Critique ciné : Les Chemins de la liberté

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1940. Condamnés par le régime de Staline, des hommes de divers horizons sont enfermés dans un goulag de Sibérie, une dangereuse prison au coeur d’un environnement qui ne l’est pas moins. Réunis par l’idée de retrouver leur liberté perdue, ils s’évadent un jour et sèment rapidement leurs poursuivants dans une tempête de neige. Pourtant, ils sont encore loin d’être tirés d’affaire car la Russie ne cesse d’étendre son emprise sur cette partie du monde, repoussant sans cesse les limites du territoire à fuir. Pour redevenir des hommes libres, ils parcourront des milliers de kilomètres à travers une nature impitoyable

« Passionnant de bout en bout sans être vraiment plaisant à suivre »

Lorsqu’on fait un film historique, on a la plupart du temps tendance à vouloir coller à la vérité de l’époque, la restituer au plus près de ce qu’elle était. Car c’est seulement ainsi que le « devoir de mémoire », cette notion à double-tranchant si chère au genre pré-cité, peut s’accomplir. Et c’est encore plus vrai dans le cas où l’on veut porter à l’écran une histoire vraie de la grande Histoire, comme c’est le cas avec Les Chemins de la liberté et son incroyable récit d’une évasion sur près de 6500 kilomètres, à pied et dans des conditions pour le moins spartiates. « Une sacrée aventure » pensez-vous. Peter Weir, lui, non. Pour lui, il s’agit d’une épreuve, un chemin de croix qu’il entend bien nous faire partager. Quitte à déstabiliser le spectateur.

En première classe

 Ce qu’il faut alors reconnaître au réalisateur australien, c’est qu’il sait y faire pour nous donner envie de le suivre dans le long voyage qu’il organise. Et ça commence en réunissant des compagnons de choix, ici un casting quatre étoiles dans lequel les têtes d’affiche (Ed Harris, Colin Farrell, Saoirse Ronan, Jim Sturgess, que du bon) le disputent à des seconds couteaux tout aussi impliqués et présents, avec une mention spéciale dédiée au petit rôle du toujours excellent Mark Strong. Mais la meilleure raison de partir avec Peter Weir, c’est bien évidemment sa capacité à nous plonger dans des univers divers et variés, qu’ils soient aux frontières du réel (The Truman Show, Pique-nique à Hanging Rock) ou au contraire très documentés (Mosquito Coast, Witness). Dans la lignée naturaliste de son précédent Master and commander, Weir use donc de sa caméra comme s’il se trouvait pour de bon sur le lieu et à l’époque de l’action, capturant la nature à l’image comme le ferait un oeil humain. Sans fioriture mais avec une beauté redoutable, démultipliée par les nombreux types de paysages que traversent les protagonistes. Et nous avec par le biais de cette magnifique « expédition en images ». D’ailleurs, si l’on pouvait être surpris de trouver la société National Geographic à la production du métrage, tout s’explique au final dans cette volonté documentaire qu’a le réalisateur de filmer les différents environnements, de leur rendre hommage.

Film, documentaire ou film-documentaire ?

Loin cependant d’une simple aventure dépaysante, Les Chemins de la liberté pousse son approche naturaliste à l’extrême et n’hésite pas pour cela à abandonner quelque peu les bonnes vieilles habitudes cinématographiques (voir la discrétion de la bande originale sur la première moitié du film). On pourra ainsi s’étonner que malgré sa longueur, l’odyssée des fuyards ne comporte pas plus de coups d’éclat, de « scènes d’action » si l’on veut, mais c’est parce qu’il ne s’agit pas tant pour Weir de raconter une aventure que de nous faire vivre une expérience. Celle – éprouvante – de ses héros. Il y est avant tout question de volonté de survivre, de dépassement de soi, et Weir ne compte en aucun cas rajouter des péripéties pour simplement rythmer l’ensemble : le long calvaire de Janusz et des autres, on doit le ressentir jusque dans le confort de nos salles obscures. Même s’il faut à cette fin privilégier la langueur au spectacle, le documentaire au film. De la même manière, on reproche souvent au film de ne pas savoir nous attacher à ses personnages, de ne pas jouer assez sur l’émotion, mais ça découle là encore directement de la volonté du réalisateur de nous intégrer à leur groupe, au milieu de leur fuite (eux-mêmes ne tissent pas de vrais liens avant un bon moment, ils ne le feront que sous l’impulsion du personnage de la fillette).

Les Chemins de la liberté fait donc partie de ces oeuvres où le réalisateur réussit pleinement à faire ce qu’il veut même si cela doit être préjudiciable pour l’expérience du spectateur, plus habitué à une forme de cinéma davantage démonstrative. A l’arrivée, son film se trouve être passionnant de bout en bout mais sans être non plus véritablement plaisant à suivre, beau à regarder mais éprouvant à traverser. Tant mieux, c’est la preuve que Weir a réussi à atteindre le but qu’il s’était fixé. Et tant pis pour ceux préférant le confort d’un cinéma d’aventure plus classique.

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