Critique ciné : Les Voyages de Gulliver

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Lemuel Gulliver s’est toujours vu comme un « petit » : coincé au département courrier d’un magazine sans opportunité d’évolution, il est raide dingue de la responsable de la rubrique voyage sans avoir jamais osé le lui avouer, préférant inventer des histoires. C’est ainsi qu’il se retrouve embarqué malgré lui pour son premier reportage, dans le Triangle des Bermudes, mais une tempête le surprend et il échoue sur une île inconnue… où vivent des humains de quelques centimètres de haut seulement ! D’abord considéré comme un monstre, il devient rapidement le héros du pays grâce à sa taille et ses mensonges. Il reste toutefois pour Lemuel à apprendre ce qu’est la vraie grandeur

« Jack Black en version light, ça n’a pas la même saveur »

Repoussé de plusieurs mois pour une (inutile) conversion en relief, la dernière adaptation ciné des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift arrive sur nos écrans avec pour seul attrait – ou presque – la présence de Jack Black face aux lilliputiens, ce que cela implique au niveau du ton de l’ensemble. Le problème étant que si le tournant comique et moderne du roman original parvient presque à justifier (disons « excuser ») cette énième version, il s’agit aussi pour le comédien d’un moyen pour consolider sa popularité auprès d’un public plus large, familial même, un peu comme lorsque Will Ferrell faisait Elfe. Et Jack Black en version light, plus encore même que dans Rock Academy, il faut avouer que ça n’a pas tout à fait la même saveur…

Jack Black pour les kids

Prenons un exemple des plus parlants : alors que Lemuel Gulliver a été fait prisonnier à cause d’un personnage qu’on nous a clairement présenté comme un gros enculé (Chris O’Dowd de The IT Crowd, parfait de vilénie), il s’énerve à propos de ce dernier et, dans la bouche de Jack Black, en vient à le traiter de « tâche »… « Grosse tâche » peut-être même au détour d’une réplique, mais cela ne change rien au fait que nous sommes loin, très loin de l’outrance à laquelle nous a habitué le comédien, sur laquelle est basé pour beaucoup son humour. Et il va de soi que tout le reste du métrage est du même tonneau, plus raisonnable qu’un suisse devant un conflit (tout ça manque de folie et de second degré), parvenant bien à nous décrocher quelques rires de temps en temps sans pour autant rendre honneur à Black. Qui, de plus, est ici réduit à une sorte de caricature soft de son personnage le plus emblématique, JB de Tenacious D, comme pour nous renforcer dans l’idée qu’il s’agit avant tout d’offrir aux jeunes spectateurs une introduction à son univers comique. Pour les fans de l’acteur, c’est donc loupé. Et pour les fans du roman de Swift, ça ne sera pas beaucoup mieux.

Voir les choses en petit

Parce que si l’on empêche Jack Black de faire usage de vulgarité, on ne va pas plus permettre à cette adaptation de se montrer aussi antidogmatique que son modèle. Lissée au possible, l’intrigue ne fait donc pas grand cas de la satyre selon Swift – pourtant toujours d’actualité – et quand elle en évoque tout de même quelques thématiques, c’est pour les abandonner aussi sec ou les expédier sans ménagement (voir la scène de comédie musicale sur le War de Edwin Starr). En fait, comme on peut s’y attendre de la part d’une comédie familiale timorée, Les Voyages de Gulliver se concentre sur une intrigue d’accomplissement personnel ultra-classique, il relègue au second plan la rencontre avec des êtres miniuscules comme si c’était presque une chose commune. Encore heureux alors que le héros – bien que cliché – sache s’attirer notre sympathie car les rouages grippés de la narration ne trompent personne, surtout pas dans les scènes de drague par procuration avec le moyen Jason Segel ou dans un happy-end des plus niais. On attendait un peu mieux d’un Rob Letterman qui nous avait ravi en co-réalisant Monstres contre Aliens, lui dont le seul acte de gloire ici sera d’avoir offert aux lilliputiens une rétro-technologie passant toujours aussi bien à l’écran.

Infantile et insipide, Les Voyages de Gulliver pourrait ainsi rentrer dans la catégorie des grosses purges puériles que nous lâche de temps à autre Hollywood (récemment, Kung Fu Nanny en était par exemple un flamboyant représentant) s’il n’était sauvé in extremis par ses quelques gags parvenant envers et contre tout à faire mouche, pas toujours forcément dus à Jack Black, et par une production value carrée. Mais, entre les kids du public et les lilliputiens de l’histoire, il paraît évident que l’équipe du film ne s’est pas focalisée sur les petits êtres qu’il aurait fallu…

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