Archive pour mars, 2011

Critique ciné : World Invasion – Battle Los Angeles

20 mars, 2011

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Tandis que commence une journée comme toutes les autres, des météorites venues de nulle part se mettent à tomber par groupe aux abords de grandes villes, dans les océans. D’abord fascinée par cet événement unique, la population comprend ensuite – et trop tard – que les corps célestes cachent en fait des soldats extraterrestres particulièrement agressifs, éliminant toute forme de vie se présentant à eux. Il faut se rendre à l’évidence : la Terre est attaquée et l’Humanité n’a que peu de chances d’y survivre. La plupart des grandes villes américaines étant déjà tombées sous la coupe de l’ennemi, l’armée américaine regroupe alors ses Marines pour ne pas perdre Los Angeles

« Du style documentaire, on glisse doucement mais sûrement vers la propagande »

Alors que nous nous sommes à peine remis de la visite surprise des aliens de Skyline, ces foutus envahisseurs de l’espace sont déjà de retour dans les salles obscures avec un World Invasion : Battle Los Angeles où, pour ne pas changer, nous nous en prenons plein la tronche. Réalisateur plein de potentiel comme en témoignent ses Nuits de terreur et Massacre à la tronçonneuse : le commencement, Jonathan Liebesman veut tout de même marquer sa différence en mettant en images un véritable film de guerre, son but avoué étant de « faire La Chute du faucon noir avec des extraterrestres« . Un concept aguicheur comme on les aime et qui ne manque pas d’un réel intérêt, le point de vue des simples troufions étant loin de prédominer dans le genre. Mais gare aux dérapages, car ce n’est pas une raison pour passer la brosse à reluire sur les rangers des Marines…

Rage against the machines

Dans sa volonté première de revisiter le film de Ridley Scott, il est clair que celui de Liebesman a eu le nez fin car bien qu’il présente un rendu moins brut (et pourtant il ne suffit que de quelques heures pour transformer L.A. en clone de Mogadiscio), plus cinématographique d’une certaine manière, il s’offre ainsi une originalité indispensable et la possibilité d’un spectacle d’envergure. En immersion totale avec le bataillon de soldats (manque plus que Harry Roselmack) une fois celui-ci lâché sur le champ de bataille, nous quittons clairement les ornières du film-catastrophe si cher à l’invasion alien cinématographique pour nous retrouver dans un véritable film de guerre, au rythme dynamité par une action quasi non-stop et effectivement digne en cela de La Chute du faucon noir. Et comme pour lui, nous serions même tentés de parler de « documentaire de guerre » tant Liebesman a recours à une caméra portée n’en dévoilant jamais plus que ce que peuvent discerner les personnages. Un point de vue à échelle humaine grâce auquel sont renforcés les sentiments d’urgence et de danger, parce qu’il se rapproche au plus près de la manière dont nous expérimenterions une telle attaque (à ce titre, la scène de l’atterrissage et du premier assaut vus à travers le journal télévisé est absolument énorme). Sans y avoir recours de la même manière que dans ses précédents travaux, World Invasion… sait donc faire naître sa petite angoisse et il y a de quoi, car la menace est grande. Assez novatrice dans sa construction découlant de l’appartenance au « film de guerre », l’invasion reprend certaines techniques des armées terrestres et commence comme une guérilla urbaine avant que l’ennemi ne révèle progressivement ses moyens, offrant des scènes variées et des retournements bienvenus dans un intrigue qui sans cela aurait pu être trop linéaire.

Ne jamais reculer ?

Le problème étant que cette forme des plus appréciables cache un fond bien plus critiquable, le film ne s’épargnant pas quelques concessions qui auront du mal à passer. Déjà, et comme c’était aussi le cas dans Skyline, le choc induit par un début in medias res très prenant est immédiatement tempéré par un retour en arrière de la narration, afin de présenter les protagonistes comme il se doit (apparemment). Classique… et lourdingue, bien que c’est l’effet inverse qui était recherché. Mais le plus grave dans tout ça c’est qu’à vouloir satisfaire aux codes des blockbusters, le traitement documentaire si efficace jusque-là va peu à peu perdre de son intégrité. Eparpillé tout d’abord par quelques punchlines pour détendre l’atmosphère et qui n’ont absolument pas lieu d’être mais surtout par une glorification assez gerbante de l’armée américaine – et en particulier de ses Marines – avec une finesse digne de leurs frappes soi-disant chirurgicales. Les présentations post scène d’intro qu’on croirait tirées de clips du Parti Républicain, le « recrutement » du jeune chicano (vendu par son père qui plus est), le final de cowboy… Du style documentaire, on glisse doucement mais sûrement vers la propagande et qu’on le veuille ou non, en dépit du fun de l’ensemble, on ne le ressent pas du tout de la même manière en tant que spectateur. Et ce n’est pas le rallongement du titre pour l’international (pas de « World Invasion » sur les affiches US) qui trompera qui ce soit sur le nombrilisme mégalomane du projet.

Si le genre est ainsi plein de métrages qu’on pourrait taxer de défauts similaires, l’attaque par une force alien étant l’occasion parfaite de mettre en chauffe le chauvinisme sous couvert de divertissement, World Invasion : Battle Los Angeles en souffrira plus que les autres en cela qu’ils corrompent son idée fondatrice, ce qui aurait dû être sa plus grande qualité. Comme une escort-girl qui planquerait des morpions dans ses sous-vêtements de soie, le film cache sous ses atours de belle envergure un fond relativement puant, dont l’omniprésence donne à penser qu’il ne s’agissait pas seulement de flatter l’armée pour emprunter matos et soldats. Jonathan Liebesman confirme être un faiseur d’images appliqué et un homme de spectacle avisé (on le répète, la péloche est quand même bien fun) mais ne peut s’imposer en tant qu’auteur (une piste qu’il creusait pourtant avec le direct-to-DVD The Killing Room), ayant trop peu de poids sur ce qui constitue quand même son premier blockbuster. On verra donc ce qu’il en sera avec sa suite au Choc des titans mais pour ce coup-ci, c’est un peu foiré…

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Auto promo : Les différentes invasions aliens

17 mars, 2011

Comme promis, après les maisons hantées, voici un dossier sur les invasions extraterrestres ! Hé oui, ils sont de retour dans nos salles avec World Invasion : Battle Los Angeles (à noter que la première partie du titre a été rajoutée pour l’exploitation internationale, de peur sûrement qu’on se sente exclu du bazar). Alors là, contrairement au dossier précédent, je savais exactement où je voulais aller avec cette classification des types d’invasion et, le plan bien en tête, je n’ai plus eu qu’à faire quelques recherches pour nourrir mon propos… et il n’y avait plus qu’à !

Pas grand chose d’autre à dire (pas inspiré, que voulez-vous) si ce n’est alors, comme il se doit, bonne lecture. Ah si tout de même, une chose fort à propos : Keep watching the skies !

LES DIFFERENTES INVASIONS ALIENS

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Auto promo : Maisons hantées originales à céder

15 mars, 2011

M’étant proposé à nouveau pour un dossier sur les maisons hantées à l’occasion de la sortie de l’uruguayen The Silent House (La Casa muda), j’ai été pris de court quand il s’est avéré qu’on me l’acceptait cette fois. En effet, bien que j’adore ce genre de films (mon top 5 ciné est squatté par cinq films de fantômes), je n’avais pas d’idée précise sur la manière dont aborder le sujet. Faire un historique ? Trop large pour le temps qui m’était alloué. Quelque chose de plus thématique ? Difficile quand on n’a pas vu le film auquel son dossier est rattaché. Alors j’ai un peu cédé à la facilité et me suis lancé sur une sorte de top 10 des « maisons hantées originales », le film de Gustavo Hernandez se démarquant de la concurrence autant par sa forme (un plan-séquence unique filmé en HD avec un téléphone portable) que par son fond (le twist final, souvent décrié). Et pour que mon papier soit plus sympa, j’ai eu envie de présenter ça un peu à la manière d’annonces immobilières… la bonne idée…

Déjà, en faisant des recherches, je me suis rendu compte qu’un site anglophone avait déjà fait quelque chose de similaire. Bon, exactement ça, en fait. Et très bien en plus, avec de véritables descriptions quasi-professionnelles des bâtisses garnies de détails des films (si vous voulez voir, c’est par ici). Mais comme mon idée était plutôt de parler des longs-métrages comme si c’étaient EUX les maisons, d’en montrer l’originalité avec le langage de l’immobilier, j’ai tout de même décidé de rester sur cette voie… pour me retrouver à grave galérer, peu inspiré au final par cette approche. Là, je me suis demandé si je n’allais pas me coincer les testicules dans le rabat de l’ordi portable pour m’apprendre à vouloir jouer les petits malins puis, me rappelant combien ça fait mal (un pari stupide quand j’étais jeune… cherchez pas), j’ai décidé à la place de reprendre un peu tout ça.

Et devinez quoi ? Bah ouais, en fin de compte, j’en suis plutôt content de mon petit dossier ! Il se tient à peu près, n’est pas trop chiant à lire et, cerise sur le gâteau, il m’a donné l’occasion de retrouver la trace d’un téléfilm Disney que j’avais adoré à l’époque, Fantômes pour rire, et dont je parle ici pour tous ceux qui, comme mabataille et moi, furent traumatisés au cri du « OOGIE BOOGIE ! » Sur ce, bonne lecture et à très vite pour un dossier sur les invasions extraterrestres !

THE SILENT HOUSE : MAISONS HANTEES ORIGINALES A CEDER

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Critique ciné : Les Voyages de Gulliver

8 mars, 2011

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Lemuel Gulliver s’est toujours vu comme un « petit » : coincé au département courrier d’un magazine sans opportunité d’évolution, il est raide dingue de la responsable de la rubrique voyage sans avoir jamais osé le lui avouer, préférant inventer des histoires. C’est ainsi qu’il se retrouve embarqué malgré lui pour son premier reportage, dans le Triangle des Bermudes, mais une tempête le surprend et il échoue sur une île inconnue… où vivent des humains de quelques centimètres de haut seulement ! D’abord considéré comme un monstre, il devient rapidement le héros du pays grâce à sa taille et ses mensonges. Il reste toutefois pour Lemuel à apprendre ce qu’est la vraie grandeur

« Jack Black en version light, ça n’a pas la même saveur »

Repoussé de plusieurs mois pour une (inutile) conversion en relief, la dernière adaptation ciné des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift arrive sur nos écrans avec pour seul attrait – ou presque – la présence de Jack Black face aux lilliputiens, ce que cela implique au niveau du ton de l’ensemble. Le problème étant que si le tournant comique et moderne du roman original parvient presque à justifier (disons « excuser ») cette énième version, il s’agit aussi pour le comédien d’un moyen pour consolider sa popularité auprès d’un public plus large, familial même, un peu comme lorsque Will Ferrell faisait Elfe. Et Jack Black en version light, plus encore même que dans Rock Academy, il faut avouer que ça n’a pas tout à fait la même saveur…

Jack Black pour les kids

Prenons un exemple des plus parlants : alors que Lemuel Gulliver a été fait prisonnier à cause d’un personnage qu’on nous a clairement présenté comme un gros enculé (Chris O’Dowd de The IT Crowd, parfait de vilénie), il s’énerve à propos de ce dernier et, dans la bouche de Jack Black, en vient à le traiter de « tâche »… « Grosse tâche » peut-être même au détour d’une réplique, mais cela ne change rien au fait que nous sommes loin, très loin de l’outrance à laquelle nous a habitué le comédien, sur laquelle est basé pour beaucoup son humour. Et il va de soi que tout le reste du métrage est du même tonneau, plus raisonnable qu’un suisse devant un conflit (tout ça manque de folie et de second degré), parvenant bien à nous décrocher quelques rires de temps en temps sans pour autant rendre honneur à Black. Qui, de plus, est ici réduit à une sorte de caricature soft de son personnage le plus emblématique, JB de Tenacious D, comme pour nous renforcer dans l’idée qu’il s’agit avant tout d’offrir aux jeunes spectateurs une introduction à son univers comique. Pour les fans de l’acteur, c’est donc loupé. Et pour les fans du roman de Swift, ça ne sera pas beaucoup mieux.

Voir les choses en petit

Parce que si l’on empêche Jack Black de faire usage de vulgarité, on ne va pas plus permettre à cette adaptation de se montrer aussi antidogmatique que son modèle. Lissée au possible, l’intrigue ne fait donc pas grand cas de la satyre selon Swift – pourtant toujours d’actualité – et quand elle en évoque tout de même quelques thématiques, c’est pour les abandonner aussi sec ou les expédier sans ménagement (voir la scène de comédie musicale sur le War de Edwin Starr). En fait, comme on peut s’y attendre de la part d’une comédie familiale timorée, Les Voyages de Gulliver se concentre sur une intrigue d’accomplissement personnel ultra-classique, il relègue au second plan la rencontre avec des êtres miniuscules comme si c’était presque une chose commune. Encore heureux alors que le héros – bien que cliché – sache s’attirer notre sympathie car les rouages grippés de la narration ne trompent personne, surtout pas dans les scènes de drague par procuration avec le moyen Jason Segel ou dans un happy-end des plus niais. On attendait un peu mieux d’un Rob Letterman qui nous avait ravi en co-réalisant Monstres contre Aliens, lui dont le seul acte de gloire ici sera d’avoir offert aux lilliputiens une rétro-technologie passant toujours aussi bien à l’écran.

Infantile et insipide, Les Voyages de Gulliver pourrait ainsi rentrer dans la catégorie des grosses purges puériles que nous lâche de temps à autre Hollywood (récemment, Kung Fu Nanny en était par exemple un flamboyant représentant) s’il n’était sauvé in extremis par ses quelques gags parvenant envers et contre tout à faire mouche, pas toujours forcément dus à Jack Black, et par une production value carrée. Mais, entre les kids du public et les lilliputiens de l’histoire, il paraît évident que l’équipe du film ne s’est pas focalisée sur les petits êtres qu’il aurait fallu…

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