Critique ciné : Tron l’héritage

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Cela fait des années que Kevin Flynn, le célèbre inventeur du jeu vidéo Tron et patron de la société Encom, a disparu corps et biens, laissant derrière lui son jeune fils Sam. Aujourd’hui âgé de 27 ans, le jeune homme avait perdu tout espoir de revoir son père jusqu’à ce que lui parvienne un mystérieux message du bureau de ce dernier, laissé pourtant à l’abandon. En se rendant sur les lieux, Sam découvre l’atelier paternel et, comme lui autrefois, se retrouve projeté dans le programme de Tron. Il y découvre alors un monde dominé par le CLU, un despotique avatar informatique de Kevin Flynn, où il va devoir se battre pour survivre et, peut-être, retrouver la piste de son père

« Tron tel qu’il ne pouvait être »

Sorti avec une très grosse décennie d’avance sur son temps, le premier Tron fut loin de rencontrer le succès espéré par Disney mais, en tant qu’oeuvre révolutionnaire sur plus d’un point, il ne manqua pas de se constituer une solide communauté de fans qui alla en grandissant au fil des ans. Symptomatique de l’apparition de la culture geek au même titre que Star Wars ou Donjons et Dragons, le film de Steven Lisberger profite donc aujourd’hui d’une mise à jour comme tant d’autres licences à ceci près que, là où plusieurs expériences de la sorte préfèrent faire table rase du passé, Tron l’héritage n’oublie pas d’où il vient ni grâce à qui il peut être là aujourd’hui. Et ça, croyez nous, ça flatte la cinéphilie !

Trente ans d’écart

Forcément, donner suite à Tron aujourd’hui présente de nombreux avantages en comparaison à l’époque du premier. Déjà, le public est incomparablement plus familier des univers virtuels et du monde de l’informatique, ce qui le rend accessible à un plus grand nombre. Mais surtout, ce n’est qu’à l’aide des effets spéciaux modernes que l’audace et l’innovation visuelles de l’original peuvent pleinement prendre forme. Catapulté à la tête de ce blockbuster par Lisberger en personne (pas mal pour un premier long-métrage), Joseph Kosinski sait qu’il ne pourra pas marquer une avancée aussi flagrante que son modèle et tente d’y pallier avec des CGI à la pointe de la technologie (on serait tenté de dire que le rajeunissement de Jeff Bridges a parfois un rendu trop « jeu vidéo » sauf que ça colle à la thématique, alors bon…) mais là où il valide à 100% le projet, c’est dans la manière qu’il a de nous plonger dans ce monde, de le rendre tangible. Merci l’efficace 3D, cela va de soi, mais merci plus encore une réalisation avisée nous faisant oublier l’aspect statique du film de 1982, laquelle donne enfin un vrai relief au délire numérique. On le constate bien sûr dans l’ajout de décors « réels » à cet univers, ce qui n’est pas rien, et aussi – plus intéressant – dans la dimension que peuvent ici acquérir les différents jeux du cirque, où les affrontements se jouent dorénavant à 360° et sont complètement réinventés. D’une spectaculaire ampleur que seule l’évolution des images de synthèse aura permise, la réalisation n’en renie pas pour autant ses origines et en plus d’offrir une upgrade respectueuse des designs de Tron, elle est portée par les puissantes partitions aux forts accents 80′s de Daft Punk qui tissent un lien indéfectible entre les deux films. Pour le plaisir des fans de la première heure.

Régal à geeks

Parce que, et c’est là l’une des très grandes forces de Tron l’héritage, il n’hésite jamais à satisfaire les plus bas instincts des geeks (l’étonnante campagne promotionnelle en était déjà un fort indice). Devenu culte grâce au soutien de cette communauté, la suite du métrage de Lisberger s’imprègne en retour de la culture geek : les figurines de Sam, la salle d’arcade à verser une larme de nostalgie, des clins d’oeil et références en pagailles… Une multitude de réjouissants détails pour qui de droit et qui n’interfèrent nullement avec l’appréciation générale du film, sans quoi on retomberait dans les travers du chapitre précédent. Et même si le concept d’être matérialisé dans un programme informatique continue d’en laisser certains incrédules, le film y pallie en ne négligeant pas la part de magie dans tout ça. Son aventure, pensée pour s’inscrire dans la tradition des grands mythes, emprunte ainsi autant à Jules Verne – explicitement cité ici avec ses Voyages extraordinaires – qu’à la saga de George Lucas en passant par tout un pan de la tradition heroic fantasy, ce qu’on constate entre autres dans la construction des personnages autour de dualités archétypales (père/fils, maître/élève, créateur/création… la logique binaire en somme). La ficelle peut sembler un peu grosse, sans compter que la compilation fait que certains éléments n’ont d’autre choix que d’être laissés en suspens ou inexploités (on sent qu’ils en gardent sous le coude pour la suite), mais cela fonctionne étonnamment bien dans le cas présent. Cette approche insuffle en effet ce qu’il faut de cohérence et de grandeur à Tron l’héritage pour qu’il régale les geeks tout en embarquant en même temps les non-initiés, le public en quête seulement d’un spectacle d’excellente facture. Une manière de racheter les fautes du père.

Pour faire court, nous dirons alors seulement que le film de Joseph Kosinski est le Tron tel qu’il ne pouvait être à l’époque de sa création et que beaucoup attendaient, soit la concrétisation formelle et narrative d’un formidable potentiel mis à l’oeuvre quelques décennies trop tôt. La révolution d’autrefois a ainsi muté en un blockbuster épique et quasi-mythique, sachant jeter un pont d’or entre les besoins des geeks et ceux des spectateurs plus casuals : peut-on rêver d’un plus bel héritage ?

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