Critique ciné : Je suis un no man’s land

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Chanteur à succès de retour après une longue absence dans sa région natale pour un concert, Philippe a le plaisir de retrouver en coulisses une groupie entreprenante qui ne tarde pas à le ramener chez elle. Mais quand la soirée vire un peu trop au bizarre, la star prend ses jambes à son cou et fuit à travers la campagne, sans savoir où il va. Son errance nocturne le mène alors jusqu’à une ferme familière, dans laquelle il se retrouve face… à ses parents ! Coup du hasard ou machination du destin, Philippe est en tout cas désormais dans l’incapacité de quitter le village de son enfance, trop d’affaires ayant été laissées en suspens trop longtemps

« Un spectacle insaisissable »

Suite à leur collaboration sur deux courts-métrages et son premier long, le réalisateur Thierry Jousse fait encore appel à Philippe Katerine pour son nouveau projet à ceci près que, cette fois, Je suis un no man’s land donne à l’anticonformiste chanteur le premier rôle. Un casting ne laissant planer aucun doute sur le décalé de l’entreprise. Tout commence ainsi comme un documentaire où la frontière avec notre réel est délibérément brouillée (tout laisse à penser que le chanteur joue son propre rôle) pour embrayer presque immédiatement vers des terres bien plus étranges. Passé un mini-remake de Misery croisé avec une sorte de American Pie auteurisant, on bascule donc ensuite pour de bon dans la fable, le conte. L’inquiétante et lancinante partition de Daven Keller, couplée aux différents « portails » que traverse à l’image le personnage, met en place le bizarre dans lequel il s’enfonce, et introduit un postulat fantastique bienvenu dans le registre très terre-à-terre de la comédie française. De manière certes un peu désuète et arty (imaginez La Soupe aux choux revisité par la Nouvelle Vague) mais pas sans charme non plus.

Néanmoins, Je suis un no man’s land n’est pas qu’une comédie et comme le stipule son titre, le séjour forcé de Philippe dans son patelin d’enfance va marquer pour lui l’occasion de renouer avec ceux qu’il a abandonnés, de repeupler le vide de son existence de célébrité. La réalité flottante du contexte de la fable permet alors de passer du drame à la comédie tout en évitant les ruptures de ton trop castratrices, sans pouvoir empêcher toutefois un certain malaise de s’installer. A force d’intellectualiser, l’intrigue s’avère en effet manquer de coeur (dommage, on sentait les comédiens bien à l’aise même lorsque utilisés à contre-emploi comme Jackie Berroyer) et balaie le parcours de son héros un peu n’importe comment (voir l’incongrue comédie musicale en guise de conclusion). Plus gênant encore, en abusant du cocasse et du pince-sans-rire, l’humour du métrage en devient quelque peu hermétique et on se retrouve bien souvent à chercher les moments où il faut rire. Les trouver ne signifiant pas forcément non plus être récompensé d’un franc amusement.

Ceux appréciant les univers de Philippe Katerine et Thierry Jousse trouveront alors peut-être leur bonheur avec ce Je suis un no man’s land tandis que les autres resteront décontenancés devant un spectacle insaisissable, nous rappelant les errements similaires du récent Le Bruit des glaçons. Entre la grosse comédie franchouillarde et le cinéma d’auteur, il y a un juste milieu qui semble décidément bien difficile à atteindre.

(retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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