Archive pour février, 2011

Critique ciné : True Grit

27 février, 2011

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Tout juste débarquée de sa province afin de retrouver l’assassin de son père et le traduire en justice, la jeune Mattie Ross se met en tête de dénicher le représentant de la loi avec le plus cran pour l’y aider. Sa recherche la mène jusqu’à Rooster Cogburn, un marshal coutumier de la justice un peu trop expéditive et porté sur la bouteille qui accepte finalement sa proposition, convaincu par les talents de négociatrice de l’adolescente. Rejoints bientôt par LaBoeuf, un ranger texan lancé sur la piste du même homme, le trio s’enfonce alors en territoire indien

« Les Coen ne vont jamais là où nous les attendons »

S’étant déjà frottés à plusieurs occasions au film noir et au polar entre deux comédies, les frères Coen ajoutent aujourd’hui une nouvelle corde à leur arc avec True Grit, leur premier western. Le remake de Cent dollars pour un shérif avec John Wayne (tiré lui-même d’un roman de Charles Portis), que nous espérions alors comme une sorte de rencontre entre les univers de The Duke et The Dude. C’est à dire un western pas comme les autres, pas foncièrement humoristique mais empreint de la passion cinéphilique et du goût pour l’incongru que nous connaissons aux frangins. C’était oublier que comme ils nous l’ont prouvé avec leurs derniers efforts, et à chaque fois qui plus est, les Coen ne vont jamais là où nous les attendons…

Bouder le plaisir

Sans représenter une déception égale à Burn After Reading ou une incompréhension semblable à A Serious Man, il faut ainsi reconnaître que True Grit est loin de la claque à laquelle nous nous étions préparés, galvanisés que nous étions par une bande-annonce résonnant aux accents du God’s Gonna Cut You Down de Johnny Cash. Car loin de se montrer aussi ludiques dans leur approche de ce genre chéri du cinéma américain, Joel et Ethan optent au contraire pour un style bien plus classique dans la forme (dommage quand on se rappelle comment ils transcendaient le chemin vers la potence de Babyface Nelson dans O’Brother). Soigné à l’extrême certes, les Coen comptant quand même parmi les réalisateurs les plus doués du marché actuel, mais par-dessus tout des plus conventionnels. Les choses commençaient pourtant sur une note plutôt originale avec le personnage de Matty, gamine forte en gueule inhabituelle dans un western et grâce à qui s’installe un décalage permettant l’intrusion de l’humour, élément avec lequel les frangins font bien sûr toujours des merveilles. Mais dès la chasse lancée on perd immédiatement un peu de cela, et ce ne sont pas les quelques séquences « autres » disséminées ça et là – par exemple la rencontre hallucinée avec le docteur camouflé sous sa peau d’ours – qui vont suffire à donner au métrage le ton, le cachet véritablement unique que nous attendions du duo. En tout cas pas au premier abord.

Derrière les légendes

Les frères Coen ne vont alors évidemment pas se contenter de faire un western dans la norme, cette déférence au classicisme est en fait pour eux le moyen de réétudier le genre de l’intérieur. Crépusculaire déjà comme il se doit avec le récit de cette fillette se faisant accompagner par deux figures légendaires de l’Ouest – le marshal et le ranger – loin d’être aussi héroïques que ce que laissent croire leurs fonctions, True Grit se refuse en plus à tout manichéisme comme on le constate au travers de méchants pouvant faire preuve d’humanité et plus encore dans la manière qu’il a de traduire en justice la justice, l’idée fondatrice même du western : la pendaison où l’on laisse le temps aux criminels de s’innocenter, le procès où le justicier se retrouve accusé, les conséquences de la vengeance finale… Continuant sur leur lancée de déconstruction, les frangins rejettent en bloc tous les clichés du genre (le film se passe en territoire indien mais on n’en croise pourtant pas la queue d’un, on nous parle d’une attaque de train mais on ne l’a voit pas…) et repoussent ceux auxquels ils sont contraints le plus tard possible. Preuve en est qu’il faut attendre jusqu’au dernier quart du métrage pour voir les visages des bad guys, parce que pour ses auteurs il consiste avant tout en la relation entre les trois personnages principaux (et colle donc rigoureusement à leur point de vue), l’influence que ces trois générations ont les unes sur les autres. Heureusement, ce choix est entièrement validé par le biais d’un casting impeccable où les excellents Jeff Bridges et Matt Damon doivent lutter pour ne pas être éclipsés par la nouvelle-venue Hailee Steinfeld, parfaitement à l’aise dans des bottes qu’on aurait juré trop grandes pour elle.

Soyons clairs alors : True Grit est un film de premier choix, un western avec une élégance dont peu peuvent se targuer, mais cela n’empêche pas que l’on sort de la salle avec l’impression qu’il aurait pu être tellement plus. Un véritable sommet du genre. S’ouvrant sur la citation biblique « le méchant fuit sans être poursuivi de personne« , on pourrait même ajouter que les Coen ont décidé de raconter une histoire où « le justicier pourchasse sans personne devant lui« , démystifiant l’Ouest sauvage et ses codes sous des oripeaux classiques pour se rapprocher au plus près de ceux qui vivaient dans ce contexte de violence et d’opportunités. Les frangins ont donc parfaitement réussi à faire le film qu’ils désiraient (doués comme ils sont, ce serait dommage de se planter) mais manque de pot, cette fois encore leur désir ne correspondait pas tout à fait au nôtre…

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Critique ciné : Tron l’héritage

21 février, 2011

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Cela fait des années que Kevin Flynn, le célèbre inventeur du jeu vidéo Tron et patron de la société Encom, a disparu corps et biens, laissant derrière lui son jeune fils Sam. Aujourd’hui âgé de 27 ans, le jeune homme avait perdu tout espoir de revoir son père jusqu’à ce que lui parvienne un mystérieux message du bureau de ce dernier, laissé pourtant à l’abandon. En se rendant sur les lieux, Sam découvre l’atelier paternel et, comme lui autrefois, se retrouve projeté dans le programme de Tron. Il y découvre alors un monde dominé par le CLU, un despotique avatar informatique de Kevin Flynn, où il va devoir se battre pour survivre et, peut-être, retrouver la piste de son père

« Tron tel qu’il ne pouvait être »

Sorti avec une très grosse décennie d’avance sur son temps, le premier Tron fut loin de rencontrer le succès espéré par Disney mais, en tant qu’oeuvre révolutionnaire sur plus d’un point, il ne manqua pas de se constituer une solide communauté de fans qui alla en grandissant au fil des ans. Symptomatique de l’apparition de la culture geek au même titre que Star Wars ou Donjons et Dragons, le film de Steven Lisberger profite donc aujourd’hui d’une mise à jour comme tant d’autres licences à ceci près que, là où plusieurs expériences de la sorte préfèrent faire table rase du passé, Tron l’héritage n’oublie pas d’où il vient ni grâce à qui il peut être là aujourd’hui. Et ça, croyez nous, ça flatte la cinéphilie !

Trente ans d’écart

Forcément, donner suite à Tron aujourd’hui présente de nombreux avantages en comparaison à l’époque du premier. Déjà, le public est incomparablement plus familier des univers virtuels et du monde de l’informatique, ce qui le rend accessible à un plus grand nombre. Mais surtout, ce n’est qu’à l’aide des effets spéciaux modernes que l’audace et l’innovation visuelles de l’original peuvent pleinement prendre forme. Catapulté à la tête de ce blockbuster par Lisberger en personne (pas mal pour un premier long-métrage), Joseph Kosinski sait qu’il ne pourra pas marquer une avancée aussi flagrante que son modèle et tente d’y pallier avec des CGI à la pointe de la technologie (on serait tenté de dire que le rajeunissement de Jeff Bridges a parfois un rendu trop « jeu vidéo » sauf que ça colle à la thématique, alors bon…) mais là où il valide à 100% le projet, c’est dans la manière qu’il a de nous plonger dans ce monde, de le rendre tangible. Merci l’efficace 3D, cela va de soi, mais merci plus encore une réalisation avisée nous faisant oublier l’aspect statique du film de 1982, laquelle donne enfin un vrai relief au délire numérique. On le constate bien sûr dans l’ajout de décors « réels » à cet univers, ce qui n’est pas rien, et aussi – plus intéressant – dans la dimension que peuvent ici acquérir les différents jeux du cirque, où les affrontements se jouent dorénavant à 360° et sont complètement réinventés. D’une spectaculaire ampleur que seule l’évolution des images de synthèse aura permise, la réalisation n’en renie pas pour autant ses origines et en plus d’offrir une upgrade respectueuse des designs de Tron, elle est portée par les puissantes partitions aux forts accents 80′s de Daft Punk qui tissent un lien indéfectible entre les deux films. Pour le plaisir des fans de la première heure.

Régal à geeks

Parce que, et c’est là l’une des très grandes forces de Tron l’héritage, il n’hésite jamais à satisfaire les plus bas instincts des geeks (l’étonnante campagne promotionnelle en était déjà un fort indice). Devenu culte grâce au soutien de cette communauté, la suite du métrage de Lisberger s’imprègne en retour de la culture geek : les figurines de Sam, la salle d’arcade à verser une larme de nostalgie, des clins d’oeil et références en pagailles… Une multitude de réjouissants détails pour qui de droit et qui n’interfèrent nullement avec l’appréciation générale du film, sans quoi on retomberait dans les travers du chapitre précédent. Et même si le concept d’être matérialisé dans un programme informatique continue d’en laisser certains incrédules, le film y pallie en ne négligeant pas la part de magie dans tout ça. Son aventure, pensée pour s’inscrire dans la tradition des grands mythes, emprunte ainsi autant à Jules Verne – explicitement cité ici avec ses Voyages extraordinaires – qu’à la saga de George Lucas en passant par tout un pan de la tradition heroic fantasy, ce qu’on constate entre autres dans la construction des personnages autour de dualités archétypales (père/fils, maître/élève, créateur/création… la logique binaire en somme). La ficelle peut sembler un peu grosse, sans compter que la compilation fait que certains éléments n’ont d’autre choix que d’être laissés en suspens ou inexploités (on sent qu’ils en gardent sous le coude pour la suite), mais cela fonctionne étonnamment bien dans le cas présent. Cette approche insuffle en effet ce qu’il faut de cohérence et de grandeur à Tron l’héritage pour qu’il régale les geeks tout en embarquant en même temps les non-initiés, le public en quête seulement d’un spectacle d’excellente facture. Une manière de racheter les fautes du père.

Pour faire court, nous dirons alors seulement que le film de Joseph Kosinski est le Tron tel qu’il ne pouvait être à l’époque de sa création et que beaucoup attendaient, soit la concrétisation formelle et narrative d’un formidable potentiel mis à l’oeuvre quelques décennies trop tôt. La révolution d’autrefois a ainsi muté en un blockbuster épique et quasi-mythique, sachant jeter un pont d’or entre les besoins des geeks et ceux des spectateurs plus casuals : peut-on rêver d’un plus bel héritage ?

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200 000 raisons de vous remercier…

21 février, 2011

… mais comme on ne va pas toutes se les faire non plus, je vais seulement vous dire un grand, mais alors un TRES GRAND MERCI pour les 200000 visites dépassées désormais au compteur du Geek Show ! Muchas gracias, muchachas y muchachos ! Hasta la victoria siempre !

Alors comment vous montrer maintenant ma gratitude ? J’avais bien pensé à envoyer un chèque de 23 euros à chaque visiteur du blog mais, manque de pot, je me suis rendu compte que je n’aurai jamais assez d’argent pour acheter tous les timbres (sans compter que je n’ai même pas de chéquier, c’est dire comme cette idée était mal barrée). Et pour ce qui est du poème de remerciement, une charmante tradition bolchévique, je ne pense pas que vous faire l’affront de ma prose ankylosée soit la meilleure façon d’exprimer toute ma reconnaissance. Alors à la place, comme je viens de découvrir le monde de la bourse au travers des deux films Wall Street et son univers de chiffres et de graphiques, je vais vous faire découvrir quelque chose qui m’a toujours amusé et rempli de fierté : les statistiques de fréquentation du Geek Show ! Sous vos yeux ébahis, contemplez donc de quelle manière vous avez contribué à faire de ce blog ce qu’il est aujourd’hui !

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C’est cool, hein, vous ne trouvez pas ? Quoi ?… Comment ça, « pour les 100000, on avait eu une image sexy » ? Et je vous en avais promis une encore mieux pour cette fois ?… Vous n’aviez pas oublié, alors… Bon, bah puisque le charme brut des chiffres ne remplacera jamais celui de pin-ups dessinées par de talentueux artistes japonais, voici une jolie image ecchi de Bleach, l’oeuvre de Tite Kubo trouvant ici une ré-interprétation estivale des plus facétieuses (ah, ce petit Kon).

(Au passage, pardon pour les enfants qui pourraient se retrouver par inadvertance face à cet article mais, hé, vous n’avez pas autre chose à faire que de traîner sur le net ? Votre futur chômage vous laissera bien assez de temps pour ça plus tard, foutez-moi le camp !)

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Sur ce, les jeunes, je vais vous abandonner, appelé que je suis vers d’autres horizons (le Pit-Signal se dessine sur les nuages d’une nuit d’encre). Encore une fois alors merci pour tout et comme on dit dans le Bouchonnois, on se revoit pour les 300000 ! Restez couverts, le printemps sera traître !

Résultat du sondage « Quel Pixar préférez-vous ? »

17 février, 2011

Au départ ils étaient 8, puis 8 autres vinrent les rejoindre. Par un heureux tour du destin, ils furent bientôt 28 , montèrent par la suite jusqu’à 41 et aujourd’hui, croyez-le ou non, ils culminent à 63… Non, je ne parle pas du nombre de personnes désirant avidement mon trépas (je n’en suis qu’à 62) mais bien du nombre de votants pour les sondages du Geek Show, sans cesse plus nombreux comme vous pouvez le constater. Un très grand merci alors à tous les participants et, sans plus de cérémonial, voyons les résultats de cet épique scrutin :

Toy Story 3 : 19 % (12 votes)
Wall-E : 17 % (11 votes)
Toy Story : 16 % (10 votes)
Là-haut : 11 % (7 votes)
Monstres et Cie : 8 % (5 votes)
Le Monde de Nemo : 6 % (4 votes)
Les Indestructibles : 6 % (4 votes)
Toy Story 2 : 5 % (3 votes)
Cars : 5 % (3 votes)
Ratatouille : 5 % (3 votes)
1001 pattes : 2 % (1 vote)

La tendance ne s’est pas inversée depuis le sondage « votre film préféré de James Cameron » et comme alors, c’est le plus récent de la liste qui remporte le plus largement votre adhésion. Toy Story 3 est donc selon vous le meilleur Pixar et vu les qualités certaines de la bête, il faut bien avouer que votre choix n’a rien d’étonnant. Pas plus que le fait de retrouver le génial Wall-E en seconde place (mon choix personnel, soit dit en passant), la romance des petits robots étant un véritable monument de réalisation et d’animation dont la tendresse a fait fondre même les coeurs les plus durs.

Plus surprenante, la place de Toy Story dans le trio de tête vient nous rappeler à quel point ce film marqua un tournant dans l’industrie du cinéma – animé tout du moins – et quel choc il fut pour beaucoup d’entre nous. Oeuvre séminale du studio aux mille miracles, la première aventure de Woody et Buzz mérite en tout cas très largement cette reconnaissance même si ça fait un peu mal de voir sa suite directe (supérieure selon moi) se ramasser de la sorte en comparaison. Le privilège de l’aînesse, certainement.

Pilier de Pixar depuis des temps immémoriaux, l’implication et le talent de Pete Docter ont fini par payer puisque ses deux longs-métrages en tant que réalisateur occupent la quatrième et la cinquième place du classement, respectivement Là-haut et Monstres et Cie. Il n’en va malheureusement pas de même pour le tout aussi doué (si ce n’est plus) Brad Bird dont Les Indestructibles et Ratatouille n’ont pas réussi à se détacher de la queue du peloton, pas plus que les très émouvant Le Monde de Nemo de Andrew Stanton. Il faut croire que malgré leurs qualités évidentes, la compétition était un peu trop rude entre tous ces chefs d’oeuvre.

Mais la plus grosse claque est à mettre au compte de John Lasseter, l’homme qui a pourtant fait de Pixar ce qu’il est aujourd’hui : bien que son Toy Story ait réussi à se hisser sur le podium, tous ses autres ouvrages sont à l’opposé. Nous avons déjà évoqué la cas de Toy Story 2, tristement relégué dans les tréfonds du classement, auquel il nous faut alors rajouter Cars (pourtant plus surprenant que ce qu’il annonçait) et surtout 1001 pattes, la seule erreur de parcours du studio et qui pour le coup ne démérite pas sa dernière place. Une âme charitable lui a concédé une voix mais c’était bien des mois après le début du sondage, me renforçant dans l’idée que ce n’est que par pitié que ce film tout juste sympathique (les puces russes m’ont quand même bien fait marrer) a décroché un vote.

Voiloù, c’est fini pour le sondage Pixar ! La suite ? Une enquête afin de déterminer quel reboot / remake hollywoodien vous attendez le plus parmi une liste d’alléchantes propositions. Bon vote alors et encore merci pour tout les jeunes !

Critique ciné : Black Swan

15 février, 2011

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Talentueuse danseuse du New York City Ballet, Nina est une gentille fille rêvant d’interpréter le double rôle principal du Lac des cygnes. Alors, quand on lui en donne enfin la chance, elle redouble d’effort pour être aussi convaincante en cygne blanc, la pureté, qu’en cygne noir, la sexualité. Deux facettes que la jeune femme a du mal à concilier malgré son acharnement, malgré la douleur, la plongeant petit à petit dans un profond désarroi. Jusqu’à ce que, poussée à bout par l’arrivée d’une mystérieuse concurrente, Nina ne puisse plus distinguer la frontière entre rêve et réalité

« Une nouvelle démonstration magistrale du talent de Aronofsky »

Malgré l’or évident qu’il a entre les mains, Darren Aronofsky est un réalisateur habitué aux contrariétés et à revoir à la baisse ses ambitions. N’ayant en effet réussi à concrétiser son The Fountain qu’en réduisant de moitié sa vision originelle, il a ensuite essuyé plusieurs projets avortés avant de sa casser définitivement les dents sur le remake de Robocop, projet trop ambitieux pour une MGM en pleine banqueroute. Alors, plutôt que de subir une nouvelle déconvenue, le réalisateur new-yorkais se lance sur un film moins gourmand auquel il réfléchit depuis quelques temps déjà, un drame horrifique intimiste situé dans le milieu du ballet. Black Swan. Et loin de se laisser aller sur cette oeuvre d’une envergure moindre en apparence, il apporte une nouvelle réussite à sa carrière tout en continuant de faire progresser celle-ci dans la direction que nous espérons.

Le bon genre

Ainsi, certains ne manqueront pas de remarquer que le point fort de Black Swan n’est pas franchement son postulat de départ, pas des plus originaux. Gare toutefois aux critiques malavisées car c’est volontairement que Aronofsky recherche ce fantastique classique, variation sur les thèmes du Horla et de La Métamorphose, afin de se focaliser sur sa réalisation seule. Ne penser qu’à la façon de raconter au mieux cette histoire. En résulte un bel exercice de style dont les inspirations ne sont donc pas que littéraires mais aussi cinématographiques, à commencer bien sûr par un Perfect Blue cité de nombreuses fois au travers des errements de raison de Nina (après Inception, le regretté Satoshi Kon inspire décidément plus que jamais la nouvelle garde hollywoodienne). Mais surtout, ce film a cela de notable qu’il emmène Darren toujours plus près du pur cinéma de genre, un territoire qu’il nous tarde de le voir explorer depuis les fulgurances épiques de The Fountain. En attendant alors le très prometteur The Wolverine, il se frotte au cinéma horrifique et plus particulièrement à une certaine tradition italienne, où l’on aime à transformer en théâtre de l’horreur un environnement d’ordinaire associé à la pureté, à l’innocence. Black Swan en baigne dans des ténèbres aussi belles que dangereuses (photo et grain ont eu une touche vintage évoquant immédiatement les heures de gloire de Dario Argento) où notre angoisse grandit tout aussi sûrement que la folie chez Nina, même si l’horreur à proprement parler se fait finalement plus discrète que prévue. Parce que Aronofsky reste avant tout un réalisateur centré sur ses personnages et leur drame personnel, et celui-ci ne fait pas exception à la règle.

Dans sa peau

Tout le film est donc tourné vers sa protagoniste principale, qui profite à l’évidence d’une attention toute particulière. Plus que la performance habitée de Portman, c’est le traitement trouble du personnage qui lui apporte toute sa profondeur : Nina n’est pas une figure héroïque mais une simple représentante du commun des envieux mortels, elle n’est pas exempte de défauts mais a certaines circonstances atténuantes (l’éducation d’une mère possessive)… Nous ne sommes alors pas forcément de son côté mais, ironiquement, nous la comprenons malgré tout parce que le réalisateur ne la quitte jamais de l’objectif. Au sens propre. Collée à elle dans le moindre de ses déplacements, la caméra se fait encore plus proche lors des scènes de danse, avec filmage documentaire et plans-séquence pour restituer l’effort, la douleur physique ressentie par ces véritables sportives. Aronofsky pousse l’idée encore plus loin en multipliant les très gros plans sur la peau en mutation de son actrice, ses auto-mutilations, concrétisant une réalisation proprement épidermique pouvant basculer même jusqu’au charnel, comme lors de la scène très sexy entre Portman et Mila Kunis (on reconnaît bien là le cinéaste qui avait perverti comme jamais la délicieuse Jennifer Connelly dans Requiem for a Dream). Mais surtout, les clés pour comprendre Nina, nous les obtenons parce que le film colle à son point de vue en toutes occasions. Dès les premières minutes, où l’élément fantastique est immédiatement introduit pour éviter toute présentation qui nous installerait trop à l’extérieur, à notre place de spectateurs ; puis jusqu’à la fin, dans un spectacle où nos sens se confondent toujours plus avec la perception de l’héroïne (le travail sur le son en est particulièrement révélateur).

Ultime preuve de cet attachement au point de vue du personnage principal : quand Black Swan se finit, nous en sommes au même point que Nina, c’est à dire que demeurent plusieurs zones d’ombre, des questions laissées en suspens (l’agression de Beth, par exemple). Une audace certaine dans un film qui n’en contient pas tellement que ça, consistant surtout en une nouvelle démonstration magistrale du talent de Aronofsky qui, à l’instar de son héroïne, semble toujours à la recherche de la perfection. Et si une poignée peuvent prétendre s’en approcher, assurément, Aronofsky est de ceux-là. Ce qui est alors sûr pour l’instant, c’est qu’il continue son petit bonhomme de chemin vers le cinéma que nous rêvons de le voir pratiquer et, rien que pour ça, Black Swan possède donc une valeur inestimable.

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Auto promo : Quand le cartoon devient live

9 février, 2011

Ah, voilà un sujet comme je les aime ! Pour la sortie en salles de Yogi l’ours ce mercredi (savez-vous qui est ce personnage ? Non parce que, en parlant avec plusieurs personnes, je me suis rendu compte qu’il n’est apparemment plus aussi connu qu’avant : bide annoncé dans l’hexagone ?), je me suis donc fendu d’un petit dossier sur les cartoons adaptés en film live – ou film en prise de vue réelle comme dit le poète – qui m’a rappelé de bons souvenirs.

Il faut le savoir en effet, le sujet de mon mémoire de Maîtrise (oui, je suis un Maître, niveau 32 avec renforts en stamina et strength) était assez proche et c’est toujours plaisant de pouvoir revenir sur ce qu’on a fait, de le réactualiser un peu (non, je ne me suis pas contenté de recopier). Bon, ça ne m’a pas empêché non plus de galérer pour arriver au bout mais, finalement, j’en suis plutôt content.

J’ai réussi à mettre plein d’images de films que je kiffe sévère et dont on ne parle pas assez… Casper, c’est pour toi !

Allez, vous connaissez la procédure : vous tournez trois fois sur vous-même, vous tapez deux fois vos talons, puis vous cliquez une fois sur le lien ci-dessous et LET’S GO READING ! (ou pas, je ne vais pas vous forcer la main non plus)

Peace !

QUAND LE CARTOON DEVIENT LIVE

p.s. : pour ceux qui en doutent, Yogi l’ours est bien un ours, assimilé à la famille du grizzly qui plus est. Certains ont cru voir en lui un sasquatch cherchant à se fondre dans la masse mais c’est une erreur assez commune. En effet, comme Yogi, le sasquatch aime à porter un chapeau, d’où confusion… Merci de ne pas applaudir.

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Critique ciné : Yogi l’ours

8 février, 2011

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Avec son chapeau et sa cravate, Yogi n’est pas un ours comme les autres. Il est même plus malin que l’ours moyen, c’est dire ! Accompagné de son fidèle ami Booboo, il profite donc de cette intelligence hors du commun (selon ses critères) pour se livrer à son activité favorite : chiper les paniers pique-nique à la barbe des visiteurs du parc de Jellystone, ce qui ne manque jamais de mettre le Ranger Smith hors de lui. Mais quand le maire de la ville décide de boucher un trou dans son budget en rasant les arbres du parc naturel, Yogi doit faire la paix avec son gardien et, aidé par une jeune et jolie documentariste, il va apprendre à mettre son cerveau au service d’autre chose que son estomac

« Plus sage que le toon moyen »

Apparu à la fin des années 50, Yogi l’ours rejoint aujourd’hui la liste des personnages animés passés du petit écran au grand pour s’illustrer dans un film live. Un genre à part entière, souvent considéré comme destiné exclusivement au jeune public. Parfois à tort, d’autres fois non. Toujours est-il que c’est peut-être la raison pour laquelle les scénaristes de cette adaptation – responsables auparavant du médiocre Fée malgré lui – n’ont pas jugé utile de livrer une intrigue ayant un semblant d’originalité. Prévisible dans ses moindres détails, le scénario se révèle en plus désespérant lorsqu’on comprend la trop grande place qu’il laisse aux humains de service, l’amourette du Ranger Smith avec la documentariste empiétant clairement sur l’intrigue personnelle de notre héros chapardeur. A croire que l’équipe du film ne faisait pas confiance à ses personnages en images de synthèse. Et à vrai dire… ils avaient raison. Car même si le rendu « cartoons dans le réel » des ours est plutôt réussi, leur interaction avec l’univers qui les entoure est quasi-nulle ! Une gruge faisant par exemple que les rares fois où ils s’aventurent à toucher les comédiens, il n’y a absolument aucune sensation de contact entre eux. Alors que prodiguer une réalité physique à un toon est l’une des clés pour l’inscrire tangiblement dans un contexte live… Il faut reconnaître aussi que les infographistes ne sont pas aidés par des comédiens visiblement mal à l’aise de devoir jouer devant du vide, même une Anna Faris qui ne manque pourtant pas de ressources d’ordinaire (la nullité de son rôle n’a pas dû la motiver à s’impliquer).

Heureusement, cette simplicité honteuse des CGI (le réalisateur Eric Brevig est tout de même l’un des cadors de la profession) se retrouve compensée par un relief du plus bel effet, créé avec le système Fusion 3D développé par James Cameron. Brevig a beau alors se laisser aller à une approche plus foraine du procédé que sur Voyage au centre de la Terre, on ne va pas casser du sucre sur ce qui constitue l’un des principaux intérêts du film. Parce que oui, c’est triste à dire mais Yogi l’ours aura à côté de ça beaucoup de peine à faire rire les spectateurs qui regardaient le cartoon dans leur enfance : là où les longs-métrages de ce genre fourmillent d’habitude de gags et clins d’oeil à destination du public adulte, on ne trouve presque rien de la sorte ici. Ni second degré, ni humour mordant. Dan Aykroyd et Justin Timberlake (!) s’amusent à l’évidence à incarner le duo d’ours, ils s’arrangent même quelques répliques joliment tournées, mais cela ne suffit que trop rarement pour nous décrocher un sourire. Et comme cela arrive parfois, le personnage le plus drôle se trouvera en définitive être le méchant, caricature de politique véreux à laquelle Andrew Daly (Semi-Pro) confère une désopilante hypocrisie. Ce qui fait peu. A moins alors de pouvoir renouer avec la candeur de vos jeunes années, il y a fort à parier que vous ne prendrez pas grand plaisir à redécouvrir cette star du studio Hanna-Barbera, désormais plus sage que le toon moyen.

(Retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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Critique ciné : Le Discours d’un roi

8 février, 2011

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L’histoire de l’accession au trône de George VI, roi d’Angleterre, tandis que l’ombre de la guerre s’étend sur l’Europe avec la montée du nazisme. Souffrant d’un grave bégaiement depuis sa plus jeune enfance, celui que ses proches nomment « Bertie » essaye un nouveau traitement pour s’en débarrasser auprès de Lionel Logue, un praticien aux méthodes curieuses qui ne va pas tarder à bousculer ses habitudes. Mais pour être le leader dont a besoin sa nation menacée, le futur roi va devoir faire preuve d’un courage qui lui a toujours manqué jusque-là

« Que dire sinon que nous ne trouverons rien à redire ? »

A moins d’avoir passé les dernières semaines à compter les grains de sable sur une plage de Normandie, vous avez très certainement entendu parler du « dernier-film-à-voir-absolument », Le Discours d’un roi. Unanimement salué par la critique et le public, celui-ci vient en effet de frapper un grand coup en décrochant pas moins de douze nominations pour la prochaine cérémonie des Oscars, ultime consécration s’il en est sur la scène cinématographique internationale. Trop beau pour être vrai, pensez-vous ? Après tout, nous avons appris à nous méfier de la hype institutionnelle, à l’origine de nombreuses déconvenues une fois que l’on juge sur pièce, et cette machine à récompenses ne va pas sans éveiller quelques soupçons. Cyniques que nous sommes…

Le soucis de la perfection

Car il ne faut pas plus d’une poignée de minutes au réalisateur Tom Hooper, connu chez nous seulement pour le discret The Damned United, afin de démontrer avec quelle minutie et intelligence il compte mettre en scène son film. Quelques instants en début de métrage où, par la simple utilisation du cadrage et du montage, la problématique du personnage principal est explicitée, les enjeux sont placés. Le tout entraîné par un sens de la dramaturgie faisant que nous sommes immédiatement happés par l’intrigue, ce qui n’était pas spécialement gagné quand on s’arrête à celle-ci. Non, franchement, l’histoire d’un apprenti-roi qui lutte contre ses problèmes de bégaiement, à priori il n’y aurait que les Stéphane Bern pour s’y intéresser… Mais voilà, Hooper s’y prend si bien, s’est entouré de tant de talents (le boulot de chaque département est vraiment impeccable), que n’importe qui peut-être captivé par ce récit aux accents de « film de psy » (on pense par exemple à Will Hunting). D’autant que le scénario de David Seidler – un abonné aux téléfilms plus connu pour les films animés Le Roi et moi et Excalibur, l’épée magique – met tout autant d’ardeur que la réalisation à bien faire les choses. Découvrir ainsi la petite histoire dans la grande présente toujours un certain intérêt mais le nôtre va bien au-delà de ça avec Le Discours d’un roi, car le véritable ciment du projet se trouve dans les relations entre les personnages, profondes sans être dénuées d’un humour exquis.

Casting royal

Et la performance des comédiens n’est bien évidemment pas étrangère à cette réussite, à commencer par un Colin Firth absolument parfait en « roi malgré lui » complexé, aussi bien effrayé par le poids de ses responsabilités que par le simple fait de s’exprimer en public. Une faiblesse humaine à laquelle beaucoup d’entre nous peuvent s’identifier, même sans être bègue, et le comédien de s’en servir alors pour nous rendre sympathique un personnage pourtant pas exempt de défauts (voir comment il peut être réactionnaire face au « mariage scandaleux » de son frère). Nominé dans la catégorie « meilleur acteur », il est clair qu’il est en bonne voie pour décrocher la précieuse statuette tout comme le sont dans leur catégorie respective Helena Bonham Carter (toujours aussi juste) et Geoffrey Rush, que l’on n’avait pas vu aussi convaincant depuis quelques temps déjà. Ajoutons à cela la présence de comédiens aussi solides que Guy Pearce, Michael Gambon, Timothy Spall, Derek Jacobi… et nous obtenons ce que l’on peut véritablement qualifier de casting royal, choisi avec un soin n’ayant d’égal que celui porté par Hooper à sa réalisation.

Que dire alors sinon que nous ne trouverons rien à redire sur Le Discours d’un roi ? Peaufiné jusque dans ses moindres détails, le film de Tom Hooper impressionne par la maîtrise et l’efficacité dont il fait montre de la première à la dernière minute, il subjugue même le spectateur réfractaire d’ordinaire à ce genre de spectacle. Certains pourront tout de même lui trouver un certain classicisme, un académisme appliqué car, après tout, il est vrai que le film n’a rien de révolutionnaire, mais ce serait vraiment être de mauvaise foi que de mettre cette argumentaire devant ses indéniables qualités. Pour une fois, nous autres cyniques avions tort…

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