestre, un autre qui ressemble au Bandersnatch de Alice au pays des merveilles version Tim Burton, des méchants qui ne font pas très peur même avec l’excellent Kevin Durand à leur tête… C’est simple, chaque scène comporte peu ou prou son lot de déceptions, de gâchis, de bourdes, soulevant la préoccupante question de savoir comment on peut se planter à ce point dans les grandes largeurs.

Pensé comme un pilote de série TV, souffrant d’un nombre incroyable de mauvaises décisions annihilant tout ce qui aurait pu y être positif, Numéro Quatre est donc à ranger dans la catégorie des sagas destinées à mourir dans l’oeuf, uniquement motivées qu’elles sont par un opportunisme cynique. Et puisque les résultats du film au box-office US sont à la hauteur de sa médiocrité, c’est sûr, nous n’en verrons jamais la suite. Alors pas la peine de vous coltiner celui-ci, vous vous épargnerez une déconfiture magistrale !

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Critique ciné : Sucker Punch

2 avril, 2011

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Sa mère morte, Baby-Doll est faite internée dans un asile psychiatrique par son beau-père, un être cruel ayant des vues sur l’héritage de la jeune fille. Et afin de ne plus jamais entendre parler d’elle, il soudoie un infirmier de l’institut pour qu’elle soit lobotomisée. Dans cinq jours. Un court laps de temps durant lequel Baby-Doll, accompagnée par d’autres patientes, va s’immerger dans un univers onirique pour trouver le chemin de sa liberté

« Une partie du public ne pardonnera pas le manque de substance du film »

Alors qu’il s’était déjà imposé comme l’un des réalisateurs les plus importants de la culture geek actuelle, Zack Snyder enchaîne après son monumental Watchmen sur un mystérieux projet qui, d’abord présenté comme un « Alice au pays des merveilles avec des flingues« , ne va pas tarder à filer la trique à tous les membres de la communauté. Et pour cause car Sucker Punch promet au travers de sa promo d’être le « menu Best of XXL ++ » de la catégorie, un spectacle total où tout le monde y trouvera son compte puisque tout – mais tout, hein ! – y est. A boire et à manger donc, et en proportions gargantuesques qui plus est. Au risque d’en gaver certains ou, plus gênant, de ne pouvoir offrir un menu cohérent au final…

Guns, Girls and Monsters

Sur la base des quelques films qu’il a dirigé, nous pouvons dire sans l’ombre d’un doute que Snyder brille en tant que réalisateur grâce à son sens du spectacle tonitruant et, encore davantage, grâce à son esthétisme poussé. Poseur vain pour certains, génie inspiré pour d’autres, il perpétue en tout cas avec Sucker Punch cette stylisation de la mise en scène à son maximum, le moindre de ses plans bénéficiant à l’évidence d’un soin maniaque dans le jeu des textures, des couleurs, du cadrage… Magnifique de bout en bout, comme la toile d’un maître au sommet de son art. Virtuose fanfaron, Snyder nous balance de plus en pleine figure quantité de scènes de haute-voltige filmique où il explose les conventions du langage cinématographique, viole ses limites pour mieux se métisser avec les autres arts que sont la bande-dessinée, le jeu vidéo… La scène d’introduction devrait à ce titre vous laisser sur le cul de par sa manière de jeter les bases de l’histoire sans le recours au dialogue, et celle de l’attaque du train – en plan-séquence – enterre de loin ce que nous avions pu voir dans 300 en terme d’ambition (même si, il faut le dire, certains moments sont quelque peu chaotiques). Reste que la musique n’est pas toujours au diapason et ne rend pas forcément honneur au girl power ambiant, les chansons ne s’accordant pas forcément avec l’action énorme de la péloche, mais sur un plan purement visuel c’est un régal de chaque instant !

D’autant que, et c’est là la plus grande force du métrage, il contient en son sein absolument TOUT ce qu’on aime : des jolies filles en petite tenue (miam!), des zombies-nazis, des robots, des gobelins, des armures géantes, des samouraïs, des dragons… Le tout pour incarner autant de fantasmes geeks que possible tel ce dogfight féroce entre un avion et un saurien volant, ou nombre de bastons plus brutales que nous ne saurions le dire (mais sans la moindre goutte de sang pour autant). En fait, et c’est le plus beau compliment qu’on puisse faire à Sucker Punch, il nous donne souvent le sentiment d’être devant une adaptation live du manga Gantz tant tout semble agencé pour notre seul plaisir, pour le fun pur.

Livre d’images

Ceci étant dit, cette orgie de références et de castagne ne va pas aller sans quelques complications. Car la forme du conte régissant l’ensemble ne colle pas si bien que ça avec le désir du réalisateur de faire un pot-pourri de la culture geek, tout du moins de la manière dont il le conçoit. Au lieu de créer un univers cohérent avec tous ces éléments disparates, il opte pour un fonctionnement en vignettes qui – inévitablement – déconnecte à intervalle régulier la narration, fait perdre en fluidité à l’histoire. Meilleur cinéaste que scénariste, Snyder obscurcit encore le tableau en accouchant d’un récit à deux vitesses où d’un côté il faut accepter de passer par des ressorts narratifs simplistes, limite « mécaniques » pour satisfaire à la filiation avec le conte (les objets à trouver, tous les hommes sauf Scott Glenn sont mauvais…), tandis que, de l’autre, on nous demande d’accepter des choses sérieusement tirées par les cheveux. Les danses comme transitions vers les différentes scènes d’action, un message se perdant dans une conclusion relativement nébuleuse… tout ça n’aide pas à camoufler la gratuité de l’entreprise. Heureusement donc qu’en plus d’être jolies, les actrices s’avèrent plutôt convaincantes (ça reste tout de même une bonne idée de n’avoir donné que des rôles mineurs à Jamie Chung et Vanessa Hudgens) et tout particulièrement Jena Donnie Darko Malone, qui vole la vedette à une Emily Browning un peu en retrait. Une « inversion du sujet » pas innocente de la part de Snyder quand on voit la fin, et l’une des rares preuves qu’il savait à peu près où il allait avec son film.

Ironiquement, nous noterons alors que Sucker Punch peut se traduire chez nous par « coup en traître ». Une expression qui risque de revenir dans la bouche de certains pour qualifier le film vu comme son réalisateur donne le sentiment de mitrailler à tout-va, sans véritable cible, ne parvenant pas à justifier son délire geek autrement que par le plaisir de voir réuni tout ce qu’on aime dans un seul et même explosif foutras. Mais ce serait se fourvoyer car si une partie du public ne pardonnera pas le manque de substance du dernier Snyder, les autres ne pourront que le remercier pour sa générosité et cette petite gourmandise flamboyante qu’il nous offre.

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