Critique ciné : World Invasion – Battle Los Angeles

world invasion_battle los angeles_aaron eckhart_michelle rodriguez_ramon rodriguez_jonathan liebesman_affiche_poster 

Tandis que commence une journée comme toutes les autres, des météorites venues de nulle part se mettent à tomber par groupe aux abords de grandes villes, dans les océans. D’abord fascinée par cet événement unique, la population comprend ensuite – et trop tard – que les corps célestes cachent en fait des soldats extraterrestres particulièrement agressifs, éliminant toute forme de vie se présentant à eux. Il faut se rendre à l’évidence : la Terre est attaquée et l’Humanité n’a que peu de chances d’y survivre. La plupart des grandes villes américaines étant déjà tombées sous la coupe de l’ennemi, l’armée américaine regroupe alors ses Marines pour ne pas perdre Los Angeles

« Du style documentaire, on glisse doucement mais sûrement vers la propagande »

Alors que nous nous sommes à peine remis de la visite surprise des aliens de Skyline, ces foutus envahisseurs de l’espace sont déjà de retour dans les salles obscures avec un World Invasion : Battle Los Angeles où, pour ne pas changer, nous nous en prenons plein la tronche. Réalisateur plein de potentiel comme en témoignent ses Nuits de terreur et Massacre à la tronçonneuse : le commencement, Jonathan Liebesman veut tout de même marquer sa différence en mettant en images un véritable film de guerre, son but avoué étant de « faire La Chute du faucon noir avec des extraterrestres« . Un concept aguicheur comme on les aime et qui ne manque pas d’un réel intérêt, le point de vue des simples troufions étant loin de prédominer dans le genre. Mais gare aux dérapages, car ce n’est pas une raison pour passer la brosse à reluire sur les rangers des Marines…

Rage against the machines

Dans sa volonté première de revisiter le film de Ridley Scott, il est clair que celui de Liebesman a eu le nez fin car bien qu’il présente un rendu moins brut (et pourtant il ne suffit que de quelques heures pour transformer L.A. en clone de Mogadiscio), plus cinématographique d’une certaine manière, il s’offre ainsi une originalité indispensable et la possibilité d’un spectacle d’envergure. En immersion totale avec le bataillon de soldats (manque plus que Harry Roselmack) une fois celui-ci lâché sur le champ de bataille, nous quittons clairement les ornières du film-catastrophe si cher à l’invasion alien cinématographique pour nous retrouver dans un véritable film de guerre, au rythme dynamité par une action quasi non-stop et effectivement digne en cela de La Chute du faucon noir. Et comme pour lui, nous serions même tentés de parler de « documentaire de guerre » tant Liebesman a recours à une caméra portée n’en dévoilant jamais plus que ce que peuvent discerner les personnages. Un point de vue à échelle humaine grâce auquel sont renforcés les sentiments d’urgence et de danger, parce qu’il se rapproche au plus près de la manière dont nous expérimenterions une telle attaque (à ce titre, la scène de l’atterrissage et du premier assaut vus à travers le journal télévisé est absolument énorme). Sans y avoir recours de la même manière que dans ses précédents travaux, World Invasion… sait donc faire naître sa petite angoisse et il y a de quoi, car la menace est grande. Assez novatrice dans sa construction découlant de l’appartenance au « film de guerre », l’invasion reprend certaines techniques des armées terrestres et commence comme une guérilla urbaine avant que l’ennemi ne révèle progressivement ses moyens, offrant des scènes variées et des retournements bienvenus dans un intrigue qui sans cela aurait pu être trop linéaire.

Ne jamais reculer ?

Le problème étant que cette forme des plus appréciables cache un fond bien plus critiquable, le film ne s’épargnant pas quelques concessions qui auront du mal à passer. Déjà, et comme c’était aussi le cas dans Skyline, le choc induit par un début in medias res très prenant est immédiatement tempéré par un retour en arrière de la narration, afin de présenter les protagonistes comme il se doit (apparemment). Classique… et lourdingue, bien que c’est l’effet inverse qui était recherché. Mais le plus grave dans tout ça c’est qu’à vouloir satisfaire aux codes des blockbusters, le traitement documentaire si efficace jusque-là va peu à peu perdre de son intégrité. Eparpillé tout d’abord par quelques punchlines pour détendre l’atmosphère et qui n’ont absolument pas lieu d’être mais surtout par une glorification assez gerbante de l’armée américaine – et en particulier de ses Marines – avec une finesse digne de leurs frappes soi-disant chirurgicales. Les présentations post scène d’intro qu’on croirait tirées de clips du Parti Républicain, le « recrutement » du jeune chicano (vendu par son père qui plus est), le final de cowboy… Du style documentaire, on glisse doucement mais sûrement vers la propagande et qu’on le veuille ou non, en dépit du fun de l’ensemble, on ne le ressent pas du tout de la même manière en tant que spectateur. Et ce n’est pas le rallongement du titre pour l’international (pas de « World Invasion » sur les affiches US) qui trompera qui ce soit sur le nombrilisme mégalomane du projet.

Si le genre est ainsi plein de métrages qu’on pourrait taxer de défauts similaires, l’attaque par une force alien étant l’occasion parfaite de mettre en chauffe le chauvinisme sous couvert de divertissement, World Invasion : Battle Los Angeles en souffrira plus que les autres en cela qu’ils corrompent son idée fondatrice, ce qui aurait dû être sa plus grande qualité. Comme une escort-girl qui planquerait des morpions dans ses sous-vêtements de soie, le film cache sous ses atours de belle envergure un fond relativement puant, dont l’omniprésence donne à penser qu’il ne s’agissait pas seulement de flatter l’armée pour emprunter matos et soldats. Jonathan Liebesman confirme être un faiseur d’images appliqué et un homme de spectacle avisé (on le répète, la péloche est quand même bien fun) mais ne peut s’imposer en tant qu’auteur (une piste qu’il creusait pourtant avec le direct-to-DVD The Killing Room), ayant trop peu de poids sur ce qui constitue quand même son premier blockbuster. On verra donc ce qu’il en sera avec sa suite au Choc des titans mais pour ce coup-ci, c’est un peu foiré…

011.jpg  021.jpg  031.jpg

Laisser un commentaire