Critique ciné : True Grit

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Tout juste débarquée de sa province afin de retrouver l’assassin de son père et le traduire en justice, la jeune Mattie Ross se met en tête de dénicher le représentant de la loi avec le plus cran pour l’y aider. Sa recherche la mène jusqu’à Rooster Cogburn, un marshal coutumier de la justice un peu trop expéditive et porté sur la bouteille qui accepte finalement sa proposition, convaincu par les talents de négociatrice de l’adolescente. Rejoints bientôt par LaBoeuf, un ranger texan lancé sur la piste du même homme, le trio s’enfonce alors en territoire indien

« Les Coen ne vont jamais là où nous les attendons »

S’étant déjà frottés à plusieurs occasions au film noir et au polar entre deux comédies, les frères Coen ajoutent aujourd’hui une nouvelle corde à leur arc avec True Grit, leur premier western. Le remake de Cent dollars pour un shérif avec John Wayne (tiré lui-même d’un roman de Charles Portis), que nous espérions alors comme une sorte de rencontre entre les univers de The Duke et The Dude. C’est à dire un western pas comme les autres, pas foncièrement humoristique mais empreint de la passion cinéphilique et du goût pour l’incongru que nous connaissons aux frangins. C’était oublier que comme ils nous l’ont prouvé avec leurs derniers efforts, et à chaque fois qui plus est, les Coen ne vont jamais là où nous les attendons…

Bouder le plaisir

Sans représenter une déception égale à Burn After Reading ou une incompréhension semblable à A Serious Man, il faut ainsi reconnaître que True Grit est loin de la claque à laquelle nous nous étions préparés, galvanisés que nous étions par une bande-annonce résonnant aux accents du God’s Gonna Cut You Down de Johnny Cash. Car loin de se montrer aussi ludiques dans leur approche de ce genre chéri du cinéma américain, Joel et Ethan optent au contraire pour un style bien plus classique dans la forme (dommage quand on se rappelle comment ils transcendaient le chemin vers la potence de Babyface Nelson dans O’Brother). Soigné à l’extrême certes, les Coen comptant quand même parmi les réalisateurs les plus doués du marché actuel, mais par-dessus tout des plus conventionnels. Les choses commençaient pourtant sur une note plutôt originale avec le personnage de Matty, gamine forte en gueule inhabituelle dans un western et grâce à qui s’installe un décalage permettant l’intrusion de l’humour, élément avec lequel les frangins font bien sûr toujours des merveilles. Mais dès la chasse lancée on perd immédiatement un peu de cela, et ce ne sont pas les quelques séquences « autres » disséminées ça et là – par exemple la rencontre hallucinée avec le docteur camouflé sous sa peau d’ours – qui vont suffire à donner au métrage le ton, le cachet véritablement unique que nous attendions du duo. En tout cas pas au premier abord.

Derrière les légendes

Les frères Coen ne vont alors évidemment pas se contenter de faire un western dans la norme, cette déférence au classicisme est en fait pour eux le moyen de réétudier le genre de l’intérieur. Crépusculaire déjà comme il se doit avec le récit de cette fillette se faisant accompagner par deux figures légendaires de l’Ouest – le marshal et le ranger – loin d’être aussi héroïques que ce que laissent croire leurs fonctions, True Grit se refuse en plus à tout manichéisme comme on le constate au travers de méchants pouvant faire preuve d’humanité et plus encore dans la manière qu’il a de traduire en justice la justice, l’idée fondatrice même du western : la pendaison où l’on laisse le temps aux criminels de s’innocenter, le procès où le justicier se retrouve accusé, les conséquences de la vengeance finale… Continuant sur leur lancée de déconstruction, les frangins rejettent en bloc tous les clichés du genre (le film se passe en territoire indien mais on n’en croise pourtant pas la queue d’un, on nous parle d’une attaque de train mais on ne l’a voit pas…) et repoussent ceux auxquels ils sont contraints le plus tard possible. Preuve en est qu’il faut attendre jusqu’au dernier quart du métrage pour voir les visages des bad guys, parce que pour ses auteurs il consiste avant tout en la relation entre les trois personnages principaux (et colle donc rigoureusement à leur point de vue), l’influence que ces trois générations ont les unes sur les autres. Heureusement, ce choix est entièrement validé par le biais d’un casting impeccable où les excellents Jeff Bridges et Matt Damon doivent lutter pour ne pas être éclipsés par la nouvelle-venue Hailee Steinfeld, parfaitement à l’aise dans des bottes qu’on aurait juré trop grandes pour elle.

Soyons clairs alors : True Grit est un film de premier choix, un western avec une élégance dont peu peuvent se targuer, mais cela n’empêche pas que l’on sort de la salle avec l’impression qu’il aurait pu être tellement plus. Un véritable sommet du genre. S’ouvrant sur la citation biblique « le méchant fuit sans être poursuivi de personne« , on pourrait même ajouter que les Coen ont décidé de raconter une histoire où « le justicier pourchasse sans personne devant lui« , démystifiant l’Ouest sauvage et ses codes sous des oripeaux classiques pour se rapprocher au plus près de ceux qui vivaient dans ce contexte de violence et d’opportunités. Les frangins ont donc parfaitement réussi à faire le film qu’ils désiraient (doués comme ils sont, ce serait dommage de se planter) mais manque de pot, cette fois encore leur désir ne correspondait pas tout à fait au nôtre…

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Une Réponse à “Critique ciné : True Grit”

  1. Pomme d'Happy dit :

    « il faut ainsi reconnaître que True Grit est loin de la claque à laquelle nous nous étions préparés »
    C’est exactement ça. J’ai bien aimé, mais… Mais y’a un mais. xD
    J’avais entendu dire que la gamien jouait super bien, qu’elle volait la vedette à Bridges, personnellement, je n’ai pas trouvé!

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