Archive pour janvier, 2011

Critique ciné : Les Chemins de la liberté

28 janvier, 2011

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1940. Condamnés par le régime de Staline, des hommes de divers horizons sont enfermés dans un goulag de Sibérie, une dangereuse prison au coeur d’un environnement qui ne l’est pas moins. Réunis par l’idée de retrouver leur liberté perdue, ils s’évadent un jour et sèment rapidement leurs poursuivants dans une tempête de neige. Pourtant, ils sont encore loin d’être tirés d’affaire car la Russie ne cesse d’étendre son emprise sur cette partie du monde, repoussant sans cesse les limites du territoire à fuir. Pour redevenir des hommes libres, ils parcourront des milliers de kilomètres à travers une nature impitoyable

« Passionnant de bout en bout sans être vraiment plaisant à suivre »

Lorsqu’on fait un film historique, on a la plupart du temps tendance à vouloir coller à la vérité de l’époque, la restituer au plus près de ce qu’elle était. Car c’est seulement ainsi que le « devoir de mémoire », cette notion à double-tranchant si chère au genre pré-cité, peut s’accomplir. Et c’est encore plus vrai dans le cas où l’on veut porter à l’écran une histoire vraie de la grande Histoire, comme c’est le cas avec Les Chemins de la liberté et son incroyable récit d’une évasion sur près de 6500 kilomètres, à pied et dans des conditions pour le moins spartiates. « Une sacrée aventure » pensez-vous. Peter Weir, lui, non. Pour lui, il s’agit d’une épreuve, un chemin de croix qu’il entend bien nous faire partager. Quitte à déstabiliser le spectateur.

En première classe

 Ce qu’il faut alors reconnaître au réalisateur australien, c’est qu’il sait y faire pour nous donner envie de le suivre dans le long voyage qu’il organise. Et ça commence en réunissant des compagnons de choix, ici un casting quatre étoiles dans lequel les têtes d’affiche (Ed Harris, Colin Farrell, Saoirse Ronan, Jim Sturgess, que du bon) le disputent à des seconds couteaux tout aussi impliqués et présents, avec une mention spéciale dédiée au petit rôle du toujours excellent Mark Strong. Mais la meilleure raison de partir avec Peter Weir, c’est bien évidemment sa capacité à nous plonger dans des univers divers et variés, qu’ils soient aux frontières du réel (The Truman Show, Pique-nique à Hanging Rock) ou au contraire très documentés (Mosquito Coast, Witness). Dans la lignée naturaliste de son précédent Master and commander, Weir use donc de sa caméra comme s’il se trouvait pour de bon sur le lieu et à l’époque de l’action, capturant la nature à l’image comme le ferait un oeil humain. Sans fioriture mais avec une beauté redoutable, démultipliée par les nombreux types de paysages que traversent les protagonistes. Et nous avec par le biais de cette magnifique « expédition en images ». D’ailleurs, si l’on pouvait être surpris de trouver la société National Geographic à la production du métrage, tout s’explique au final dans cette volonté documentaire qu’a le réalisateur de filmer les différents environnements, de leur rendre hommage.

Film, documentaire ou film-documentaire ?

Loin cependant d’une simple aventure dépaysante, Les Chemins de la liberté pousse son approche naturaliste à l’extrême et n’hésite pas pour cela à abandonner quelque peu les bonnes vieilles habitudes cinématographiques (voir la discrétion de la bande originale sur la première moitié du film). On pourra ainsi s’étonner que malgré sa longueur, l’odyssée des fuyards ne comporte pas plus de coups d’éclat, de « scènes d’action » si l’on veut, mais c’est parce qu’il ne s’agit pas tant pour Weir de raconter une aventure que de nous faire vivre une expérience. Celle – éprouvante – de ses héros. Il y est avant tout question de volonté de survivre, de dépassement de soi, et Weir ne compte en aucun cas rajouter des péripéties pour simplement rythmer l’ensemble : le long calvaire de Janusz et des autres, on doit le ressentir jusque dans le confort de nos salles obscures. Même s’il faut à cette fin privilégier la langueur au spectacle, le documentaire au film. De la même manière, on reproche souvent au film de ne pas savoir nous attacher à ses personnages, de ne pas jouer assez sur l’émotion, mais ça découle là encore directement de la volonté du réalisateur de nous intégrer à leur groupe, au milieu de leur fuite (eux-mêmes ne tissent pas de vrais liens avant un bon moment, ils ne le feront que sous l’impulsion du personnage de la fillette).

Les Chemins de la liberté fait donc partie de ces oeuvres où le réalisateur réussit pleinement à faire ce qu’il veut même si cela doit être préjudiciable pour l’expérience du spectateur, plus habitué à une forme de cinéma davantage démonstrative. A l’arrivée, son film se trouve être passionnant de bout en bout mais sans être non plus véritablement plaisant à suivre, beau à regarder mais éprouvant à traverser. Tant mieux, c’est la preuve que Weir a réussi à atteindre le but qu’il s’était fixé. Et tant pis pour ceux préférant le confort d’un cinéma d’aventure plus classique.

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Critique ciné : Au-delà

26 janvier, 2011

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Une célèbre présentatrice de la télévision française prise dans un tsunami en Asie. Un jeune anglais ayant perdu dans un accident son frère jumeau. Un américain dont les talents de médium sont devenus une véritable malédiction. Tous trois ont, à leur façon, approché la mort. Et chacun en vient à se poser la même question : qu’y a-t-il au-delà ?

« Une des plus tristes déroutes de la carrière de Clint »

Cinéaste passionnant et légende hollywoodienne s’il en est, Clint Eastwood se confronte plus frontalement que jamais avec son dernier métrage au thème traversant toute sa filmographie récente : la mort. Et ce qui suit, si tant est qu’il y ait quelque chose après le trépas du corps. Un débat auquel le réalisateur entend donc bien apporter son point de vue avec Au-delà. Mais si le sujet est vaste et qu’il se donne les moyens d’y apporter quelques réponses (les siennes, entendons-nous bien), c’est malheureusement avec une lourdeur que nous ne lui connaissions pas. Après un Invictus paresseux, le Temps aurait-il fini par rattraper Clint ?

Vers l’infini…

Avant même que nous puissions le voir, Au-delà constituait déjà une semi-déception pour certains des spectateurs, ceux qui se réjouissaient aux balbutiements du projet de le voir assimilé à un thriller fantastique. Car tandis que les financiers parlaient d’un « film dans la veine de Sixième sens« , l’avancée de la production laissa clairement comprendre qu’il n’en serait finalement rien. Eastwood préfère oeuvrer sur un drame vaguement surnaturel, plus proche de sa sensibilité. Qu’importe, voir le réalisateur de L’Homme des hautes plaines revenir au genre – ne serait-ce que pour l’effleurer – est déjà en soi quelque chose de précieux, sa longue filmographie ne comptant que trop peu d’incursions dans le fantastique (quasiment aucune, en fait). Alors, arrivé à plus de 80 ans, est-ce que Clint est toujours prêt à relever de nouveaux défis ? C’est en tout cas ce que pourrait laisser croire l’impressionnante scène d’introduction de son nouveau métrage, avec la reconstitution d’un tsunami aux proportions épiques que n’aurait pas renié le maître en la matière Roland Emmerich. Relativement inédite dans le cinéma du maître, la séquence est à couper le souffle. Un peu trop d’ailleurs, il faut croire, puisque la suite du film en manque elle cruellement, de souffle. Et ça n’a rien à voir avec le fait que Au-delà est au fantastique ce que La Prophétie des ombres est au film d’horreur (oui, ça veut dire « pas grand chose »).

… et l’au-delà (en fin de compte)

Même si Invictus constituait déjà une sérieuse erreur de parcours, Clint Eastwood s’était auparavant affirmé comme un réalisateur avec beaucoup de doigté, sachant approcher ses sujets avec pudeur et finesse. La pluralité des genres qu’il a abordé ainsi que la portée de ses histoires sont ce qui en parle le mieux. On pourra alors être décontenancé qu’à l’occasion de son petit dernier, il cède à une intrigue pas aussi fantastique qu’on l’aurait espéré – ça on l’a déjà dit – mais en plus sacrément simpliste, au moins autant que la bande originale composée par ses soins (on le savait gourmet du jazz feutré mais là, il va quand même très loin dans la retenue). Une vacuité thématique allant de pair avec la désagréable impression que le scénariste a cousu son histoire en restant devant le poste de télévision : des rappels aux faits divers dramatiques (le tsunami, bien sûr, mais aussi l’attentat dans le métro londonien), une pincée de Masterchef, la présence d’une présentatrice de France Télévision… triste manière de concevoir un miroir à notre monde, on aurait espéré mieux de la part de l’auteur derrière The Queen et Frost/Nixon, l’heure de vérité. Et ce n’est pas le pire car par-dessus tout ça, Au-delà se révèle pénible à suivre. Pas spécialement long (2h08, c’est raisonnable), il n’en reste pas moins que la narration du film est complètement plombée par un réalisateur incapable de lier ses trois destins de manière intéressante. On navigue ainsi d’histoire en histoire sur un schéma paraissant plus mathématique que thématique, c’est à dire par blocs de quinze minutes et dans un ordre scrupuleusement respecté tout du long. Difficile de faire plus lourdingue. Puis l’artificielle réunion finale vient comme il se doit conclure en apothéose une des plus tristes déroutes de la carrière de Clint, que nous avons décidément connu bien meilleur conteur, jusqu’à un final aussi peu nuancé que celui de Invictus.

L’âge de la retraite est-il alors venu pour monsieur Eastwood ? Voilà la question que l’on peut se poser devant ce long-métrage ampoulé à l’excès, où le maître trouve le moyen de bâcler son sujet de prédilection (dans sa filmographie récente tout au moins) alors qu’il ne l’avait jamais approché aussi directement. Après Invictus, Au-delà sonne comme un second coup de glas plus fort encore, plus préoccupant que jamais. La suite nous dira si nous avons tort de voir les choses ainsi, et on ne souhaite pas mieux, mais il est cependant indéniable que Clint paraît de moins en moins impliqué sur ses projets…

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Critique ciné : Je suis un no man’s land

25 janvier, 2011

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Chanteur à succès de retour après une longue absence dans sa région natale pour un concert, Philippe a le plaisir de retrouver en coulisses une groupie entreprenante qui ne tarde pas à le ramener chez elle. Mais quand la soirée vire un peu trop au bizarre, la star prend ses jambes à son cou et fuit à travers la campagne, sans savoir où il va. Son errance nocturne le mène alors jusqu’à une ferme familière, dans laquelle il se retrouve face… à ses parents ! Coup du hasard ou machination du destin, Philippe est en tout cas désormais dans l’incapacité de quitter le village de son enfance, trop d’affaires ayant été laissées en suspens trop longtemps

« Un spectacle insaisissable »

Suite à leur collaboration sur deux courts-métrages et son premier long, le réalisateur Thierry Jousse fait encore appel à Philippe Katerine pour son nouveau projet à ceci près que, cette fois, Je suis un no man’s land donne à l’anticonformiste chanteur le premier rôle. Un casting ne laissant planer aucun doute sur le décalé de l’entreprise. Tout commence ainsi comme un documentaire où la frontière avec notre réel est délibérément brouillée (tout laisse à penser que le chanteur joue son propre rôle) pour embrayer presque immédiatement vers des terres bien plus étranges. Passé un mini-remake de Misery croisé avec une sorte de American Pie auteurisant, on bascule donc ensuite pour de bon dans la fable, le conte. L’inquiétante et lancinante partition de Daven Keller, couplée aux différents « portails » que traverse à l’image le personnage, met en place le bizarre dans lequel il s’enfonce, et introduit un postulat fantastique bienvenu dans le registre très terre-à-terre de la comédie française. De manière certes un peu désuète et arty (imaginez La Soupe aux choux revisité par la Nouvelle Vague) mais pas sans charme non plus.

Néanmoins, Je suis un no man’s land n’est pas qu’une comédie et comme le stipule son titre, le séjour forcé de Philippe dans son patelin d’enfance va marquer pour lui l’occasion de renouer avec ceux qu’il a abandonnés, de repeupler le vide de son existence de célébrité. La réalité flottante du contexte de la fable permet alors de passer du drame à la comédie tout en évitant les ruptures de ton trop castratrices, sans pouvoir empêcher toutefois un certain malaise de s’installer. A force d’intellectualiser, l’intrigue s’avère en effet manquer de coeur (dommage, on sentait les comédiens bien à l’aise même lorsque utilisés à contre-emploi comme Jackie Berroyer) et balaie le parcours de son héros un peu n’importe comment (voir l’incongrue comédie musicale en guise de conclusion). Plus gênant encore, en abusant du cocasse et du pince-sans-rire, l’humour du métrage en devient quelque peu hermétique et on se retrouve bien souvent à chercher les moments où il faut rire. Les trouver ne signifiant pas forcément non plus être récompensé d’un franc amusement.

Ceux appréciant les univers de Philippe Katerine et Thierry Jousse trouveront alors peut-être leur bonheur avec ce Je suis un no man’s land tandis que les autres resteront décontenancés devant un spectacle insaisissable, nous rappelant les errements similaires du récent Le Bruit des glaçons. Entre la grosse comédie franchouillarde et le cinéma d’auteur, il y a un juste milieu qui semble décidément bien difficile à atteindre.

(retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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Critique ciné : The Green Hornet

19 janvier, 2011

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Jet-setteur sans autre but dans la vie que de s’éclater, Britt Reid est le fils d’un célèbre magnat de la presse réputé pour son combat contre les inégalités et injustices, un lourd héritage dont il se passerait bien. Mais quand son père meurt, le jeune homme n’a d’autre choix que de reprendre le flambeau. C’est alors qu’il fait la rencontre de Kato, un employé de son père particulièrement doué en bricolage et arts martiaux, avec lequel il s’entend immédiatement et échafaude une curieuse idée : plutôt que lutter contre le crime avec des éditos, pourquoi ne pas simplement devenir des super-héros ?

« Un film de super-héros pas comme les autres »

A première vue, The Green Hornet rentrerait dans la catégorie des films de super-héros qui pullulent sur les écrans depuis quelques années, ces adaptations de comics plus ou moins inspirées dont raffolent studios et spectateurs. Mais à première vue seulement, car The Green Hornet trouve en fait ses origines dans un show radiophonique débuté en 1936 et popularisé ensuite par une série TV où se démarquait un jeune Bruce Lee. Un parcours bien différent de celui des Batman et autres Spider-Man, faisant que la licence est depuis un peu tombée en désuétude et ne suscite donc pas la même attente chez les fans (s’il y en a). Quand on veut alors remettre au goût du jour un matériau offrant une telle liberté dans l’adaptation, deux choix s’offrent aux producteurs : soit enquiller sur les plus gros succès du genre (combien de fois a-t-on entendu « notre version sera plus sombre, dans la veine de The Dark Knight » ?), soit en profiter pour proposer quelque chose de différent, d’inattendu. Et avec ses têtes-pensantes que nous n’aurions jamais imaginées sur un blockbuster, Le Frelon vert nouveau rentre clairement dans la seconde catégorie.

Gondry’s Touch

Bien que la présence initiale de Stephen Chow (Crazy Kung Fu) aux commandes du projet ne manquait pas d’éveiller notre curiosité, ce n’était rien comparé à l’annonce de son remplaçant. Pensez un peu : Michel Gondry, brillant cinéaste arty, à l’oeuvre sur sa première commande commerciale, qu’est-ce que cela allait donner ? Certainement pas du pur Gondry bourré de poésie visuelle comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou Soyez sympas, rembobinez (lui-même s’y refusait ouvertement) mais à n’en point douter un regard unique sur le genre des justiciers masqués. A moins qu’il ne s’agissait d’un revirement artistique complet… La bonne nouvelle c’est donc que le réalisateur, plus sage qu’à l’accoutumée sur les expérimentations, n’en a pas pour autant formaté sa vision et sait rendre celle-ci toujours aussi ludique pour le spectateur, au gré d’effets donnant parfois le sentiment d’être face à une sorte de Matrix bricolé (sans être aucunement péjoratif). Mieux, son goût esthétique raffiné perpétue cette rencontre des tons grâce à un production design particulièrement agréable, savant mélange de l’esthétique pop de la série télé à des formes plus modernes et en même temps intemporelles, modernisant ainsi son sujet sans trahir non plus son univers (sans compter que cela offre des décors idéaux pour la 3D, très réussie même si réalisée en post-production). Il faut voir par exemple comme les costumes restent proches des originaux tout en s’intégrant parfaitement à un contexte contemporain, ce qui n’était pas gagné.

Mais la grosse surprise c’est que Gondry, en plus de ne pas se renier, s’avère être un réalisateur de blockbuster véritablement efficace. Dynamiser sa narration par l’inventivité (la mise à prix du Frelon vert en split-screen est un morceau de bravoure) ne lui suffit pas et, aidé par son équipe, il s’assure de satisfaire au cahier des charges du genre grâce à des scènes d’action rondement menées. Le tout en préservant au maximum un aspect « fait main », comme lorsqu’il lâche pour de bon une voiture coupée en deux dans les bureaux d’un immeuble. 007 en serait vert de jalousie mais le résultat est là : c’est stylé, c’est impressionnant et en même temps ça nous change du tout-numérique… c’est la grande classe, quoi !

Un comique derrière le masque

L’autre homme du film que nous n’aurions jamais attendu c’est bien évidemment Seth Rogen, acteur comique dont les bonnes relations avec Sony l’ont finalement propulsé en tête d’affiche d’un de leurs blockbusters. Star, mais aussi scénariste avec son ami de longue date Evan Goldberg (Super Grave, Délire Express), et la personnalité de Rogen imprègne donc tout autant la péloche que celle du réalisateur. En conséquence de quoi le film n’oublie jamais d’être fun et marrant, sans non plus se moquer ou parodier le genre auquel il rajoute seulement une bonne louche de buddy-movie. On le sait, pour Gondry, les personnages sont à chaque fois l’élément crucial d’une histoire et c’est précisément la relation développée ici entre Britt Reid et Kato qui l’a motivé à se lancer sur l’affaire. Loin de la semi-servitude dépeinte dans les versions antérieures, The Green Hornet rapproche en effet les deux protagonistes par le biais d’une écrasante figure paternelle et de répliques savamment écrites – les vannes ne cessent d’épingler le rapport de force ayant toujours existé entre eux au fil des versions – au point qu’ils finissent par former un vrai petit couple, connotations ouvertement homosexuelles à l’appui. Ce qui expliquera par ailleurs la relative inutilité du personnage de Cameron Diaz, mis là uniquement afin de tempérer cette franche camaraderie. Un vide que l’on ne retrouvera heureusement pas chez le méchant de l’histoire, Chudnofsky (excellent Christoph Waltz), impitoyable machine à tuer se mettant à douter petit à petit de sa façon de faire et qui ajoute encore plus de folie à ce film de super-héros pas comme les autres.

On ne savait donc pas trop à quoi s’attendre avec cette adaptation de The Green Hornet et, après visionnage, le constat est sans appel : aussi curieuse que puisse paraître sa recette au premier abord, elle fonctionne à merveilles ! Drôle, malin et explosif, le film marque de plus un véritable tournant dans la carrière du génial Michel Gondry, qui prouve sa capacité à sortir de son univers personnel sans se contenter pour autant de servir la soupe. Devenu immédiatement l’un des réalisateurs de blockbusters les plus intéressants de la profession, il ne lui reste désormais plus qu’à se lancer sur un projet similaire pour nous régaler de nouveau. Et pourquoi pas avec The Green Hornet 2 ?

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Critique ciné : Le Dernier des Templiers

18 janvier, 2011

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Ayant perdu foi en l’Eglise après des années de massacres au cours des Croisades, deux templiers désertent et rentrent au pays avec le ferme espoir de commencer une nouvelle vie. Mais à peine sont-ils arrivés qu’on les reconnaît et fait enfermer, condamnés au destin peu envieux de ceux ayant quitté l’armée de Dieu. Un cardinal leur propose alors une autre alternative : s’ils escortent jusqu’à une abbaye la sorcière censée être responsable de la terrible épidémie de peste noire frappant le pays, leurs noms seront lavés de toute accusation. Obligés d’accepter, les deux chevaliers prennent la tête d’un petit groupe d’hommes et s’embarquent dans un voyage qui pourrait bien ébranler une nouvelle fois leurs croyances

« Une abominable erreur de casting »

C’est un fait, la présence de Nicolas Cage en tête d’affiche est rarement un signe avant-coureur des plus rassurants. Depuis plusieurs années, on peut ainsi s’étonner du nombre de bousasses (à quelques exceptions près) dans lesquelles le comédien vient cachetonner, où son implication consiste seulement à laisser les coiffeurs délirer avec sa calvitie. Et à en juger l’affiche de sa nouvelle péloche, Le Dernier des Templiers, on comprend très vite que ce n’est pas avec celle-ci qu’il trompera cette triste tradition. Mais si une erreur de casting devant la caméra est toujours préjudiciable (et prendre Cage parce qu’il est « bankable » est TOUJOURS une erreur de casting), c’est encore bien pire quand ça se passe également en coulisses…

C’est pourtant pas sorcière !

Au départ, pourtant, Le Dernier des Templiers était loin de partir perdant. En ces temps où les blockbusters historiques comptent parmi les spectacles les plus impressionnants (merci Ridley Scott et Gladiator), on peut même dire que l’opportunité de se faire une chasse aux sorcières en plein Moyen-Age ravagé par la Peste noire ne manquait pas de nous titiller la cinéphilie, surtout quand on la fait aussi bien entouré : Ron Perlman, Ulrich Thomsen, Christopher Lee et Stephen Graham dans un même film, ça ne se refuse pas ! A priori, tout était donc réuni pour accoucher d’une oeuvre des plus acceptables, un bon petit moment de cinéma… mais non. Las, le ridicule de l’entreprise annihile tous ces engageants prémisses (oui, ils parviennent même à rendre ridicule Ron Perlman !) tandis que de son côté Nicolas Cage, en mode « blockbuster », ne fait pas plus d’étincelles que d’ordinaire. Et c’est bien regrettable car le scénario lui ménageait un rôle plus intéressant que sa moyenne avec la bonne idée du script, à savoir confronter un croisé ayant perdu foi en la religion à une sorcière présumée. Les doutes qui l’assaillent trouvent en effet un écho très fort dans la propre incertitude du spectateur… ou c’est en tout cas ce qui aurait dû se passer. Que Nico se rassure alors : son interprétation molle de la cuisse ne gâche pas grand chose vu qu’un tel sujet aurait mérité une approche intelligente, en finesse, sachant tisser un mystère à nous en faire perdre notre latin. Ce qui est très loin d’être le cas ici, vous l’aurez compris.

Le Der’ des Ders’

Sans même s’arrêter sur le crédit apporté à la foi chrétienne, inévitable sur ce type de projet, c’est bien la direction prise par le réalisateur qui s’évertue à saloper un potentiel en or. Et la voilà alors, la plus grosse erreur de casting du Dernier des Templiers : pourquoi mettre Dominic Sena à la tête d’un tel film ? Parce qu’il est pote avec Nico depuis qu’ils ont fait 60 secondes chrono ensemble ? Là où nous aurions donc rêvé d’un Paul Verhoeven, on se retrouve avec un clippeur dont le principal fait de gloire est l’explosion en bullet-time de Opération Espadon – allez, Kalifornia était pas mal aussi – et la différence d’approche se fait cruellement ressentir, d’entrée de jeu. Après une introduction à l’esthétique en toc mais supportable, la première « sorcière » fait ainsi son apparition et que découvre-t-on ? Une cascadeuse bondissante avec un visage monstrueux en images de synthèse ! Pour l’intelligence et la finesse, on repassera ! D’une laideur ne faisant que renforcer leur anachronisme (ce qui fonctionne chez Francis Lawrence ne vaut pas dans un contexte moyenâgeux) et leur mauvais goût, ces CGI sont en fait symptomatiques du caractère déplacé de la présence de Sena sur le film, qui ne le voit que comme un actionner pour ados. D’ailleurs, même s’il lui arrive parfois de mettre en place quelques ambiances sympa – voir la scène du pont ou celle de l’arrivée dans la forêt de Wormwood, certainement plus réussie grâce aux décorateurs qu’à lui ceci dit – il trouve à côté le moyen de sombrer toujours plus dans l’incompréhensible, comme lorsqu’il se laisse aller à placer un éclairage bleu électrique dans une geôle de château-fort (en même temps, en choisissant le directeur de la photo de Fast & Furious 4 et Coyote Girls, c’est pas comme s’il ne cherchait pas un peu la merde). Le plus affligeant demeure néanmoins ces hideuses images de synthèse dont on nous gave plus que de raison, jusqu’à un final grotesque où l’on doit se coltiner un monstre nous rappelant le douloureux souvenir de l’adaptation ciné de Devilman, et qui trahissent surtout prématurément la part d’énigme nécessaire à l’intrigue.

Une abominable erreur de casting, voilà donc ce qu’est Le Dernier des Templiers même si ce n’est pas forcément celle à laquelle on s’attendait. Car rares sont les occasions de voir un choix de réalisateur se planter à ce point dans les grandes largeurs, il faut le dire. En allant à l’encontre totale des besoins du projet, la nomination de Dominic Sena à la tête du film le condamne en effet à sacrifier tout ce qui aurait pu en faire l’intérêt, sans vergogne. Et dire que le Black Death de Christopher Smith n’arrive pas à trouver de distributeurs pendant qu’un tel fiasco s’affiche dans tous les multiplexes du monde…

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Auto promo : Portrait de Ron Perlman

11 janvier, 2011

Même si c’est la grosse tête de Nicolas Cage que l’on voit sur l’affiche du Dernier des Templiers, la vraie star de cette chasse aux sorcières moyenâgeuse est sans l’ombre d’un doute le génial Ron Perlman, l’un des acteurs les plus cool de sa génération (et des suivantes). Un monument auquel j’ai donc consacré une petite biographie, histoire de découvrir l’étendue d’une carrière qu’on ne soupçonne pas forcément.

Et apparemment ça a fonctionné : à peine mon papier en ligne sur Excessif et déjà un commentaire le qualifie d’ « excellent portrait » ! Bon, je me la pète un peu (surtout que c’est peut-être un collègue qui a laissé ce message) mais que voulez-vous : ce portrait déchire vraiment tout !

Vous ne me croyez pas ? Hé bien allez en juger par vous même !

RON PERLMAN, UNE GUEULE DE PORTE-BONHEUR

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Critique ciné : Le Monde de Narnia – l’odyssée du passeur d’aurore

6 janvier, 2011

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Tandis que la seconde Guerre Mondiale fait rage et qu’ils sont restés vivre chez leur oncle, Lucy et Edmund Pevensie sont appelés une troisième fois à Narnia, accompagnés pour l’occasion de leur désagréable cousin Eustache. A peine arrivés, ils tombent nez-à-nez avec Caspian à bord de son Passeur d’Aurore, en route pour découvrir l’origine d’un Mal mystérieusement tombé sur le royaume, et se joignent à sa troupe pour protéger le monde qu’ils aiment tant. D’île en île, à la recherche de puissantes épées détenues par les seigneurs du passé, ils vont alors vivre la plus grande de leurs aventures

« Un nouveau Narnia aurait mérité un peu plus d’investissement »

Après Le Lion, la sorcière blanche et l’armoire magique et Prince Caspian, voilà que débarque un troisième chapitre d’aventures dans le monde de Narnia avec L’Odyssée du passeur d’aurore. Sauf que là où il va de soi qu’une saga de fantasy comme celle de Harry Potter enchaîne les volets, autant pour la continuité de l’intrigue que pour capitaliser sur un succès jamais démenti, les choses ne furent pas si simples en ce qui concerne l’adaptation des écrits de C.S. Lewis. En clair, nous avons bien failli ne jamais voir ce film. Et s’il nous est aujourd’hui finalement parvenu, ce n’est pas allé sans quelques concessions et remaniements.

Un nouveau capitaine

Plus qu’un changement de réalisateur, Andrew Adamson ayant cédé sa place à Michael Apted (Gorilles dans la brume), c’est un bouleversement dans la production qui est à l’origine de la nouvelle direction de la franchise. En effet, alors que les préparatifs allaient bon train et que le tournage se profilait à l’horizon, Disney stupéfia son monde en annonçant son retrait du projet. La raison officielle : « problèmes budgétaires et logistiques« . La raison officieuse : rien ne va plus entre le studio aux grandes oreilles et Walden Media, qui détient les droits de Narnia. Une mésentente née suite aux résultats « décevants » de Prince Caspian, Walden accusant Disney d’avoir plombé sa distribution en 1/ le sortant en été plutôt qu’en hiver 2/ le vendant comme un film plus adulte et sombre que le premier (ce qu’il était à l’évidence, mais bon…). A ce moment-là L’Odyssée du passeur d’aurore était au point mort, et ce n’est qu’avec l’arrivée de la Fox qu’il put se remettre à flot.

Conciliante et plus proche de Walden que ne l’a jamais été Disney, la Fox n’oppose alors aucune résistance au rajeunissement de la cible du film et après un second épisode qui brillait par sa maturité, il faut s’attendre ici à une spectaculaire régression. Redevenu un blockbuster de Noël, L’Odyssée du passeur d’aurore laisse en effet tomber la tragédie shakespearienne pour quelque chose de plus léger, de plus merveilleux, et l’humour ainsi que la « magie » sont remis au premier plan du programme. Il faut bien au moins ça pour capter l’attention des kids, tout comme il faut veiller à ne pas les larguer avec des éléments scénaristiques trop compliqués ou une durée trop longue. Et comme d’habitude, c’est la caractérisation des personnages qui souffre le plus d’une telle politique : partagée entre le faiblard (la dualité Caspian / Edmund, l’évolution d’Eustache) et l’agaçant (la jalousie de Lucy envers la beauté de sa soeur), difficile d’être impliqué dans l’aventure humaine de nos héros.

A l’abordage de l’aventure !

Mais qu’en est-il alors de l’autre aventure, la vraie, celle avec un grand « A » ? Ouvertement inspiré par des films comme Le Septième voyage de Sinbad, il faut reconnaître que le nouveau Narnia est plutôt généreux en la matière. Michael Apted a beau ne pas être un franc spécialiste de l’action, il est aussi bien épaulé que dans Le Monde ne suffit pas et cela donne quelques séquences assez entraînantes à défaut d’être véritablement spectaculaires. Parce que si la Fox l’a joué cool sur le ciblage du public, elle n’en a pas pour autant délié inconsidérément sa bourse et les largesses du précédent volet sont de l’histoire ancienne. Oubliez les grosses scènes de batailles épiques, nous sommes davantage ici devant une succession de péripéties où chaque île est l’occasion d’une nouvelle épreuve à la Ulysse. La bonne surprise étant qu’en dépit d’une durée très raisonnable, le film conserve une narration aérée, il évite le montage épisodique qui vient si souvent gâcher ce genre de projet. Bon, il est vrai que ça se fait aux dépens du scénario (le traitement des personnages, on l’a dit, et également l’absence d’explication concluante pour la quête des épées ou la nature du Mal à affronter) mais cela permet au moins de suivre l’ensemble sans trop de déplaisir.

Ceux qui avaient apprécié la maturation de la saga marquée par le second volet risquent donc d’être un peu déçus par sa suite, laquelle fait marche arrière au point même de viser un public encore plus familial que le premier. Mais que voulez-vous, on n’a rien sans rien et dans leur grande sagesse, la Fox et Walden Media n’envisageaient pas d’autre moyen pour donner vie à L’Odyssée du passeur d’aurore. Dommage : même sans être la plus intéressante des sagas de fantasy sur le marché, un nouveau Narnia aurait indéniablement mérité un peu plus d’investissement. Qu’il soit pécunier ou simplement professionnel.

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Critique ciné : Fortapàsc

6 janvier, 2011

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1985, dans la province de Naples. Jeune journaliste convaincu de l’importance de sa mission, Giancarlo Siani chasse le scoop malgré les risques au coeur de la ville de Torre Annunziata, fief de la Camorra ravagé par un tremblement de terre il y a de cela plusieurs années et laissé depuis à l’abandon. Comprenant quel odieux système de corruption est en réalité derrière l’inaction des pouvoirs publics, il se donne alors pour mission de faire éclater la vérité au grand jour. Parler tout haut de ce dont ses collègues n’osent même pas murmurer. Mais si ses articles font rapidement souffler un vrai vent de panique parmi les mafieux et officiels marrons, ils vont aussi provoquer une réaction d’une violence sans précédent à l’égard d’un journaliste

« Un exercice brillant mais un chouïa désincarné »

Gomorra ayant été l’un des derniers grands succès du cinéma italien, on aurait pu craindre que ce Fortapàsc – vu la proximité de leur sujet – n’en soit qu’une resucée opportuniste. Il n’en est rien. Les deux films sont même complémentaires puisque là où le Grand Prix du Festival de Cannes nous proposait de découvrir sans filet l’univers de la Camorra, celui du réalisateur militant Marco Risi veut montrer qu’on peut lutter contre, résister à la peur et à la menace. Et celui choisi pour donner l’exemple c’est Giancarlo Siani, le seul journaliste à avoir été officiellement tué par la mafia, dont nous suivons ici les quatre derniers mois d’existence. Mais loin d’être décourageant avec cette conclusion sanglante, le métrage s’attache à relater comment un seul homme a pu faire trembler ce système véreux et explique bien que si ça a fini ainsi, c’est justement parce que Siani était seul à agir de la sorte (les plans où il se retrouve subitement esseulé dans le champ en sont des plus révélateurs). Il s’agit de donner l’exemple. Passer le flambeau comme en atteste la scène précédant celle de l’exécution, une conférence au cours de laquelle le journaliste de 26 ans déclare à ses auditeurs – et par conséquent aux spectateurs devant leur écran – qu’ils sont le dernier espoir restant.

Pour autant, Marco Risi se refuse à faire de son héros un martyr. Il le veut à hauteur de ceux qu’il doit inspirer. Aidé par l’interprétation confondante de naturel de Libero De Rienzo, il dresse donc le portrait d’un idéaliste convaincu présentant cependant des faiblesses toutes humaines. Pas un super-héros ni un justicier en guerre contre la Camorra, mais simplement un homme lambda ayant le désir et le courage d’aller jusqu’au bout de ce en quoi il croit. Sa mission de journaliste. Le problème étant que c’est précisément cette approche qui va ôter au film un peu de sa force. Pas assez viscérale, elle empêche notre sympathie pour le personnage de se transformer en réelle empathie, impression renforcée par une réalisation efficace tout en étant relativement chiche en dramatisation. Caméra mouvante, montage parallèle… Risi s’échine à rendre son métrage dynamique et y parvient très bien mais, ce faisant, sa reconstitution historique des événements précédant le drame revêt l’apparence d’un cheminement irrépressible, presque mécanique.

On comprendra ainsi que Fortapàsc pèche malheureusement en se préoccupant trop du confort des spectateurs. A l’image de ses quelques traits d’humour savoureux sans être forcément appropriés, il démontre une maîtrise indéniable tout en faisant quelque peu fausse route dans sa démarche fondatrice, puisqu’il n’arrive pas (ou ne veut pas) nous prendre aux tripes avec le destin tragique de Giancarlo Siani. Reste un exercice brillant mais un chouïa désincarné.

(retrouvez cette critique sur Excessif.com)

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