Critique ciné : Machete

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Machete n’est pas content. Depuis que Torres, un cruel baron de la drogue, a fait tuer sa famille et l’a laissé pour mort, l’ancien policier mexicain est passé de l’autre côté de la frontière et vit de petits boulots clandestins. Jusqu’au jour où un mystérieux col blanc lui propose une somme astronomique pour assassiner un sénateur en campagne, dont le cheval de bataille est justement la chasse aux immigrants illégaux. Voyant là l’occasion d’aider les siens, Machete accepte le contrat. Mais il va découvrir qu’il s’agit en fait d’un coup fourré, une manipulation pour faire remonter le sénateur dans les sondages tout en se débarrassant d’un mexicain basané. Et ça, Machete, il aime pas des masses

« Tout aussi branque et gratuit que le trailer l’ayant inspiré »

Ce n’est pas parce que son expérience de revival du grindhouse aux côtés de Quentin Tarantino n’a pas eu le résultat escompté (Boulevard de la mort comme Planète Terreur ont déçu au box office) que Robert Rodriguez va lâcher l’affaire. Toujours avec cinq projets sous le coude, il nous promettait donc depuis quelques temps de faire un vrai film à partir de sa fausse bande-annonce intercalée en entracte au double-programme, présentant un Danny Trejo plus badass que jamais. Forcément, on voulait voir ça. Il le fallait. Trop occupé alors sur d’autres projets, il trouve quand même le moyen de tenir parole en co-réalisant avec Ethan Maniquis, un de ses monteurs. Et malgré son désistement partiel, Rodriguez respecte une seconde promesse : Machete, le film, est tout aussi branque et gratuit que le trailer l’ayant inspiré !

Grindhouse Deluxe

Le gros point fort de Planète Terreur sur son frère-siamois Boulevard de la mort relevait de la conception décontractée de Rodriguez sur le cinéma, sans autre contrainte que de flatter les instincts primaires du spectateur (en gros, lui en mettre plein la tronche). Bonne nouvelle, Machete perpétue cette tradition et le prouve d’entrée de jeu avec une version hargneuse de la scène d’introduction de Rien que pour vos cheveux, où le Zohan décapiterait trois gus d’un seul coup circulaire de machette dans une ambiance craspec. Radicales et copieuses, les nombreuses scènes d’action élèvent donc la péloche au top de la tradition grindhouse, peu habituée il faut dire à tant de largesses et de savoir-faire. On en vient même souvent à penser à un pastiche du genre tant tout est ici démesuré et relâché du sombrero, de l’histoire débile aux débordements de violence en passant par des punchlines en rafale (et dont la vulgarité laisserait penser que tous les personnages sont atteints du syndrome de Tourette). Mais l’ensemble se fait dans un tel joyeux bordel que, si vous êtes un minimum réceptif aux plaisirs régressifs d’un bodycount flirtant avec le génocide, vous ne pourrez qu’accrocher : c’est fait pour nous ! Après, on pourra toujours s’expliquer en prétendant avoir adoré le discours sur la politique intérieure des Etats-Unis, la montée d’idées de plus en plus radicales et préoccupantes, les manipulations médiatiques opérées dans l’ombre des politiques… m’enfin, qui on tromperait avec ça ? Machete, on l’aime pour sa simplicité rafraîchissante, sa manière de parler au burné moustachu avec des flingues dans le coeur de chacun. Et le seul petit reproche que l’on pourrait alors faire au film quant à sa conception d’un menu grindhouse « méga best of + + », c’est sa radinerie sur la fesse, l’autre mamelle de la catégorie.

L’orgie qui tourne mal

Presque un comble quand on voit en plus les magnifiques créatures présentes au casting, d’autant que les scènes de sexe ne sont pas rares mais se limitent à la suggestion (merci les fondus). Pourtant entre Michelle Rodriguez, Lindsay Lohan, les jumelles Avellan et surtout l’enivrante Jessica Alba, il y aurait eu de quoi se rincer copieusement l’oeil avec ce panel épicé du beau sexe. Le sexe fort n’est quant à lui pas en reste et en plus de nouveaux-venus dont la présence est à chaque fois passionnante pour une raison bien particulière (De Niro qui s’encanaille, Don Johnson qui revient d’entre les morts, Steven Seagal lâchant pour un temps ses direct-to-DVD pourris), on ne peut que s’éclater en voyant la clique de Rodriguez se glisser avec délectation dans les fringues dégueux du grindhouse. Cheech Marin, Jeff Fahey, Tom Savini, Daryl Sabara et bien sûr l’inimitable Danny Trejo, dont la fidélité au texan a payé puisqu’il obtient enfin son premier grand rôle après presque trente ans dans le métier. Bon, même après l’avoir vu sourire dans Spy Kids, nous savons très bien que son répertoire d’expressions est des plus limités mais puisque la mono-expressivité colle parfaitement à cette grosse brute de Machete, pourquoi s’en plaindre ? Le comédien au tatouage de femme n’a lui en tout cas aucune raison de la faire, car il trouve là le rôle de sa vie.

Néanmoins, cette orgie de stars et acteurs qu’on adore n’a pas que des côtés positifs. Comme dans le Predators produit récemment par Rodriguez, il y a en effet une certaine frustration lorsqu’on comprend que tous ne pourront être utilisés autant qu’on le voudrait, que leurs rôles vont être sacrifiés sur l’autel de la quantité pour ne plus tenir que du caméo. C’est là l’une des grosses faiblesses du « système Rodriguez ». On ne peut plus évident lors du climax bordélique et relativement décevant (Seagal n’est vraiment plus bon à rien dans l’action), ce déséquilibre ne viendra pourtant pas éclipser le fun ressenti devant une péloche d’exploitation dont la générosité n’a d’égal que le nombre de macchabées accumulés. Et puis de toutes manières, un film grindhouse peut-il vraiment prétendre à la perfection ? Evidemment non, alors on cesse de se poser des questions, on se met les couilles en bandouillère et on rejoint Machete dans la baston !

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