Critique ciné : The Green Hornet

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Jet-setteur sans autre but dans la vie que de s’éclater, Britt Reid est le fils d’un célèbre magnat de la presse réputé pour son combat contre les inégalités et injustices, un lourd héritage dont il se passerait bien. Mais quand son père meurt, le jeune homme n’a d’autre choix que de reprendre le flambeau. C’est alors qu’il fait la rencontre de Kato, un employé de son père particulièrement doué en bricolage et arts martiaux, avec lequel il s’entend immédiatement et échafaude une curieuse idée : plutôt que lutter contre le crime avec des éditos, pourquoi ne pas simplement devenir des super-héros ?

« Un film de super-héros pas comme les autres »

A première vue, The Green Hornet rentrerait dans la catégorie des films de super-héros qui pullulent sur les écrans depuis quelques années, ces adaptations de comics plus ou moins inspirées dont raffolent studios et spectateurs. Mais à première vue seulement, car The Green Hornet trouve en fait ses origines dans un show radiophonique débuté en 1936 et popularisé ensuite par une série TV où se démarquait un jeune Bruce Lee. Un parcours bien différent de celui des Batman et autres Spider-Man, faisant que la licence est depuis un peu tombée en désuétude et ne suscite donc pas la même attente chez les fans (s’il y en a). Quand on veut alors remettre au goût du jour un matériau offrant une telle liberté dans l’adaptation, deux choix s’offrent aux producteurs : soit enquiller sur les plus gros succès du genre (combien de fois a-t-on entendu « notre version sera plus sombre, dans la veine de The Dark Knight » ?), soit en profiter pour proposer quelque chose de différent, d’inattendu. Et avec ses têtes-pensantes que nous n’aurions jamais imaginées sur un blockbuster, Le Frelon vert nouveau rentre clairement dans la seconde catégorie.

Gondry’s Touch

Bien que la présence initiale de Stephen Chow (Crazy Kung Fu) aux commandes du projet ne manquait pas d’éveiller notre curiosité, ce n’était rien comparé à l’annonce de son remplaçant. Pensez un peu : Michel Gondry, brillant cinéaste arty, à l’oeuvre sur sa première commande commerciale, qu’est-ce que cela allait donner ? Certainement pas du pur Gondry bourré de poésie visuelle comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou Soyez sympas, rembobinez (lui-même s’y refusait ouvertement) mais à n’en point douter un regard unique sur le genre des justiciers masqués. A moins qu’il ne s’agissait d’un revirement artistique complet… La bonne nouvelle c’est donc que le réalisateur, plus sage qu’à l’accoutumée sur les expérimentations, n’en a pas pour autant formaté sa vision et sait rendre celle-ci toujours aussi ludique pour le spectateur, au gré d’effets donnant parfois le sentiment d’être face à une sorte de Matrix bricolé (sans être aucunement péjoratif). Mieux, son goût esthétique raffiné perpétue cette rencontre des tons grâce à un production design particulièrement agréable, savant mélange de l’esthétique pop de la série télé à des formes plus modernes et en même temps intemporelles, modernisant ainsi son sujet sans trahir non plus son univers (sans compter que cela offre des décors idéaux pour la 3D, très réussie même si réalisée en post-production). Il faut voir par exemple comme les costumes restent proches des originaux tout en s’intégrant parfaitement à un contexte contemporain, ce qui n’était pas gagné.

Mais la grosse surprise c’est que Gondry, en plus de ne pas se renier, s’avère être un réalisateur de blockbuster véritablement efficace. Dynamiser sa narration par l’inventivité (la mise à prix du Frelon vert en split-screen est un morceau de bravoure) ne lui suffit pas et, aidé par son équipe, il s’assure de satisfaire au cahier des charges du genre grâce à des scènes d’action rondement menées. Le tout en préservant au maximum un aspect « fait main », comme lorsqu’il lâche pour de bon une voiture coupée en deux dans les bureaux d’un immeuble. 007 en serait vert de jalousie mais le résultat est là : c’est stylé, c’est impressionnant et en même temps ça nous change du tout-numérique… c’est la grande classe, quoi !

Un comique derrière le masque

L’autre homme du film que nous n’aurions jamais attendu c’est bien évidemment Seth Rogen, acteur comique dont les bonnes relations avec Sony l’ont finalement propulsé en tête d’affiche d’un de leurs blockbusters. Star, mais aussi scénariste avec son ami de longue date Evan Goldberg (Super Grave, Délire Express), et la personnalité de Rogen imprègne donc tout autant la péloche que celle du réalisateur. En conséquence de quoi le film n’oublie jamais d’être fun et marrant, sans non plus se moquer ou parodier le genre auquel il rajoute seulement une bonne louche de buddy-movie. On le sait, pour Gondry, les personnages sont à chaque fois l’élément crucial d’une histoire et c’est précisément la relation développée ici entre Britt Reid et Kato qui l’a motivé à se lancer sur l’affaire. Loin de la semi-servitude dépeinte dans les versions antérieures, The Green Hornet rapproche en effet les deux protagonistes par le biais d’une écrasante figure paternelle et de répliques savamment écrites – les vannes ne cessent d’épingler le rapport de force ayant toujours existé entre eux au fil des versions – au point qu’ils finissent par former un vrai petit couple, connotations ouvertement homosexuelles à l’appui. Ce qui expliquera par ailleurs la relative inutilité du personnage de Cameron Diaz, mis là uniquement afin de tempérer cette franche camaraderie. Un vide que l’on ne retrouvera heureusement pas chez le méchant de l’histoire, Chudnofsky (excellent Christoph Waltz), impitoyable machine à tuer se mettant à douter petit à petit de sa façon de faire et qui ajoute encore plus de folie à ce film de super-héros pas comme les autres.

On ne savait donc pas trop à quoi s’attendre avec cette adaptation de The Green Hornet et, après visionnage, le constat est sans appel : aussi curieuse que puisse paraître sa recette au premier abord, elle fonctionne à merveilles ! Drôle, malin et explosif, le film marque de plus un véritable tournant dans la carrière du génial Michel Gondry, qui prouve sa capacité à sortir de son univers personnel sans se contenter pour autant de servir la soupe. Devenu immédiatement l’un des réalisateurs de blockbusters les plus intéressants de la profession, il ne lui reste désormais plus qu’à se lancer sur un projet similaire pour nous régaler de nouveau. Et pourquoi pas avec The Green Hornet 2 ?

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