Critique ciné : Au-delà

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Une célèbre présentatrice de la télévision française prise dans un tsunami en Asie. Un jeune anglais ayant perdu dans un accident son frère jumeau. Un américain dont les talents de médium sont devenus une véritable malédiction. Tous trois ont, à leur façon, approché la mort. Et chacun en vient à se poser la même question : qu’y a-t-il au-delà ?

« Une des plus tristes déroutes de la carrière de Clint »

Cinéaste passionnant et légende hollywoodienne s’il en est, Clint Eastwood se confronte plus frontalement que jamais avec son dernier métrage au thème traversant toute sa filmographie récente : la mort. Et ce qui suit, si tant est qu’il y ait quelque chose après le trépas du corps. Un débat auquel le réalisateur entend donc bien apporter son point de vue avec Au-delà. Mais si le sujet est vaste et qu’il se donne les moyens d’y apporter quelques réponses (les siennes, entendons-nous bien), c’est malheureusement avec une lourdeur que nous ne lui connaissions pas. Après un Invictus paresseux, le Temps aurait-il fini par rattraper Clint ?

Vers l’infini…

Avant même que nous puissions le voir, Au-delà constituait déjà une semi-déception pour certains des spectateurs, ceux qui se réjouissaient aux balbutiements du projet de le voir assimilé à un thriller fantastique. Car tandis que les financiers parlaient d’un « film dans la veine de Sixième sens« , l’avancée de la production laissa clairement comprendre qu’il n’en serait finalement rien. Eastwood préfère oeuvrer sur un drame vaguement surnaturel, plus proche de sa sensibilité. Qu’importe, voir le réalisateur de L’Homme des hautes plaines revenir au genre – ne serait-ce que pour l’effleurer – est déjà en soi quelque chose de précieux, sa longue filmographie ne comptant que trop peu d’incursions dans le fantastique (quasiment aucune, en fait). Alors, arrivé à plus de 80 ans, est-ce que Clint est toujours prêt à relever de nouveaux défis ? C’est en tout cas ce que pourrait laisser croire l’impressionnante scène d’introduction de son nouveau métrage, avec la reconstitution d’un tsunami aux proportions épiques que n’aurait pas renié le maître en la matière Roland Emmerich. Relativement inédite dans le cinéma du maître, la séquence est à couper le souffle. Un peu trop d’ailleurs, il faut croire, puisque la suite du film en manque elle cruellement, de souffle. Et ça n’a rien à voir avec le fait que Au-delà est au fantastique ce que La Prophétie des ombres est au film d’horreur (oui, ça veut dire « pas grand chose »).

… et l’au-delà (en fin de compte)

Même si Invictus constituait déjà une sérieuse erreur de parcours, Clint Eastwood s’était auparavant affirmé comme un réalisateur avec beaucoup de doigté, sachant approcher ses sujets avec pudeur et finesse. La pluralité des genres qu’il a abordé ainsi que la portée de ses histoires sont ce qui en parle le mieux. On pourra alors être décontenancé qu’à l’occasion de son petit dernier, il cède à une intrigue pas aussi fantastique qu’on l’aurait espéré – ça on l’a déjà dit – mais en plus sacrément simpliste, au moins autant que la bande originale composée par ses soins (on le savait gourmet du jazz feutré mais là, il va quand même très loin dans la retenue). Une vacuité thématique allant de pair avec la désagréable impression que le scénariste a cousu son histoire en restant devant le poste de télévision : des rappels aux faits divers dramatiques (le tsunami, bien sûr, mais aussi l’attentat dans le métro londonien), une pincée de Masterchef, la présence d’une présentatrice de France Télévision… triste manière de concevoir un miroir à notre monde, on aurait espéré mieux de la part de l’auteur derrière The Queen et Frost/Nixon, l’heure de vérité. Et ce n’est pas le pire car par-dessus tout ça, Au-delà se révèle pénible à suivre. Pas spécialement long (2h08, c’est raisonnable), il n’en reste pas moins que la narration du film est complètement plombée par un réalisateur incapable de lier ses trois destins de manière intéressante. On navigue ainsi d’histoire en histoire sur un schéma paraissant plus mathématique que thématique, c’est à dire par blocs de quinze minutes et dans un ordre scrupuleusement respecté tout du long. Difficile de faire plus lourdingue. Puis l’artificielle réunion finale vient comme il se doit conclure en apothéose une des plus tristes déroutes de la carrière de Clint, que nous avons décidément connu bien meilleur conteur, jusqu’à un final aussi peu nuancé que celui de Invictus.

L’âge de la retraite est-il alors venu pour monsieur Eastwood ? Voilà la question que l’on peut se poser devant ce long-métrage ampoulé à l’excès, où le maître trouve le moyen de bâcler son sujet de prédilection (dans sa filmographie récente tout au moins) alors qu’il ne l’avait jamais approché aussi directement. Après Invictus, Au-delà sonne comme un second coup de glas plus fort encore, plus préoccupant que jamais. La suite nous dira si nous avons tort de voir les choses ainsi, et on ne souhaite pas mieux, mais il est cependant indéniable que Clint paraît de moins en moins impliqué sur ses projets…

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